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CHANSON


GUY MARCHAND, LA DESTINÉE D'UN CHANTEUR CROONER (PORTRAIT)

On retient deux facettes artistiques chez Guy Marchand, le chanteur crooner et le comédien, l'une et l'autre ayant voyagé sur deux rives distinctes. Nous retiendrons du personnage charmeur, et c'est bien normal sur un site comme le nôtre, la carrière du chanteur et musicien amateur de jazz.


LA MUSIQUE JAZZ, SA PASSION PREMIÈRE

© Michaël Bemelmans (wikimedia) – Guy Marchand en 2008.

Sensible, drôle ou emporté, les auditeurs le découvrent parachuté au cœur de la vague yéyé, chantant avec sa voix de velours la chanson humoristique La passionata. Sa sensibilité vocale le catalogue rapidement comme étant un crooner à une période durant laquelle les Frank Sinatra, Sammy Davis Junior et Dean Martin parvenaient sans problème à tenir le haut de l'affiche aux États-Unis face à la déferlante pop. De cette passion pour la voix posée et ensorcelante qui vous prend et vous berce, Guy Marchand sera un éternel crooner incompris.

La musique est sa passion première. Ce fils d'un garagiste-ferrailleur et d'une manouche grandit au contact de musiciens gitans qui venaient répéter dans le garage familial. Sensible à leur musique, son père, régisseur à Bobino la nuit, lui fait découvrir la clarinette. Le bâton de réglisse, comme on la surnomme, devient son instrument fétiche, peut-être bien plus que le saxophone qu'il abordera par la suite.

Arrivent les années de dévergondage, et en bon croqueur de vie, il fréquente l'ambiance enfumée des clubs de jazz, zone de découverte pour tout passionné de swing. Cet amour-là, il nous le fera partager au détour de quelques séquences filmées ou lors d'émissions télévisées, mais aussi sur disque, des années plus tard, en compagnie du big band de Claude Bolling dans lequel le chanteur reprendra plusieurs standards réputés (Claude Bolling & Guy Marchand : Crooner's Dream, en 1988).


GUY MARCHAND : "HEY CROONER" (1977)

DES CHANSONS INSPIRÉES PAR L'AMOUR DES MUSIQUES LATINES

Le virage vers la chanson débutera comme une "plaisanterie". La passionata, qui ne lui prendra que quelques minutes pour dessiner ses lignes essentielles, va devenir l'un des tubes de l'été 65 à la surprise générale : « Avec toi, il faudrait toujours vivre / La passionnata, la passionnata, la passionnata / Avec toi, il faudrait toujours jouer / La co-co-mé, la comé, comé, comédia. » Tout semble installé. La voix du crooner posée dans les couplets jaillit soudainement dans le refrain, dénonçant le paradoxe féminin. Mais au-delà de cette amusante bagatelle, Guy Marchand évoque déjà tout son amour pour les musiques latines, un amour qui ne va plus le quitter et qui, d'une façon ou d'une autre, perdurera à travers diverses chansons.

Le chanteur poursuivra ainsi sa carrière de séducteur latino avec sa voix de baryton surfant sur cette ferveur populaire. Son second grand succès, il le doit au bandonéoniste argentin Astor Piazzola et à son instrumental paru en 1974, Libertango, sur lequel Guy Marchand posera des paroles, l'année suivante. Idée excellente, sans fausse note, le chanteur déclenche ici sa dimension de séducteur à travers un tango parcourant de sa sensibilité ces rimes en « O ».

Autre tube intervenant dans sa carrière : Hey Crooner, une chanson parodiant l'image du personnage attachant : « Hey crooner / Tu t'sens pas ridicule la main sur le cœur / Tu fais marrer tous les rock'n rollers / Quand tu roules tes épaules de mait'nageur. » Puis viendra cette chanson parodiant le slow et quelque peu ringarde, Désirée. C'est le cinéma qui va la lancer en s'invitant dans le film Les Sous-doués en vacances de Claude Zidi, en 1982, avant d'être reprise à d'autres fins la même année dans Le père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré, lors d'une scène mémorable entre Thierry Lhermitte et Christian Clavier.


GUY MARCHAND : "L'AIR DE BUENOS AIRES" (1995)

La passionata ou Désirée, même si elles ont marqué leur époque, reste sur le fond des succès taillés pour figurer en bonne place dans "Bides et chansons". Pour les autres, il est possible et même recommandé de découvrir « Guy Marchand le chanteur » à travers des albums hautement plus « mature » à partir des années 1990 : Buenos Aires (1995) sur fond de tango argentin, NostalGitan (1998), annonçant un détour vers ses premiers amours de musicien, ou encore L'homme qui murmurait à l'oreille des femmes (2000). L'artiste, ayant passé la soixantaine, éprouve le besoin de chanter encore et toujours l'amour pour le « sexe faible » : « Ouvrier de l'amour / O.S. en caresses / Ouvrier de l'amour / Spécialiste en femmes tristes / Je suis ton équipe de nuit / Je pointe à minuit / Expert pervers, je fais / Des heures supplémentaires. »

Dans les années 2000, d'autres albums suivront : Emilio (2005), Dernière vague (2006), A Guy in blue (2008), Aujourd'hui on s'taille (2010), Chansons de ma jeunesse (2012) jusqu'à Né à Belleville (2020). Des albums certes confidentiels et que bien peu de médias souligneront, non par faute de goût ou d'intérêt, car la qualité sera là, l'artiste étant constamment entouré de musiciens à la hauteur de ses prétentions musicales.


GUY MARCHAND : "OUVRIER DE L'AMOUR" (2000)

L'artiste nous a quitté le 15 décembre 2023. Au-delà de sa passion pour les belles automobiles, l'homme a toujours éprouvé le besoin de vivre sa vie intensément. Les chansons qui l'ont accompagné durant une soixantaine d'années dressent un bilan de ses amours et de ses passions dévorantes, alternant à la ballade langoureuse celui d'un désir au tempo plus appuyé. Toutefois, pour ses admiratrices au cœur blessé, Guy Marchand restera cette voix de Valentino pour l'éternité.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2023)


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