CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LA MUSIQUE CLASSIQUE, ENQUÊTE AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON

Régulièrement, chaque 5/10 ans environ, le ministère de la Culture conduit une enquête pour mieux connaître l’évolution des goûts musicaux chez les Français. Lors du dernier sondage réalisé en 2018, il ressortait que les Français écoutaient toujours plus de musique, mais que le classique était en perte de vitesse...


DE L’IMPORTANCE DU CLASSIQUE DANS LES MÉDIAS ET LES ARTS

L'une des conclusions du dernier sondage commandé par le ministère de la Culture était le suivant : les pratiques numériques sont majoritaires au détriment des médias historiques. Si cette constatation est avérée, elle n'a rien de bien surprenant. En revanche, un tel comportement risque fort de modifier le paysage musical actuel dans un avenir proche. Le phénomène de l’addiction envers les technologies numériques ne cesse de prendre de l'ampleur, même chez les moins jeunes, et il est permis de s'interroger.

Si la diffusion de la musique à grande échelle ne pose pas de problèmes majeurs, ceci grâce à Internet et ses plateformes, sur le fond, rien ne semble avoir réellement changé dans le domaine des goûts : certaines musiques produisent un abatage à tout rompre (musiques urbaines, rap...) quand d’autres demeurent plus confidentielles et parfois sujettes à des idées toutes faites, comme la musique classique.

Dans une enquête approfondie telle que celle conduite par le ministère de la Culture, la place occupée par la « grande musique » ne pouvait et ne devait être mise à l'écart. Par rapport à ses accomplissements passés, les enjeux de la musique classique englobent de nos jours d’autres paramètres ; essentiellement économique avant d'être nécessairement artistique comme d'autres musiques. Dans l'échiquier des arts, il est indéniable qu'elle a perdu de sa vitalité. De plus, son rôle culturel n’a qu’un lointain rapport avec ses anciennes conquêtes et les diverses révolutions qu'elle a traversées. La musique classique n’est pas éteinte, mais a beaucoup de mal à se réinventer, faute de ne pas laisser suffisamment de place aux jeunes compositeurs.

Côté radio, sur la bande FM, la musique classique se résume à deux stations essentielles : ‘France Musique’ et ‘Radio Classique’, notamment pour la qualité de leur programmation. On relèvera au passage que le Web a largement poussé les stations de Radio France - surtout France Musique et France Culture - à avoir une position beaucoup plus ouverte et moins tranchée envers ce qu’on appelle couramment la « musique populaire ». Certaines émissions auraient été impensables il y a moins de 20 ans, comme écouter du Prince pendant deux heures sur France Culture !

La musique classique se diffuse aussi dans d’autres médias. Arte est un bon exemple d'une chaîne qui a considérablement évolué en conciliant droiture et ouverture. Pouvait-elle faire autrement ? Pas vraiment ! Toujours à cause du Web qui ne cesse d’obliger petits et gros médias à modifier leur « politique éditoriale ». Suivre le mouvement, voire l’anticiper, est encore une bonne façon pour « signaler » à la concurrence sa différence.

Par chance, la « grande musique » trouve d'autres refuges où elle prend vie de manière plus subtile et non moins crédible. Dans le cinéma populaire grâce à ses bandes-sons et, dans une moindre mesure, au théâtre. Parfois, au détour d'un spot publicitaire, elle fait son entrée et joue de sa majestueuse influence pour élever la qualité d’un produit. Mais est-ce là, le rôle suprême que doit jouer la musique classique ? Reste enfin les spectacles de danse et le concert, la dernière roue du carrosse et ultime moyen pour asseoir la qualité d'une interprétation ou pour faire découvrir des œuvres d'un compositeur méconnu.

Assister à un concert de musique classique est un excellent moyen pour se rapprocher des musiques dites « vivantes ». Les lieux choisis se déroulent souvent dans un cadre adapté qui, par ses décors et son acoustique, permet de s’immerger et de ressentir les plus belles vibrations. Le contexte est idéal, pourtant, bien peu de personnes osent franchir le seuil d’entrée pour diverses raisons plus ou moins avouables : le prix, le programme, le lieu, etc. Ceci n'est pas nouveau. La consommation de la musique, qu'elle soit classique ou pas, soulève toujours la question de son adaptation devant l'évolution des goûts et des couleurs.

Rendre la musique classique attractive demeure un combat de tous les instants ; un désir pour les artistes, mais aussi pour les administrateurs de spectacle qui déploient beaucoup d’énergie et de bons sentiments pour que le classique ne reste pas une musique à part ou élitiste, dans le pire des cas.

Des concerts gratuits sont ainsi programmés. Des festivals naissent. Certains se spécialisent, piano en tête. On ne peut mieux faire, d’autant que si les Français écoutent de plus en plus de musique, le malheur pour les artistes de musique classique est de voir le public fréquenter de moins en moins les concerts ; de quoi alerter le ministère de la Culture que quelque chose ne tourne pas rond dans l’univers de la « grande musique » !


