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JAZZ ET INLUENCES


DJANGO REINHARDT, JAZZ SOUS L'OCCUPATION, BE-BOP ET PEINTURE

Cette page est la seconde partie de DJANGO REINHARDT, BIOGRAPHIE PORTRAIT DU GUITARISTE GITAN


DJANGO REINHARDT, ANNÉES 40

Quand la guerre éclate en 40, alors que Stéphane Grappelli reste en Angleterre, Django cherche à Paris un musicien pour le remplacer. À cette époque, de nombreux instrumentistes tentent de percer en s’inspirant du jazz manouche. Un soir, Django remarque le jeu inspiré du clarinettiste Hubert Rostaing... Django s’incline avec regret, mais le son du quintette doit abandonner pour un temps la sonorité exclusive des instruments à cordes. Rostaing remplace Grappelli, tandis qu’un batteur vient se substituer à l’un des deux guitaristes accompagnateurs.


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C’est durant l’occupation que le guitariste écrira ses titres les plus célèbres. Grâce à la composition Nuages, en 1940, le nouveau quintette affiche son style. Malgré les restrictions et les interdits, Nuages devient vite un succès international. Sa mélodie populaire, facile à retenir, est un excellent remède en ces temps difficiles. Pour le public, le musicien de jazz Django Reinhardt redevient un musicien de variété.


Django Reinhardt et Duke Ellington

Pour l'occupant, la musique venue des États-Unis symbolise une forme de résistance. Pour parer à toute éventualité, les musiciens dissimulent derrière des titres bien français les "américan songs" misent au programme. Les titres sont évocateurs : Saint Louis Blues devient Le blues de Saint-Louis (en référence à l’île Saint-Louis de Paris) et Sweet Georgia Brown se déguise en Douce Georgette.

En 1943, alors âge de 33 ans, Django Reinhardt épouse sa seconde femme, Sophie Ziegler. Babick, qui naîtra de cette union, suivra les traces de son père en devenant à son tour un brillant guitariste. Le guitariste manouche baigne dans le bonheur, dans une insouciance renforcée par les concerts qui se succèdent et qui font salle comble. L'occupation est une période sombre, mais aussi une période trouble faite de collaborations plus ou moins avouables. Face à des Allemands qui le sollicitent à maintes reprises avec un discours appuyé par de solides arguments financiers, le guitariste devra se justifier et défendre son intégrité après la libération. Django ne jouera jamais devant un public allemand et se sentira obligé de partir en Savoie pour échapper à la pression des autorités.

À la libération, toute la France danse au son de l’accordéon. Le guitariste se replie sur lui-même et joue essentiellement pour les troupes américaines qui le surnomme « L’éclair aux trois doigts ». Des titres comme Djangologie, Nuages, Manoir de mes rêves sont pour les GI des airs qu’ils finissent par connaître aussi bien qu’un Moonlight Serenade ou un In the Mood de Glenn Miller. Django Reinhardt en profite pour « se frotter » aux big bands de l’armée américaine.

Cette attitude lui ouvre des horizons, car l’avenir se trouve peut-être de l’autre côté de l’Atlantique. Mais Django, qui n’a pas oublié son ami Grappelli, retourne à Londres. De ces retrouvailles naîtra une version inattendue de La Marseillaise. En ces temps de liberté retrouvée, le swing de l'hymne national écorche peu l’esprit critique du public.

De retour en France, Django Reinhardt continue de moderniser son style, ses enchaînements harmoniques, construisant de nouveaux phrasés tout en se démarquant des maîtres américains de l’époque. Le guitariste savait renouveler ses idées d’un soir à l’autre ; une performance rarement atteinte, ou atteinte seulement par quelques improvisateurs de génie. Django ne semait pas de cailloux pour que les musiciens puisse suivre. Pour eux, c’était une découverte permanente, soir après soir. Les notes étaient comme des dés qu’on lançe pour jouer, pour oser.

En octobre 1946, Django débarque à New York, prêt à conquérir le nouveau monde en compagnie de l’orchestre de Duke Ellington. Cleveland, Kansas City, Chicago, Boston, Detroit et bien d’autres villes sont au programme, mais Django est amer, car il a la nette impression qu’il n’est pas à sa place et qu’il est plus une attraction pour le public qu’un véritable jazzman à l’image du Duke. La critique n’est pas tendre avec lui, depuis le jour où il n’a pas honoré son contrat au Carnegie Hall. Résigné, et après quelques concerts dans de petits clubs, Django décide de revenir en France.


