CLASSIQUE / TRADITIONNEL


QUAND LE CHANT DES OISEAUX ŒUVRE POUR LA MUSIQUE...

Excepté les bruits naturels comme le ressac des vagues, la brise des arbres ou encore le grondement du tonnerre, la vie animale est la première source à déployer des chants caractéristiques et identifiables. À nos oreilles, celui des oiseaux remporte la palme d’or par sa richesse et sa diversité. Pour les grandes plumes de la musique, il reste un fantasme, un appel à toutes les audaces.


PLANTONS LE DÉCOR

Que ce soit la grive musicienne, le rossignol, le pinson ou le merle noir, les oiseaux enchantent les forêts et les prairies. Ils sont pour l’homme d’extraordinaires compagnons, au point que l'absence de leur chant crée un vide et accentue le sentiment de solitude, d’une vie en sommeil.

Le recensement actuel fait état d’environ 5 000 oiseaux chanteurs et autant de mélodies en puissance. Tandis que dans la forêt s’élève le chant caractéristique du coucou à 2 notes, au loin résonne l’alouette des champs et ses 400 notes. Le chant des oiseaux est à la fois un univers d’une complexité folle et une ressource inépuisable pour un compositeur. De même, comment ne pas remarquer l’intensité de ces "sérénades", si différentes, et qui peuvent atteindre chez certaines espèces les 80 décibels.

Oui, au royaume des cimes, les oiseaux sont bien les rois ! Toutefois, ce qui soulève question vis-à-vis de tout musicien curieux, ce sont surtout les variations rythmiques et la construction des mélodies. Quelques chants du rossignol, passés au ralenti, démontre aisément que les supposées improvisations sont aussi d'une complexité désarmante. Cependant, si certains "volatiles" sont des musiciens en puissance, ont-ils une science innée de ce qui peut-être beau et juste ?


LES MUSICIENS PASSENT À L'OFFENSIVE

Cette question, beaucoup de compositeurs se la posent encore. En consultant l’histoire de la musique, quelques faits révèlent toute l’importance du chant des oiseaux dans l'imaginaire des musiciens…

Dès 1528, Clément Janequin propose des compositions polyphoniques qui imitent leurs chants à coup d'onomatopées. Cette première tentative permet une première incursion éclairée de leurs mélodies dans la musique occidentale. Plus tard, à l'époque Baroque, Antonio Vivaldi choisit la flûte pour imiter le chant du chardonneret. L’instrument à vent, par sa fluidité sonore, sa légèreté espiègle, devient l’instrument ambassadeur pour imiter le chant des oiseaux, même si son imitation est bien loin de reproduire le chant hyper aigu et complexe du Chardonneret.


DIFFÉRENTS CHANTS DU CHARDONNERET
Le chant des oiseaux peut être répétitif ou extrêmement imaginatif comme ici avec le chardonneret des forêts.

Le compositeur Camille Saint-Saëns est certainement le musicien le plus admiratif du règne animal en ayant composé Le Carnaval des animaux en 1886. Dans cette œuvre, il dédicace aux oiseaux quatre thèmes : la basse-cour avec Poules et Coqs (utilisation de la clarinette) ; Volière (utilisation de la flûte) ; l’oiseau des forêts avec Le coucou au fond des bois (utilisation de la clarinette) et l'oiseau des lacs avec Le Cygne (utilisation du violoncelle).

D’autres compositeurs célèbres comme Tchaïkovski, Maurice Ravel et Stravinsky s’y essaieront aussi, chacun traduisant avec sa science musicale la traduction mélodique de quelques chants d’oiseaux - sans forcément les nommer d’ailleurs !

Olivier Messiaen fera de même, sauf que ses connaissances ornithologiques révèleront le chant des oiseaux avec plus de méticulosité. Le compositeur n'hésitera pas à retranscrire fidèlement leur chant sur partition. Le résultat de cette passion peut s'écouter dans son œuvre pour piano, Le catalogue des oiseaux, composée à partir de 13 chants d’oiseaux différents.


OLIVIER MESSIAEN : 'CATALOGUE D'OISEAUX'
Successivement : le Chocard des Alpes, le Loriot, le Merle bleu.


UNE VOLONTÉ DE SE RAPPROCHER DE L’OISEAU

Tous les grands compositeurs ont été attirés par le chant des oiseaux. Cette curiosité vient sans doute de ce processus naturel et abouti dont l’homme est dépourvu à sa naissance, mais que l’éducation musicale, épaulée par les sons entendus dans l'environnement, tente d’imiter artificiellement à défaut de vraiment les reproduire de vive voix.

© Gift of Walter S. Poor (wikimedia) - Une serinette

Pour y parvenir, l’homme crée, dès le 19e siècle, des sifflets et des appeaux dans l’intention d’imiter le chant des oiseaux pour les attirer et les tuer. Mais il y a peut-être pire encore !

Dans sa volonté de vouloir éduquer ses oiseaux de compagnie, l’homme invente au 17e siècle la serinette. Proche du concept de l’orgue de Barbarie, cet instrument utilisait un cylindre muni de pontets en métal et tournant en boucle. Destiné au malheureux oiseau qui subissait le son de l'instrument soir et matin, ce chant éducatif de quelques secondes devait aboutir au résultat espéré par son propriétaire, à savoir : reproduire la mélodie d'une chanson populaire.

Fort heureusement, l'homme étant tout et son contraire, il est toujours capable de se surpasser en devenant plus respectueux du règne animal, comme quand il crée des boîtes à musique construites pour reproduire le chant des oiseaux.

Par ailleurs, et toujours de manière pacifique, comment ne pas citer cette fabuleuse histoire survenue entre une violoncelliste anglaise nommée Beatrice Harrison et un rossignol. Là où l’homme et l’oiseau restent dans leur univers respectif, sans réellement se rencontrer, cette musicienne allait faire sensation en partageant sur la BBC, de 1924 à 1936, un duo musical étonnant en jouant dans son jardin avec son petit ami volatile.

Ce partage avec le chant des oiseaux n'en restera pas là. La chanson devait s'en emparer également. L'un des premiers exemples significatifs se produit en 1968 avec les Beatles qui invitent le chant d'un merle noir pour justifier leur titre Blackbird.

Depuis, des harmonisations de chants avec le son et l’image sont à la disposition des compositeurs. Les meilleurs exemples de cette alchimie nous viennent du jeune compositeur Christophe Chassol, véritable chasseur de chant d’oiseaux, qui crée des musiques inclassables, mais non dénuées d’intérêts.


CHRISTOPHE CHASSOL : 'LES OISEAUX'
Modernisme flamboyant dans cet extrait du dernier album en date du compositeur Christophe Chassol, 'Ludi'.

La plupart des chants d’oiseaux sont justes ; justes dans la façon que nous avons d’estimer leurs hauteurs respectives. Quand ils chantent, ils sécrètent de la dopamine - un neurotransmetteur, dite molécule du bonheur. Le chant de l’oiseau serait-il alors la réponse à une récompense, à un dialogue porteur de bien-être ou simplement - à l'image des musiciens - d’être simplement écouté en cadeau partagé ?

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2022)

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