FAUTE D’Y PARVENIR...

Ce n’est pas faute d’idée ou de volonté. On ne peut condamner ou responsabiliser les stars de la musique classique dans ce relatif échec, d'autant que pour la plupart d’entre eux, la musique populaire est parfois une alliée de circonstance. L'inverse existe aussi. Cependant, sur ce dernier point, il y aurait beaucoup à dire ! Par exemple du côté des « artistes de variété » qui, pour certains, n’ont jamais hésité à piocher dans le répertoire classique, plus par facilité et bénédiction que par réelle dévotion. Dans ce sens, le plus connu est certainement Serge Gainsbourg. Les exemples ne manquent pas... La chanson Lemon Incest chantée en duo avec sa fille Charlotte (inspiré de l'Étude n°3 opus 10 pour piano de Frédéric Chopin) ou Baby Alone in Babylone interprétée par Jane Birkin (basé sur le 3e mouvement de la symphonie n° 3 de Johannes Brahms). Toutefois, chez Gainsbourg, il est bien difficile de savoir si l’intention était purement mercantile, vaguement respectueuse ou purement artistique. Chacun tranchera.

© flickr.com - L'orchestre national de Lille aux 22e victoire de la musique classique en 2015

Assurément, prendre tout le sens de la musique, c’est ressentir émotionnellement mais aussi physiquement ; une formule qui satisfait généralement la jeunesse. Le classique ne répond évidemment pas aux nombreux codes actuels, mais il défend sa position. Par le passé, des compositeurs ont tenté des expériences, comme celle d’éveiller et d'ouvrir les enfants à son langage. L'exemple de Pierre et le loup de Prokofiev est significatif.

Restons honnête. Depuis l'année de sa première en 1936, le miracle n’a pas vraiment eu lieu. Malgré ses diverses exécutions publiques, Pierre et le loup démontre surtout toute la difficulté d'une communication naturelle dans un conte pour enfant au récit élaboré. La musique classique peut-elle alors faire simple, tout en conservant une approche réfléchie ? Certainement, mais les exemples sont rares et quand ils existent, ils sont vite oubliés, malgré les efforts de compositeurs/pédagogues en quête de solution pérenne.

Bien plus malheureux : la promotion artistique sur le Web, souvent maladroite ou trop exigeante (ce qui n'arrange rien). Les relais se révèlent insuffisants. La musique classique se défend mal en ignorant les agences de diffusion, notamment en ce qui concerne les parutions discographiques, ce qui rend le cheminement médiatique d'un jeune artiste de musique classique (ou d'un orchestre) bien plus difficile. Visiblement, elle n’est pas totalement libérée et s'arc-boute encore.

De nos jours, la musique classique poursuit néanmoins son bonhomme de chemin en s'appuyant sur son « réseau d’adresses », essentiellement des fidèles. Les projets ne manquent pas et prennent différentes formes, fréquemment avec l’aide du ministère de la Culture et des partenariats locaux. Pour autant, cela ne semble pas suffire pour créer un véritable déclic. Mais j’ose imaginer que dans les sphères impliquées des solutions sont à l’étude pour susciter plus de curiosité. Il faut l’espérer !


À PROPOS DE L’ENQUÊTE DU MINISTÈRE DE LA CULTURE

Depuis le début des années 1970, le ministère de la Culture réalise régulièrement l'enquête ‘Pratiques culturelles’ qui détaille les comportements des Français dans le domaine de la culture et des médias. En 2018 était réalisée la 6e édition après celles de 1973, 1981, 1988, 1997 et 2008. Le dispositif est identique aux précédentes : choisir un échantillon représentatif de la population française métropolitaine âgée de 15 ans et plus avec méthode des quotas et questionnaire en face à face au domicile de la personne. En 2018, l'échantillon était multiplié par deux, soit 9 200 individus interrogés.

L'enquête portait sur les différentes formes de participation à la vie culturelle : lecture, écoute de musique, fréquentation des manifestations culturelles, pratiques en amateur... tout en accordant une large place à l’usage des médias traditionnels et aux nouvelles technologies liées au numérique.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2021)

À CONSULTER

LE DANGER DE LA CULTURE NUMÉRIQUE (suite à l'enquête du ministère de la culture de 2008)

LES FRANÇAIS ET LA MUSIQUE (sondage Sofres pour la sacem - 2005)

MUSIQUE CLASSIQUE ET VIDÉOCLIPS, L'UNION FAIT LA FORCE

LA MUSIQUE CLASSIQUE EST-ELLE ELITISTE ?


RETOUR SOMMAIRE

Consulter d'autres publications sur...

Facebook   Twitter   YouTube

sites partenaire : pianoweb.fr - musicmot.com