DJANGO REINHARDT : NUAGES


LA PÉRIODE PEINTURE ET LE BE-BOP

Lors de son séjour aux États-Unis, dans les quelques moments de liberté qu’il s’accorde, Django découvre la peinture qui devient en peu de temps son nouveau terrain de jeu expérimental. À Paris, il expose ses premiers tableaux, et la critique vient contempler la peinture du célèbre guitariste de jazz avec une attention empreinte de curiosité. Les bons mots fusent, célébrant le mariage réussi de la musique et de la peinture. Par humour, Django répondra : « Je peins en écoutant la musique dans le ton de fa dièse mineur parce que c’est plus mystérieux. » Ses toiles sont essentiellement des paysages qui lui rappelle la nostalgie du temps passé, quand il vivait à la campagne avec sa famille.

À la fin des années 40, le jazz de Montmartre a déménagé pour Saint-Germain-des-Près. Un nouveau style est à la mode, le bebop, une musique au langage révolutionnaire venue des États-Unis. Face à ces nouvelles harmonies, à cette virtuosité incendiaire, le style de Django semble d’un autre temps. Le style swing est en train de vivre ses dernières heures de gloire. Pour Django, il est encore temps de quitter la scène avec les applaudissements, surtout quand le guitariste se produit avec Stéphane Grappelli et le quintette historique dans les capitales européennes.

Comme si le be-bop avait été la musique de trop, Django n’arrive plus à s’enivrer musicalement, à se renouveler. Il ressent le besoin de prendre du recul et part rejoindre ses frères gitans dans un camp situé tout près de la capitale. Là, il retrouve d’autres sensations, celles qu’il a toujours connues et qui ne l’ont finalement jamais quitté. Mais cette vie de nomade qui lui procure tant de plaisir en retrouvant les joies d’être un père attentif ne peut durer éternellement.

Pour des raisons essentiellement lucratives, Django est obligé de reprendre sa guitare et de renouer avec la scène. Pour ce retour « sans fanfare », le musicien troque sa vieille guitare pour un modèle électrique et s’entoure de jeunes musiciens...

Au début des années 50, le quartier Latin s’anime au son des rythmes jazz. Au creux de la nuit, dans les profondeurs de quelques caves tabous, on continue de danser. La jeunesse parisienne accueille Boris Vian, tandis que Django flirte avec le be-bop. Ce nouveau challenge n’est pas pour lui déplaire, d’autant plus que la jeune garde du jazz ne voit qu’à travers elle. Comme du temps du Duke et de Satchmo, l’occasion de rencontrer l’élite se présente à lui. Gillespie ne déclinera pas l'invitation et sera même très heureux de partager un court moment les notes d’un Django toujours lucide et inventif.


DJANGO REINHARDT, LES DERNIERS JOURS

Le guitariste s’installe dans une vie moins nomade en vivant dans une maison située non loin de la capitale. Les temps de libre sont consacrés à la peinture, à la pêche et au billard. Django est alors au sommet de son art. Le pianiste Martial Solal, pianiste avant-gardiste, l’accompagne pour une séance de studio qui va faire date. Le 8 mai 1953, Martial Solal, dont la réputation n’est plus à faire, est à cette époque un jeune pianiste pétri de tract. C'est le moment tant attendu ; celui de deux univers qui s’affrontent : celui du père expérimenté et du fils prodigue. Ce sera le dernier témoignage sonore du guitariste.

À la suite de cet enregistrement, les mauvais jours vont venir. Django revient d’une tournée en Suisse et se plaint de douleurs violentes à la tête. Dans son havre de paix des bords de Seine, dans un petit restaurant où il a ses habitudes, il commande un verre et s’effondre, terrassé par une congestion cérébrale à 43 ans. Le lendemain, sa famille, quelques amis musiciens et la communauté gitane seront là pour saluer l’artiste. Une simple dépêche suffira à émouvoir le monde du jazz et tous ses fans. La musique venait de perdre un des meilleurs guitaristes de son temps et un animateur d’orchestre irremplaçable.

De cet imbécile événement ne survivra que sa guitare qui repose à présent au Musée de la musique, entre le violon de Paganini et le piano de Chopin. Django est parti en laissant derrière lui des notes chargées d’histoires, mais aussi des notes qui avaient suffisamment de poids pour qu'enfin son instrument fétiche s'impose au premier plan auprès des musiciens, mais aussi auprès du public.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 01/2014)


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