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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LA REVOLUTION NUMERIQUE ET LE RAPPORT A LA CULTURE

Voici quelques réflexions sur un rapport provenant du ministère de la culture (LES PRATIQUES CULTURELLES DES FRANCAIS) ; une sorte de radiographie des goûts et tendances, toutes générations confondues, concernant les différentes formes artistiques et les nouvelles technologies : quelles sont les disciplines artistiques les plus courues, quel est l'impact du numérique, quelle est la musique préférée des Français, etc. Ce rapport coédité par La Découverte et le ministère de la Culture et qui date de 2008 est rendu officiel depuis seulement quelques semaines.


NUMERIQUE ET CULTURE

Le numérique, ce nouvel accès à la culture a bouleversé les habitudes des consommateurs. Alors qu'en 1997, l'ordinateur et l'Internet étaient encore en sommeil (un ménage sur cinq possédait un ordinateur et 1% des français surfaient sur Internet), aujourd'hui c'est le grand "boum", l'explosion : deux tiers des familles sont équipés d'un ordinateur et plus de 50% possèdent déjà une connexion Internet haut-débit. Comme tout nouveau support pénétrant au cœur des foyers, celui-ci entraîne de nouvelles habitudes comme le temps passé devant l'écran : 31 heures par semaine, tous écrans confondus !

A la maison, c'est la radio et la télévision qui cèdent le pas face à leur concurrent direct… l'ordinateur. Par contre, à l'extérieur, concernant la fréquentation du cinéma, du théâtre, des concerts ou des musées, rien ne semble vouloir déstabiliser les habitudes des français. C'est dans la jeune génération (- 35 ans) que les changements sont les plus importants :


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  • En baisse : les livres et les journaux, mais également les musées et les concerts de musique classique.
  • En hausse : les musiques et les films anglo-saxons.

Dans les années 1960, l'arrivée de la télévision, du tourne-disque, des radios à transistor, de la parution du premier magazine populaire pour les ados "Salut les copains" comme de l'arrivée de la mini-jupe marque un premier tournant de la révolution culturelle et des débuts de l'émancipation sociale. Encore hésitantes et balbutiantes, les technologies marquantes du 20e siècle vont se répandre à partir des années 1970 avec notamment la multiplication des chaînes télévisées, l'arrivée de la cassette audio, puis plus tard de la vidéo. Dans les années 1980, en même temps que l'enseignement de la musique se démocratise, les premiers baladeurs apparaissent et les premiers ordinateurs de bureau commencent à trôner un peu partout. Tout ce déploiement de possibilités technologiques, tous ces nouveaux moyens de communication mis en place depuis 30/40 ans ne sont rien par rapport au puissant coup d'accélérateur provoqué par l'arrivée du numérique et de l'Internet haut débit au début des années 2000. Certes, pour la génération des plus de 40/50 ans cette nouvelle "possession technologique" a provoqué un tel changement, qu'il faut soit s'adapter, soit prendre le risque de se retrouver complètement dépassé.

Internet n'évite pas les effets de mode. Allons-nous découvrir d'ici quelques années de nouveaux rapports avec la culture... encore plus révolutionnaire ?


DE GENERATIONS EN GENERATIONS

La révolution numérique ne concerne pas ceux qui sont nés avant la seconde guerre mondiale. Habitués très tôt à la lecture et à l'utilisation du papier, presque toute la connaissance culturelle disponible chez eux s'appuie sur ce support là. Pour trouver d'autres moyens de se cultiver, le cinéma, le théâtre, les lieux de spectacles et les musées leurs tendent les bras. A cette époque tous les centres culturels sont très populaires. Cette génération qui a grandi avec la TSF, n'a découvert la télévision qu'à l'âge adulte. Pour les ados, la musique rock n'est pas encore née et celles qui sont en vogue, comme la java, la valse ou le tango, sont très éloignés de la révolution musicale qui va succéder dans les années 1950/1960 et qui va changer bien des habitudes !

