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CHANSON


GAINSBOURG, DE L'EMPRUNT MUSICAL AU PLAGIAT

Serge Gainsbourg n’a jamais caché son attachement à la musique classique et au jazz (Stan Kenton, Ray Conniff…) Laissant de côté les compositeurs Mozart et Beethoven, il préférait écouter du Schönberg, Stravinsky ou Bartók aux harmonies plus avant-gardistes.


VOUS AVEZ DIT CHOPIN ?

Gainsbourg, qui classifiait la musique en utilisant une échelle de valeur toute personnelle, ne s’est pas gêné pour utiliser dans certaines de ses chansons aux tonalités mineures quelques œuvres majeures du répertoire classique. Chopin et Dvorak seront les hôtes privilégiés. Facilité oblige et ressource quasiment inépuisable pour cet esthète touche à tout.

Dans son appartement, M. Chopin avait droit à son portrait posé sur le piano Steinway, tout comme Sid Vicious, un artiste punk au destin encore plus tragique que son aïeul. Le romantisme de Chopin se mêlait à l’autodestruction de l’artiste rebelle et éphémère des Sex Pistols. Il ne fallait s’étonner de rien, quand l’auteur de La Javanaise devenait Gainsbarre, le provocateur…


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Chopin est le musicien le plus présent dans son œuvre. Trois chansons vont puiser dans le répertoire du pianiste polonais. Il y aura en 1969 la chanson Jane B, chantée par Jane Birkin et où l’on entend le Prélude pour piano n°4 en mi mineur. Ensuite, Dépression au-dessus du jardin, chantée par Catherine Deneuve qui utilise l'Etude en fa mineur n°10, et enfin Lemon incest en 1984, chanté en duo avec sa fille Charlotte sur la fameuse Etude n°3 op.10.

Pour Gainsbourg, la musique classique remonte à sa jeunesse quand il l’écoutait sur le phonographe familial. Elle est devenue le fil conducteur de son inspiration, bien plus que les harmonies jazz qu’il a pourtant pratiquées longtemps en tant que pianiste de bar. Dvorak ne sera pas en peine quand sa Symphonie n°9, dite du 'Nouveau Monde', illustrera le refrain d’Initial BB. A cette époque, la chanson témoigne de la rupture avec Bardot. Sur deux accords d’introduction qui se répètent, il conduira le sens transfiguré d’un poème d’Edgar Poe en des regrets éternels : "Jusqu’en haut des cuisses / Elle est bottée / Et c'est comme un calice / A sa beauté. / Elle ne porte rien / D'autre qu'un peu / D'essence de Guerlain / Dans les cheveux."

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, il y a encore tant de belles choses à exploiter !… Comme cette adaptation du 3e mouvement de la Symphonie n°3 de Brahms dans la chanson Baby Alone in Babylone chanté par Jane Birkin. Une chanson qui marque encore une rupture dans l’existence de Gainsbourg.

Musicalement, c’est pompeux à souhait ; heureusement la voix très haut perchée de Jane agit comme une respiration indispensable porteuse d’un équilibre fragile. Je passe sur d’autres adaptations comme Lost song (Chanson de Solveig, de Grieg) ou Charlotte forever (Andantino pour piano n°5, de Khatchaturian).


QUAND LA MUSIQUE S'ELOIGNE DU SENTIER 'CLASSIQUE'...

Tout au long de sa carrière, l’ami Gainsbourg a exploité le répertoire classique, mais pas seulement… Dans l‘album Gainsbourg percussion (1964), c’est l’âme tropicale avec ses rythmes africains et brésiliens qui transparaît. Entouré de cinq percussionnistes et de douze choristes, Gainsbourg va, là-aussi, dans un répertoire aux accents folkloriques, user de quelques emprunts. Pour la chanson Pauvre Lola, il va aller à la pèche aux sons et capturer dans son filet une mélodie produite quelques années auparavant par la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, Umqokozo. La musique baptisée de ‘nègre’ bat son plein et Gainsbourg fait de la world music avant l’heure, tout en récoltant au passage les droits d’auteurs ! Deux autres adaptations figurent sur ce même album, dont la chanson New York U. S. A., à l’origine Akiwowo du percussionniste nigérian Babatunde Olatunji.


