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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


CAMILLE SAINT-SAENS, PORTRAIT DU COMPOSITEUR DE LA DANSE MACABRE

C’est en pratiquant une politique musicale toute personnelle que le compositeur Camille Saint-Saëns a défendu les intérêts artistiques de son pays. Patriote jusqu’au chauvinisme, Français jusqu'au « gallicanisme », ce Normand à demi Champenois avait fait de la xénophobie le dogme essentiel de son évangile. Les exagérations ridicules et les mesquineries auxquelles l'entraîna ce parti pris auraient fort bien pu discréditer la noble cause dont il se faisait l'agressif champion, mais la qualité de ses œuvres vînt heureusement conjurer ce péril.


SAINT-SAËNS, L’AMOUR DE LA PURETÉ NÉO-CLASSIQUE


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Saint-Saëns résume en lui quelques-unes des particularités caractéristiques du génie de notre race : le goût de la netteté, de la clarté et de la logique, l'amour de la pureté néo-classique, l'intellectualisme raisonneur et l'intransigeance nationaliste. Cette solide armature l'a évidemment préservé des abandons enivrés et des délires hallucinés du romantisme, mais elle a comprimé si fortement son cœur que nous regrettons d'avoir souvent tant de peine à en percevoir les battements.

La vie de cet artiste, né dans l'aisance et encouragé dans sa vocation, fut celle d'un dilettante laborieux. Affranchi des soucis matériels qui écrasent trop souvent les compositeurs, il accepta temporairement quelques obligations professionnelles comme l'enseignement du piano à l'École Niedermeyer, et les fonctions d'organiste à Saint-Merry, puis à la Madeleine, mais conserva toujours assez de liberté pour concilier son amour du travail et son goût des voyages.

Merveilleusement doué pour le piano, qu'il aborda à deux ans et demi, il put, à cinq ans, accomplir de surprenantes performances comme exécutant et comme improvisateur et, à dix ans, donner un grand récital composé d'œuvres maîtresses de Haendel, Bach et Beethoven. Il avait travaillé avec Stamaty ; il étudia l'orgue avec Benoist et déserta souvent la classe de composition d'Halévy pour recueillir l'enseignement de Gounod.

Chose étrange et déconcertante ; ce virtuose de la composition, ce type du « fort en thème » et de l'élève docile et conformiste échoua par deux fois au Concours de Rome dont le règlement semblait pourtant fait pour mettre en valeur toutes ses vertus scolaires. Il n'insista pas et se remit tranquillement à la composition pour nous donner, à dix-huit ans, sa première Symphonie en mi bémol et, bientôt, L'Ode à Sainte Cécile et deux Symphonies en fa et en ré qui ne furent pas publiées.


UN CATALOGUE COMPRENANT DEUX CENTS OUVRAGES

Ses succès de pianiste ralentissent son effort créateur pendant quelques années, mais ce travailleur acharné ne tarda pas à reprendre la plume. Son catalogue comprend près de deux cents ouvrages. Les principaux sont…

Dans la musique orchestrale :

  • Cinq concertos de piano
  • Trois concertos de violon
  • Trois Symphonies
  • La marche héroïque
  • La suite Algérienne
  • La jota orogenèse
  • La nuit à Lisbonne
  • La rhapsodie d'Auvergne
  • L’Africa pour piano et orchestre
  • La havanaise pour violon et orchestre
  • Le Carnaval des Animaux

Dans la musique de chambre :

  • Deux trios
  • Deux sonates de violon
  • Deux sonates de violoncelle
  • Un quatuor à corde
  • Un quatuor avec piano
  • Un quintette
  • Un septuor avec trompette
  • Une sérénade
  • Un allegro appassionato pour violoncelle ou violon
  • Un Wedding-Cake pour piano et quatuor

Ainsi que de nombreuses pièces pour piano à deux et à quatre mains : valses, études, mazurkas, variations, etc.

Cette seule évocation de son œuvre aurait suffi à assurer la gloire et à remplir la carrière normale d'un compositeur. Mais Saint-Saëns trouva le moyen de briller dans beaucoup d'autres genres.

Tout d'abord, il écrivit plus de quatre-vingts mélodies, trop ignorées des chanteurs qui ne connaissent que le recueil des Mélodies Persanes et Le Pas d'armes du Roi Jean, des chœurs, des cantates, des scènes lyriques, comme le Déluge, la Lyre et la Harpe, les Noces de Prométhée, la Nuit Persane, la Fiancée du Timbalier, Pallas-Athéné, Lever de soleil sur le Nil, etc., puis de la musique religieuse : une Messe pour soli, chœurs, orchestre et orgue, un Oratorio de Noël, le Psaume XVIII, un Requiem, de nombreux motets et cantiques, et des pièces d'orgue : Marche religieuse, Bénédiction nuptiale, Trois rhapsodies sur des cantiques bretons, deux livres de Préludes et Fugues, etc.