La génération du baby-boom est la première à véritablement profiter de la révolution culturelle. En France, celle qui a vu le printemps 68 vie un tournant majeur. La musique pop porte en elle des messages de contre-culture auxquels s'identifient de nombreux ados. Le livre et les journaux restent encore un moyen de communication essentiel, un moteur culturel continuant à orienter et à conseiller.

Ceux qui ont aujourd'hui la quarantaine ont vécu les transformations du paysage audiovisuel des années 1980, celui des programmes télévisés enregistrés sur magnétoscope ou celui de l'indépendance musicale avec baladeur et casque sur la tête. Les prix en forte baisse ont contribué à cet engouement pour les nouvelles technologies. Après la voiture, elles deviennent le nouvel enjeu économique et social de la fin du 20e siècle. Les années 1960 proclament l'ère de la télévision, celles des années 1970, la chaîne Hi-Fi, quant aux années 1980, elles encensent le magnétoscope et la vidéo à domicile. Bien que surfaits et parfois inutiles, ces biens matériels participent directement ou indirectement à la révolution culturelle, précédant celle du numérique. En musique, le matériel se démocratise également. Grâce aux importations made in USA ou made in Japan, s'acheter une guitare de marque n'est plus réservée aux plus fortunés. Le synthétiseur, qui hier encore était d'un prix inabordable, devient un instrument populaire qui est propulsé au centre de nombreuses productions musicales à la mode.

La dernière génération, celle des moins de 30 ans, a grandi avec la toute puissance du numérique. Les nombreux objets/outils qui envahissent les chambres (ordinateur, console de jeux, téléphone portable, etc.) deviennent incontournables au même titre que la poupée ou le gros nounours ! Aujourd'hui le courriel remplace progressivement l'usage des lettres (sauf celles administratives), seule la carte postale des vacances résiste, mais pour combien de temps !

Et la télévision ? Elle n'a plus la cote auprès des ados. La durée moyenne d'écoute est passée de 18 à 16 heures par semaine au profit des nouvelles technologies. Quant à la lecture des livres, elle diminue proportionnellement avec le nombre d'heures passées devant l'écran.


ET UN TELEPHONE DE PLUS… UN !

Les appareils nomades, qui hier permettait seulement d'écouter la radio ou sa musique préférée, sont aujourd'hui capables d'aller bien au-delà et de répondre à de nombreuses attentes : la multiplication des supports culturels, la communication interpersonnelle et même le commerce en ligne ! Presque tous les enfants et adolescents ont été conquis par ces nouveaux supports pratiques et si légers que l'on oublie souvent leur toute-puissance et parfois leur danger.

"Qui est "In", Qui est "Out" ?" chantait déjà Gainsbourg dans les années 1960. La ringardise n'a pas attendu l'arrivée du numérique ! Chez les ados, toute nouvelle technologie entraîne des comportements. Ces comportements devenant à leur tour une norme, un langage avec ses propres codes et leurs propres pratiques rituelles. Le commerce, jamais en retard sur les événements, reprend à son compte et à coup d'arguments savamment calculés, la bonne façon de récupérer un maximum de client ados. Ces arguments sont tellement orientés "jeunes", qu'ils donnent le sentiment aux anciennes générations d'avoir été mis sur la touche !

Ne pouvant plus se passer de ces outils dans le quotidien, la nouvelle génération serait-elle en perdition ? A défaut de se trouver dans le cartable ou dans sa poche, le téléphone portable se colle à l'oreille, dans la rue, dans le bus ou chez soi. De même, face à l'ordinateur, le visage collé devant l'écran durant des heures, l'addiction, les problèmes de vues guettent, car la dépendance n'est pas loin. La console de jeux avec ses joysticks crée des experts en maniement de boutons… mais dans quel but ou pourquoi faire ?

