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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LE BOLÉRO DE MAURICE RAVEL, UNE ŒUVRE AVANT-GARDISTE

Quand il compose en 1928 son célèbre Boléro, Maurice Ravel ne sait pas encore qu’il vient d'écrire une page importante dans l’histoire de la musique du 20e siècle. Alors que la musique d'ameublement imaginée par Erik Satie influence Brian Eno pour créer l'ambient, le compositeur Maurice Ravel va lui aussi incarner un rôle de précurseur chez quelques musiciens électros...


LE BOLÉRO ET SON LONG CRESCENDO

« Le Boléro est une invitation à se laisser posséder par une transe qui est aussi une promesse d'infini, pour peu qu'on lui laisse le temps de nous envoûter. » Évidemment, son Boléro (1) n'utilise que des instruments acoustiques, mais l'œuvre est révolutionnaire, car elle fait évoluer la manière de concevoir la musique.


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Ravel bouscule profondément les mentalités. Comme Stravinsky, il sera traité de fou (2) quand il présentera sa création en novembre 1928 à l'Opéra Garnier à Paris. Il faut se rappeler qu’à l’entre-deux-guerres, nombre de musiciens classiques renouvellent leur art au contact des danses populaires, notamment celle en provenance d’Espagne et de ses fascinants croisements entre monde arabe et monde chrétien, entre distinction aristocratique et rugosité des paysages.

De prime abord on pourrait croire que le compositeur ne s’est pas fatigué pour écrire les pages de son Boléro, et pourtant ! La mélodie sensuelle est là, à souhait, dès le début, mais Ravel la cache encore quelque peu derrière le rythme entêtant qui parcourt toute l’œuvre ; ce rythme d’une danse espagnole lente mais inexorable qu’il impose dès les premières mesures.

Le Boléro agit inexorablement dans un mouvement ininterrompu. Cette phrase rythmique qui marque les premières mesures va revenir, inlassablement, toujours identique, à travers cette danse hispano-arabe. L’intelligence de son Boléro est d’avoir su traduire l’art de la composition orchestrale tout en utilisant le matériau le plus économe possible. Sur la partition, Maurice Ravel explique son œuvre en ces termes : « C’est une danse d’un mouvement très modéré et constamment uniforme, tans par la mélodie que par l’harmonie et le rythme, ce dernier marqué sans cesse par le tambour. Le seul élément de diversité y est apporté par le crescendo final. »

Le long crescendo prend place. De nouveaux instruments s’ajoutent peu à peu pour jouer la fameuse phrase. Après la flûte, c’est la clarinette qui fait entendre la sinueuse mélodie. La partition ne se fige pas, elle évolue avec l’assurance qu’accordent les écritures. La mélodie, tourbillonnante et obsédante, est répétée sur le même tempo pendant toute la pièce, qui dure environ dix-sept minutes (3). Cette répétition crée un effet de transe, avant l'emballage dans une envolée finale où les crépitements métronomiques de la caisse claire peuvent évoquer les beats d'une boîte à rythmes (4).

L'image est-elle vraiment osée ? Ravel n’a-t-il pas déclaré un jour qu'il aurait aimé jouer le Boléro dans une usine avec un vaste ensemble industriel à l’arrière plan ? N’était-il pas alors conscient que son œuvre transportait en elle un aspect très mécanique ? Maurice Ravel était visiblement un compositeur anticonformiste, un de ceux qui place le doute au cœur des certitudes. Cet élève de Gabriel Fauré n’a jamais pu se caler dans les moules du Conservatoire (ce qui l’empêchera notamment d’obtenir le 'Grand Prix de Rome').

Toutefois, si son œuvre est limpide dans sa structure et d’une grande facilité d’écoute - ce qui contribuera à faire du Bolèro l’œuvre la plus populaire du répertoire classique -, Maurice Ravel ne suivra pas la route tracée par d’autres compositeurs plus aventureux comme Schonberg ou Varèse. Ses écritures resteront conventionnelles, alors que déjà en 1928, l’écriture tonale n’est pas la seule à être utilisée. Les musiques atonales puis sérielles ont fait leur apparition, et le jazz s’écoute et se grave sur disque.

1 - Le Boléro est une commande de la danseuse et amie du compositeur, Ida Rubinstein, qui, d’après ses dires, désirait danser un ballet au caractère espagnol.

2 – Lors de la création de l’œuvre, la légende raconte qu’une dame se serait écriée : « Au fou, au fou ! » Ravel aurait été mis au courant et aurait dit : « Celle-là, elle m’a compris ! »

3 – Le Boléro est composé d’un très long thème divisé en deux parties et répété neuf fois. Le principe de son orchestration est de fonctionner par accumulation d’instruments. Seule la fin provoque la surprise à cause d’une modulation inattendue en mi majeur (la tonalité principale étant en do majeur). La version pour orchestre seul sera dirigée par le compositeur en 1930.

4 – Le rythme du boléro est joué 169 fois par la caisse claire.


MAURICE RAVEL : LE BOLÈRO
London Symphony Orchestra, dir. Valery Gergiev


LE RAPPORT À L’ÉLECTRONIQUE

À l'origine, le Boléro est une musique de ballet, lié à la danse. Plusieurs artistes électroniques travailleront autour de la danse contemporaine, partageant avec les chorégraphes le sens de l'expérimentation et le goût du futurisme. Le Boléro a traversé le temps, inspiré les cinéastes, mais surtout les musiciens qui en donneront leurs propres versions, dont deux figures majeures de l'électronique, Carl Craig et Moritz Von Oswald.

Du point de vue de la progression, on retrouve chez Maurice Ravel une autre approche sensiblement similaire au Boléro dans une œuvre précédente intitulée Daphnis et Chloé, dans le mouvement intitulé Lever du jour. Dans cette partie, Ravel utilise toujours un long crescendo composé de longues tenues jouées par les cordes. Le rôle hypnotique incarné par le Boléro laisse place dans ce Lever du jour à une musique planante qui n’en porte pas certes le nom mais qui, de part le développement orchestral, procure un sentiment d’évasion total.

Autre précurseur moins célèbre que Ravel, mais qui mérite d’être cité : George Antheil. Chez ce compositeur américain, l’approche musicale repose avant tout sur les moyens technologiques utilisés : pianos mécaniques, percussions en tout genre et sons électriques : sirènes, cloches, hélice d’avion... Le Ballet Mécanique est son œuvre la plus controversée. Composée en 1924, elle servira à accompagner le film du même nom réalisé par le peintre Fernand Léger. À l'époque, le cinéma n’est pas encore parlant et la bande-son du film est reçue par les critiques comme un acte révolutionnaire en jouant sur la répétitivité des accords plaqués par les pianos et les rythmiques cadencées des percussions. Autant de signes annonciateurs de l'ère industrielle et du travail à l’usine que la sirène stridente illustre parfaitement.

Par Patrick Martial (Cadence Info - 01/2018)

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L'AVIS DES INTERNAUTES

nom : mibi95
message : Bonjour. Quelqu'un aurait détecté depuis 1928, date de création du Boléro par Maurice Ravel, que celui-ci plagia la série de quelques notes de flûte répétées 3 fois dans l'opéra Tosca de Puccini, Acte 1 - scène 2, créé en 1900 "...Recondita armonia..."  ? Surprenant ! Non ? (posté le 08/03/2018)

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