CLASSIQUE / TRADITIONNEL


IVRY GITLIS, BIOGRAPHIE/PORTRAIT DU VIOLONISTE VIRTUOSE

Lors de sa disparition en décembre 2020, le violoniste Renaud Capuçon dira de lui : « Ivry Gitlis était un astre pour tous les violonistes. Son jeu était incandescent. Il était le dernier des Tsars du violon à avoir traversé le 20eme siècle. » Ce musicien israélien de légende, mondialement reconnu et installé en France depuis les années 60, aimait partager sa passion avec un public le plus large possible…


POSSÉDÉ PAR LE VIOLON

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Couverture du livre autobiographique 'L'âme et la corde'

Né le 28 août 1922 à Haïfa, en Israël, Ivry Gitlis est fils de meunier. Ses parents, après avoir quitté l'Ukraine s’installe en Palestine, alors sous mandat britannique. Très tôt le violon entre dans sa vie. « Quand j'ai eu 5 ans, on s'est cotisé pour m'acheter un violon. Depuis, le violon fait partie de moi-même. » devait-il raconter dans son autobiographie ‘L'âme et la corde’ (Éditions Buchet/Chastel – 2013)

Le réputé violoniste Bronislaw Huberman entend jouer le petit prodige à 9 ans et organise une collecte de fonds pour le faire partir en Europe. Arrivé à Paris, il obtient le premier prix du Conservatoire à treize ans. Puis il poursuit ses études avec les grands maîtres que sont Georges Enesco, Carl Flesch et Jacques Thibaud. Durant la seconde guerre mondiale, il effectue des allers-retours entre Paris et Londres et cherche à rejoindre la Royal Air Force mais, recalé, finit par jouer dans les camps militaires, les hôpitaux ou les usines.

Après la fin de la guerre, il joue avec l’orchestre philharmonique de Londres et enregistre pour la radio de la BBC. Mais sa carrière démarre véritablement en 1951 d’une façon la plus libre et anticonformiste qui soit, à la faveur d'un scandale lors du concours Long-Thibaud ; le jury ne lui décernant que le 5e prix, contre l'avis du public. En 1955, la carrière internationale s’ouvre à lui. Les États-Unis l’invitent et les tournées s'enchaînent. Gitlis joue alors avec les plus prestigieux orchestres philharmoniques comme ceux de New York, Philadelphie, Berlin ou Vienne, et sous la direction de chefs comme Charles Dutoit, Eugène Ormandy ou Zubin Mehta. Bien plus tard, durant une trentaine d’années, le violoniste se rendra souvent au Japon où l’artiste sera chaudement sollicité à se produire.


IVRY GITLIS : 'RONDO CAPRICCIOSO' (Camille Saint-Saëns)

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UN VIOLONISTE CHARISMATIQUE

Ambassadeur de bonne volonté de l'Unesco, Ivry Gitlis a tenu une place à part dans le monde classique par ses engagements. En 1955, durant la guerre froide, il devient le premier artiste israélien à se produire en URSS, avant d’imposer son image d’ardent défenseur du processus de paix israélo-palestinien.

Saisissant son Stradivarius, Ivry Gitlis jouait généralement en restant immobile et les yeux fermés, mais parfois sa vitalité reprenait le dessus. Réputé pour ses interprétations parfois atypiques du grand répertoire, il traversait à l’occasion ses frontières pour improviser sur quelques standards de jazz ou en s’enflammant sur quelques airs tziganes. Sa façon à lui de vulgariser la musique classique a été de fonder plusieurs festivals sur notre sol : Menton, Saint-André-de-Cubzac et Vence qui, dès sa création en 1972, devient célèbre pour le caractère novateur de sa programmation. Gitlis impose une nouvelle manière de diffuser la musique classique ; expérience qu’il cherchera à renouveler en collaboration avec d'autres artistes, notamment avec la pianiste Martha Argerich.

© Tamar Moshinsky - Ivry Gitlis à son domicile (09/2010)

Au tournant des années 80, l’artiste vieillissant, reconnaissable à ses cheveux blancs en broussaille et ses yeux bleus perçants, déploie sa personnalité charismatique, voire fantasque, mais toujours attachante. Grâce à ses nombreux passages à la télévision, le violoniste acquiert une grande popularité, notamment dans l'émission culte de Jacques Chancel ‘Le Grand Échiquier’ qui l'invitera à plusieurs reprises. En 2010, pour le journal ‘La Croix’, il résumait en une phrase ce qui motivait ses apparitions médiatiques : « Aujourd'hui, il m'arrive de rencontrer des gens qui me remercient d'avoir participé à toutes ces émissions. Je ne l'ai pas fait pour me faire mousser ou pour gagner de l'argent, mais pour le plaisir de partager la musique. » Pour lui, l'affect a toujours été le moteur de son art, ajoutant « Au-delà de l'émotion, il était important de transmettre au public un tel héritage de beauté, en ces temps de manipulations idéologiques. »

Partout où le violoniste passe, il crée le contact immédiat avec le public qui, en retour, lui réserve des "standing ovations" bien méritées. Au fil des albums, Gitlis s'illustre dans les grands concertos du 20e siècle : Paganini, Sibelius, Stravinsky, Tchaïkovski. Sa version de la sonate de Béla Bartók reste, avec le Concerto à la mémoire d'un ange d'Alban Berg, une référence absolue. Le virtuose est également recherché comme interprète d’œuvres contemporaines. Des compositeurs écriront pour lui : Iannis Xenakis, René Leibowitz, Bruno Maderna…


IVRY GITLIS : 'GRAND ENTRETIEN'
Dans cet entretien filmé deux ans avant sa disparition, peu de temps avant son concert 'Ivry Gitlis & Friend', le violoniste évoque L'Homme et Dieu, le violon, l'enfance, la guerre, ses amis musiciens, etc.

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Au-delà des apparences et d'une certaine conformité propre au classique, le musicien démontrera à plusieurs reprises ses goûts éclectiques. De ses participations notoires, il est bien difficile d’ignorer celle avec les Rolling Stones (The rock and roll circus - 1968) ou avec le jazzman Stéphane Grappelli. N'oublions pas le cinéma qui l’interpelle et l’invite à plusieurs reprises pour devenir acteur. Citons 'L'histoire d'Adèle H' de François Truffaut (1975), 'La septième cible' de Claude Pinoteau où il interprète le Concerto pour violon composé par Vladimir Cosma (1984), 'Sansa' de Siegfried Debrebant où il incarne son propre rôle (2003) et 'Des gens qui s'embrassent' de Danièle Thompson (2013). Pour la télévision, il apparaît dans 'De l’autre côté de la nuit' de Dirk Danders (1974) et tient le rôle d'un clochard violoniste dans une enquête du commissaire Maigret ('Maigret et l'homme tout seul' – 1982).

En 2008, dans l’intention de rendre la musique classique accessible à tous les publics et de donner l'occasion à des musiciens talentueux de jouer pour ces publics, Ivry Gitlis co-fondera l'association "Inspiration(s)". L’année suivante, un documentaire lui est consacré : Ivry Gitlis, le violon sans frontières, réalisé par Sandra Joxe et diffusé sur Arte.

Père de quatre enfants, dont trois avec la comédienne Sabine Glaser, Ivry Gitlis vivait à Paris, ville où il décèdera à l’âge de 98 ans, le 24 décembre 2020.

Par Patrick Martial (Cadence Info - 07/2021)


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