Si tous les ados ont grandi avec ces objets, quel regard portent-ils sur cette technologie ? Un regard critique, j'en doute… un regard objectif… pas le temps d'y penser ! Alors, qui doit élever leur esprit critique ?… L'éducation nationale ? Pourquoi pas ! Encore faudrait-il qu'elle soit apte à vivre avec son époque, ce qui, pour le moment reste à démontrer.

L'Internet ?… une solution, mais pas dans l'immédiat. Il faudra encore beaucoup de temps pour qu'un ménage naturel s'opère entre les sites communautaires, les sites d'information et les sites de commerce. La nuance a son importante : pour le moment la majorité des internautes s'intéresse davantage à la forme qu'au fond. C'est le côté pratique qui l'emporte, pas forcément le côté utile et instructif. Pour stimuler un processus de réflexions auprès des ados, voire des adultes, il serait nécessaire qu'un plus grand nombre de spécialistes s'impliquent, répondent et conseillent la nouvelle génération dans des domaines proches d'eux, comme la musique, la mode, le sport ou la philosophie… Or, la direction prise actuellement par l'Internet est commandée davantage par le profit et l'appât du gain que par l'élévation de l'esprit et de la réflexion (sans pour autant que cela devienne ennuyeux). Pourquoi ne pas imaginer alors plusieurs Internet spécialisés plutôt que d'assister à une foire d'empoigne où le plus malin, le plus puissant s'impose et en impose !


DEMOCRATISATION ET CULTURE

Au lieu de favoriser une certaine émancipation de la culture, les nouvelles technologies accentuent les inégalités… c'est la logique du cumul. Contre toute attente, l'Internet, au lieu d'ouvrir de nouvelles portes culturelles, de favoriser de nouveaux champs de curiosité, sélectionne et renforce les opinions et les goûts déjà existants.

Pour démocratiser la culture et attirer de nouveaux publics, des efforts de décentralisation ont été mis en place, mais hélas, ceux-ci ne concernent encore que les grandes villes de province. Sans les efforts et les initiatives de quelques associations et comités municipaux, de nombreux villages resteraient à l'écart de toute culture... Ceci n'est pas nouveau ! Les disparités géographiques existent toujours. L'accès à la culture pour un lozérien n'est pas la même que pour un parisien. Pour autant, rien n'est gagné d'avance. Dans les grandes villes, malgré la présence d'abonnements à prix réduits et de manifestations gratuites, ce sont encore les revenus importants qui représentent au mieux la fréquentation des établissements culturels. Tout n'est donc pas qu'une question de pratique mais également de gros sous. Alors que des voix se font entendre depuis déjà de nombreuses années concernant le prix élevé du CD (et du piratage qui en découle), que doit-on penser de la démocratisation du prix des places avoisinant les 50€ ?

Si le livre est sauvée par la génération des baby-boomers, celle d'aujourd'hui (15/24 ans) ne pratique la lecture qu'occasionnellement. Les 15/24 ans ne lisent parfois qu'une seul livre par an (26% chez les garçons et 15% chez les filles). Nous savons que la lecture a toujours eu une prédominance féminine, mais peut-être que la lecture sur écran (e-book ou ordinateur) reste la solution pour faire découvrir une certaine littérature rejetée à l'école. De nombreux éditeurs s'intéressent aujourd'hui à cette solution pratique et dans l'air du temps qui est capable d'attirer la jeune génération.


ET LES GOUTS MUSICAUX ?

Changeant de génération en génération, le rock des baby-boomers a laissé place à la musique electro. La musique classique, poursuivie par son image élitiste, voire passéiste, ne trouve pas écho chez les jeunes adultes. Seulement 1% des 15/35 ans placent la musique classique en tête de leur préférence. Même le public « mature » boude les concerts classiques. Rien d'étonnant à ce que ce soit la musique anglo-saxonne qui vienne en tête chez les ados (44% des 15/19 ans). Déjà très présente dans la génération précédente, la musique d'outre-Manche et d'outre-Atlantique est renforcée aujourd'hui par la pratique de la langue anglaise, de plus en plus répandue (à l'école mais également sur Internet) et par l'augmentation des voyages à l'étranger (d'agrément ou pour étude).


