CLASSIQUE / TRADITIONNEL


JEANNE DEMESSIEUX, L’ORGANISTE PRODIGE

Elle aurait eu cent ans cette année. Née à Montpellier en févier 1921, Jeanne Demessieux sera l’une des plus grandes organistes de son temps. Cette brillante interprète conduira de front une carrière de concertiste, de compositrice et de pédagogue. Son travail acharné lui permettra de vivre une éclatante carrière internationale, carrière qui sera malheureusement interrompue par sa mort brutale à l’âge de 47 ans.


UNE VIE CONSACRÉE À L’ORGUE

Celle qui fut reconnue sur le plan international comme l’une des interprètes les plus remarquable de l’orgue est encore dans la mémoire de nombreux organistes. Il serait facile de résumer sa vie en quelques chiffres brillants : débuts au piano à l’âge de 4 ans, découverte de l’orgue à 5 ans, premier prix du conservatoire à 11 ans… Avant de citer les 700 concerts donnés à travers le monde ou les 1 500 pages musicales jouées par cœur… « En matière d’art, le conte de fée exaspère ou ravit », s’était déjà exclamé un critique du Figaro, pour saluer le récital donné sur les grandes orgues de la Salle Pleyel de la jeune prodige âgée de 25 ans.

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© archives.montpellier.fr - fonds 4S20

Prodige ? Jeanne Demessieux le fut sans aucun doute. Elle avoua dans son Journal, tenu assidument pendant plusieurs années (1), avoir vraiment été « saisie » par le son des grandes orgues de Notre-Dame au cours d’un voyage qu’elle fit à Paris lorsqu’elle avait sept ans. Mais selon la légende familiale, c’est deux ans plus tôt, sur le bel orgue Cavaillé-Coll de l’église Saint-Mathieu à Montpellier, qu’elle posa les doigts pour la première fois, pour y jouer de mémoire et jusqu’au bout une étude de Chopin.

Premier prix de solfège et de piano en 1932 au Conservatoire de Montpellier, elle déménage avec toute sa famille pour poursuivre ses études à Paris. Elle y enchaîne les premiers prix d’harmonie, de piano, de contrepoint et fugue. Et le premier prix d’orgue, tant convoité, en 1941.

C’est au Conservatoire de Paris qu’elle rencontre celui qui va devenir son inspirateur et son maître : Marcel Dupré. Ce dernier a 50 ans et Jeanne, 15. Organiste, compositeur, pédagogue, Dupré est titulaire de l’orgue du Saint-Esprit et permet à Jeanne d’assurer des suppléances. Il lui ouvre également les portes d’une carrière internationale en préparant pour elle une série de récitals donnés en 1946 à la Salle Pleyel, avant de partir sillonner l’Europe ou les États-Unis. Elle sera notamment la première femme autorisée à jouer à l’Abbaye de Westminster de Londres, grâce à une autorisation spéciale de l’archevêque.


JEANNE DEMESSIEUX : 'POÈME POUR ORGUE ET ORCHESTRE'
Orchestre symphonique de Zurich, direction : Daniel Schweizer - Orgue : Ulrich Meldau.

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SUCCÈS, VOYAGES ET ÉLOIGNEMENT

Le succès, les voyages mais aussi l’éloignement de ceux qui lui sont chers accentuent les « accès de mélancolie désespérantes », des mots qu’elle confiait à son Journal, alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente. « Pourquoi dans ma nature y a-t-il deux sentiments si opposés ? D’un côté c’est la violence, de l’autre la mélancolie douloureuse ou accablante. »... De quoi faire mentir les photos posées de l’artiste, figées dans ses sourires de perles et ses robes sages, alors que d’autres la montrent échevelée, rayonnante et puissante sur un cheval de Camargue, près du mas familial où elle aimait se ressourcer. (2)

© archives.montpellier.fr - fonds 4S20 - de G. à Dr. : Jeanne Demessieux enfant (début années 30) - Chez elle, rue du Docteur Goujon à Paris (1953) - À Aigues-Mortes dans le Gard (1953)

La fatigue, une santé depuis toujours fragile, la trahison de son maître qui s’éloigna d’elle brutalement et sans explication, accentuèrent sans doute ce sentiment d’avoir peut-être trop donné à son art et pas assez à sa vie personnelle. Elle ne cessera pourtant de travailler et ajoutera à ses tournées, l’enseignement, les enregistrements ainsi qu’un répertoire important de compositions.

En 1962, Jeanne devient titulaire des orgues de l’église de la Madeleine, succédant à ce poste à Saint-Saëns et Gabriel Fauré. Lorsqu’elle meurt à 47 ans, le 11 novembre 1968, le grand orgue resté silencieux sera recouvert d’un immense voile noir.

1 - Toute sa vie, Jeanne Demessieux consignera dans son journal les évènements importants de sa vie et de sa carrière. Une source d’informations précieuse est disponible en ligne dans la base de données des Archives de la ville de Montpellier : archives.montpellier.fr, fonds 4S Jeanne Demessieux.

2 - Pour les besoins de sa carrière, elle quittera son Sud natal à l’âge de 12 ans. Toute sa vie, Jeanne éprouvera le besoin de venir se ressourcer dans le mas familial auprès des chevaux et des cigales. « Il est si beau, mon pays », disait-elle.

P. Martial (Cadence Info - 03/2021)
(source : archives.montpellier.fr)


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