LA FAIBLESSE DU PLAGIAT

Qu'est-ce qui est le plus important ? S’interroger sur ses propos concernant la chanson qu’il qualifiait d’art mineur ? Ou comprendre que le plagiat avoué lui donnait la force nécessaire pour conduire son inspiration vers une dimension supérieure ? Personnellement, en tant que compositeur, je n’ai jamais été pour les emprunts, à moins d’être en capacité d’en extraire la sève pour produire à son tour une créativité féconde. Mais Gainsbourg n'a jamais fait cela. Il n'y a pas de déguisement sonore derrière chaque arrangement. Les emprunts sont là, identifiables, reconnaissables par tous  !

Quand les pas de l’artiste sont conduits par des couleurs sonores déjà façonnées, et plus dramatiquement, quand l’inspiration n’est pas au rendez-vous, alors le plagiat s’invite en même temps que la facilité. Certes la carrière de Gainsbourg ne se limite pas à ces quelques emprunts, heureusement d’ailleurs, mais ils sont tout de même là, gravés à tout jamais.

A présent, une rareté que certainement peu de personnes ont relevé... Pour les oreilles aiguisées, voici l’articulation rythmique à l’avant-garde d’un certain rap du Requiem pour un con issu du film Le Pacha (1968), et que l’on entend brièvement construit dans le film Le ciel sur la tête (1964 - musique Jacques Loussier). L’idée de base est déjà là, construite, mais le développement, c’est à Gainsbourg qu’on le doit. Rendons à César ce qui lui appartient, même si la ressemblance est troublante !

LE CIEL SUR LA TETE - Musique Jacques Loussier (1964)
(extrait issu de la bande son du film)

LE PACHA - Musique Serge Gainsbourg (1968)
(extrait issu de la bande son du film)

Dans ses compositions, Gainsbourg avait un sens de l’économie. Ses grands succès sont de savantes ritournelles qu’il a toujours su habiller avec un sens rythmique propre à l’artiste de jazz qui s’ignore. Grâce à son talent, son habileté à user des modes, et à sa culture, il a su très bien accommoder les mélodies de la musique classique à quelques harmonies aventureuses.

Avec Gainsbourg, on peut toujours courir après un épilogue sans fin, analyser avec le recul nécessaire la part d’ombre de l’artiste, pour finalement aboutir à critiquer une démarche musicale plutôt réussie. Il vaut mieux absoudre ces quelques trahisons sonores parfois discutables. Quand le tiroir-caisse répond présent, les œuvres classiques se passent bien volontiers de leur inviolabilité. N’en déplaise aux esthètes de la 'grande musique', mais c’est ainsi ! Gainsbourg n’avait pour autre ambition que de faire de la chanson en couchant sur le papier des notes qui lui tenaient à cœur, quitte pour cela à faire des emprunts et à brûler quelques interdits.

Par Elian Jougla - 12/2013

A consulter :

PLAGIAT, CHANSON ET JUSTICE

FNAC, UNE INTERVIEW INEDITE

DE GAINSBOURG A GAINSBARRE

LA CHANSON JE T'AIME MOI NON PLUS

GAINSBOURG, VIE HEROIQUE (film)


L'AVIS DES INTERNAUTES

nom : Steff
message : De même pour Fernand Reynaud, qui etait très connu dans le milieu des cabarets pour reprendre des sketchs en son nom après les avoirs vu chez des débutants. (posté le 01/06/2015)

nom : regliss
message : Quand c'est dit explicitement, c'est un homage, mais Gainsbourg ne citait pas toujours ses sources... et parfois c'était du simple copier-coller... comme pour Babatunde Olatunji - Akiwowo.
Quand Picasso entrait dans l'atelier d'autres peintres, ceux-ci racontent qu'ils cachaient leurs œuvres car parfois ils les retrouvaient digérées, réinventées "en mieux"... du moins en plus commercial, et vendues au prix fort. Picasso reprenait l'essentiel d'une invention, et le rendait populaire. Bien évidemment, l'accommodation est un art, même si j'ai plus de sympathie pour les inventeurs "ex-nihilo" :) (posté le 16/10/2014)

nom : Jazaiaz
message : Même si Gainsbourg empruntait allègrement au répertoire classique sans forcément citer ses sources (pourtant facilement identifiables), la comparaison avec Picasso est maladroite à mon avis. Ces oeuvres étaient pour la plupart très largement connues du grand public et "libres de droit" (j'ignore si la législation connaissait déjà ce terme). Il n'empruntait pas à ses contemporains méconnus, ce qui fait une sacrée différence à mon avis. (posté le 03/09/2015)

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