L'INTERNET ET LE RAPPORT A LA CULTURE

Aujourd'hui, l'écran est devenu pour la plupart d'entre nous un outil privilégié et surtout pratique dans notre relation avec le monde culturel, qu'il soit concret ou virtuel. Il existe bel et bien une culture numérique, mais pour le moment, son pouvoir est essentiellement divertissant : écouter des œuvres musicales, visionner des vidéos ou des films, visiter des musées de façon interactive, avec la possibilité, parfois, d'apporter ses propres commentaires et réflexions, acheter des places de concert, etc. Pour la jeune génération, Internet donne accès à tout et il n'existe plus de bonne ou de mauvaise culture. Internet a tout balayé devant sa porte et son utilisation massive favorise une certaine vision mondialiste. Les cultures populaires comme savantes coexistent sans problème majeur. Il faut considérer cela comme un progrès, n'en déplaise aux anciennes générations !

La souris porte bien son nom quand d'un clic elle nous transporte d'un site culturel à un site de divertissement. La culture y gagne en liberté, même quand l'information a une fameuse tendance à jouer des coudes pour imposer la forme plutôt que le fond ou quand le référencement et la position sur les moteurs de recherche deviennent prioritaires parfois/souvent au détriment du contenu. D'ailleurs, rares sont les Internautes curieux ! Leur soif de découverte les poussent rarement à aller au-delà de la deuxième page, même si des sites passionnants existent bel et bien, ne demandant qu'à livrer tous leurs petits secrets.

L'Internet a son revers en provoquant indirectement la fuite de la contrainte, de l'effort soutenu. Il est dangereusement pratique dans la possibilité qu'il nous offre : celle de zapper dans les moments où l'ennui s'installe. Le théâtre dramatique de l'enseignement, de tout ce qui touche à l'éducatif illustre parfaitement ce décor négatif, ce glissement vers la superficialité et l'inutile. Toutes les disciplines artistiques qui demandent une attention soutenue ont une fréquentation en baisse (opéra, théâtre, musée…). Seul le cinéma résiste pour le moment chez toutes les générations.

L'Internet est peut-être l'outil de l'interdit… une sorte de contre-culture d'aujourd'hui. Il est le reflet de l'abêtissement comme d'une certaine intelligentsia culturelle. Les chansons débiles côtoient les chansons à texte des grands auteurs. Il n'y a rien d'étonnant alors que tout le monde s'y retrouve ! La logique culturelle est devenue individualiste, sans que personne ne trouve à y redire. Le côté émotionnel n'est plus partagé… c'est le renvoi à l'intime. La multiplication des supports culturels et de leur fragmentation n'arrange rien, bien au contraire. Ceci accentue l'individualisme : chacun sa culture et sa façon de l'exploiter et de l'interpréter. Mais quand celle-ci n'exerce plus son pouvoir de communication et d'échange, ne risque-t-elle pas de rebondir dans une direction insaisissable ? La culture n'a de raison d'être que parce qu'elle produit une émotion communicative nécessaire à l'homme.

Au fil des années 2000, les sites communautaires et sociaux, tels Facebook, You Tube ou plus récemment les textos, genre Twitter, ne sont peut-être que des effets de mode, de transition, en attendant une nouvelle relation communicative plus authentique et plus vraie. Il faut l'espérer, car il ne faudrait surtout pas que l'Internet devienne un lieu clos, hermétique, nous coupant du monde réel en affectant nos propres valeurs et en déformant nos émotions, en imposant ses lois, ses dictats et en visant un comportement "correct" pour chacun d'entre nous. Vous pensez peut-être que ce discours tient de l'utopie… allez savoir !

par Elian Jougla - 12/2009


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