CHANSON


ANNE SYLVESTRE, ÉLOGE POSTHUME

Chanteuse aux œuvres féministes souvent restées dans l'ombre du succès de ses contes musicaux pour enfants, la grande dame de la chanson française Anne Sylvestre nous a quitté le mardi premier décembre 2020 à l'âge de 86 ans des suites d'un AVC. Retour sur le parcours de celle qui a accompagné des générations d'enfants avec ses "fabulettes".


LA DISPARITION D’UNE GRANDE DAME DE LA CHANSON

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© R. Frings - Anne Sylvestre (12/1965)

« Que je vive cent ans ou bien quelques décades, je ne supporte pas de voir le temps passer », clamait-elle dans une chanson qui résumait plus que les autres son besoin vital d'écriture : Écrire pour ne pas mourir, sortie au début des années 80. Jamais tout en haut de l'affiche mais toujours bien présente dans le paysage musical français depuis la fin des années 1950, Anne Sylvestre, les cheveux bruns et longs à ses débuts puis courts et teints au fil des années, incarnait une chanson à texte, intelligente, faisant fi des modes, dans le sillage d'un Guy Béart ou d'un Georges Brassens. Comme eux, Anne Sylvestre a toujours été une amoureuse des lettres au point de les étudier avant de se consacrer à la chanson.

Née près de Lyon le 20 juin 1934 sous le nom d'Anne-Marie Beugras, elle s'installe ensuite à Paris. Elle reçoit le prix de l'Académie de la chanson française en 1960. Un an après, sort son premier disque : Anne Sylvestre chante. Elle se produit d'abord dans les cabarets parisiens avant d'arpenter les plus grandes scènes comme l'Olympia, en première partie de Gilbert Bécaud notamment. Son succès à ce moment-là est la chanson La Femme du vent.


ANNE SYLVESTRE : 'ROMÉO ET JUDITH'
Je vois que ton regard m'évite / Tu ne me réponds pas Judith / Quel est cet orage soudain / Alors que nous étions si bien / Je sens s'élever la barrière, raconte la chanson

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UNE HISTOIRE PERSONNELLE DOULOUREUSE

Dans ses chansons, Anne Sylvestre évoque également son enfance marquée par le passé collaborationniste de son père, Albert Beugras, bras droit de Jacques Doriot pendant la guerre et emprisonné près de dix ans après la Libération. C'est la soeur cadette d'Anne Sylvestre, l'écrivaine Marie Chaix, qui a révélé ce passé en 1974 dans son livre Les lauriers du lac de Constance.

Anne Sylvestre mettra, elle, encore vingt ans à évoquer ce sujet longtemps tu, à travers sa chanson Roméo et Judith : « J'ai souffert du mauvais côté, dans mon enfance dévastée, mais dois-je me sentir coupable ? Et ce qui fut impardonnable, et que je ne pardonne pas, pourquoi le rejeter sur moi ? »


ANNE SYLVESTRE : 'LES GENS QUI DOUTENT'
J'aime les gens qui passent Moitié dans leurs godasses / Et moitié à côté / J'aime leur petite chanson / Même s'ils passent pour des cons, raconte cette chanson

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UN FORT ENGAGEMENT FÉMINISTE

En avance sur son temps, Anne Sylvestre était une femme engagée. Féministe, bien sûr, dans ce qu'elle chante. Elle prône l'avortement dans Non, tu n'as pas de nom en 1973, soit deux ans avant la loi Veil. Elle se moquait déjà avec ironie en 1979 de l'incapacité des femmes à prendre soin de leurs hommes. « C'est la faute à Eve », disait-elle. Elle défend aussi la cause du mariage homosexuel dans Gay, marions-nous ! en 2007.

Anne Sylvestre était une grande amie des nouveaux chanteurs à texte comme Yves Jamait, Renan Luce, Les Orgres de Barback. Elle était une femme empathique qui a cajolé Les gens qui doutent, titre de l'une de ses chansons les plus connues.

Par Angèle Chatelier (source AFP – 12/2020)

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