Enfin, il enrichit deux autres répertoires très différents : celui du grand poème symphonique dont il fut le Liszt français avec le Rouée d'Omphale, la Danse Macabre, la Jeunesse d'Hercule, et celui du théâtre lyrique avec la Princesse Jaune, Phryné, Samson et Dalila, le Timbre d'Argent, Henri VIII, Proserpine, Ascanio, Frédégonde, les deux versions de Déjanire, les Barbares, Parysatis, Hélène l'Ancêtre, sans compter le ballet de Jovotte et les musiques de scène d'Antigone, d'Andromaque et de la Foi. Et ne parlons pas des arrangements, transcriptions, orchestrations, réductions fort remarquables d'œuvres de Bach, de Mozart, de Haydn, de Beethoven, de Berlioz, de Chopin, de Gluck, de Wagner, de Schumann, de Liszt, de Gounod, de Bizet, de Duparc, etc.


SAINT-SAËNS OU L’EXIGENCE D'UNE VIRTUOSITÉ ACCOMPLIE

Dans tous ces domaines Saint-Saëns fit preuve d'une lucidité, d'une maîtrise aisée, d'une sûreté de main et d'un imperturbable sang-froid qui lui ont été reprochés comme des tares. Il est certain que, dans la plus grande partie de sa production, son intelligence aiguë a joué un rôle plus actif que sa sensibilité. On ne saurait s'en plaindre en présence d'un chef-d'œuvre aussi accompli que sa Symphonie avec orgue où rien n'est laissé au hasard et où un cerveau supérieurement organisé conduit avec une virtuosité infaillible une polyphonie élégante et déliée dont toutes les courbes sont dessinées par un Ingres de la mélodie et dont les moindres rouages sont mis en place avec une minutieuse adresse.

Il n'est pas inutile d'avoir la tête froide pour inventer, ajuster et engrener un mécanisme d'horlogerie aussi parfait que celui-ci. A-t-on jamais songé à exiger d'un horloger qu'il fasse intervenir les spasmes d'un cœur tumultueux dans la construction d'une montre ? Une symphonie n'est pas forcément pathétique. Or, même quand il n'est pas ému lui-même, Saint-Saëns arrive à provoquer chez ses auditeurs une émotion de l'esprit qui naît de la grandeur et de la noblesse des lignes et des volumes de ses architectures.

L'andante de sa Symphonie en ut mineur en est un exemple frappant. La passion n'a pas à intervenir davantage dans ses admirables concertos qui émerveillaient Ravel et qui lui ont servi de modèles pour les siens. Par contre, une tragédie lyrique comme Samson et Dalila, en dépit de son livret d'oratorio, ne renferme-t-elle pas des pages sensibles, des plaintes poignantes et de voluptueuses effusions ?

CAMILLE SAINT-SAËNS - DANSE MACABRE

Le tort de Saint-Saëns a été de se rejeter, par haine du wagnérisme, dans la formule artificielle et rétrograde de l'opéra historique français et de se condamner ainsi à un style que Meyerbeer avait déjà banalisé de son empreinte et alourdi de fâcheuses conventions. C'est pourquoi, malgré de très belles pages, le théâtre lyrique de Saint-Saëns n'est probablement pas destiné à bénéficier de la longévité qui semble promise au seul Samson.

Dans l'histoire du poème symphonique, au contraire, l’auteur de la Danse Macabre et de Phaéton occupera une place d'honneur. Il a, en effet, réalisé quatre modèles du genre traités dans le goût français le plus caractérisé, c'est-à-dire présentant une synthèse admirablement équilibrée de tous les éléments constitutifs de la formule. S'opposant au désordre, à la grandiloquence, à la boursouflure et à la gaucherie des toiles violemment coloriées de Berlioz, les poèmes symphoniques de Saint-Saëns offrent un dosage parfait de la science architecturale, de la précision descriptive, de la puissance évocatrice, de la limpidité du style, de la virtuosité orchestrale et du tact dans le choix des volumes et des couleurs.

Au moment où ces lignes sont écrites, ces vertus ne sont plus à la mode mais il faudrait n'avoir rien retenu des leçons que nous donne le passé pour ne pas être persuadé que l'art intelligent et rationnel de ce parfait écrivain français retrouvera bientôt parmi ses compatriotes la vaste audience que mérite un classique de sa valeur.

Par PATRICK MARTIAL (Cadence Info - 12/2015)
(source : Histoire de la musique - Vuillermoz)

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