'LE FLIC DE BEVERLY HILLS' ET SA BANDE-SON

À la fin des années 70, alors que les créations originales des compositeurs issus de la musique classique ou du jazz marquent le pas et que l’irruption des synthétiseurs dans les bandes-son ne fait plus recette, les compilations deviennent la règle. Celle proposée par le film Le flic de Beverly Hills est un exemple qui reflète parfaitement la mutation des valeurs accordées à la musique de films dès les années 80.


UNE BANDE-SON CIBLÉE

Réalisé en 1984 par Martin Brest, Le flic de Beverly Hills est le premier volet d’une série qui en comprend trois. Cette comédie policière est toute à la gloire d’Eddie Murphy. L’humoriste est à cette époque en pleine ascension depuis son spectacle 'Delirious' et ses prestations télévisées de ‘Saturday Night Live’.


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Dans le film, Eddie Murphy incarne Axel Foley, un flic désinvolte et indiscipliné de la ville de Détroit qui va, par soucis de justice envers un ami assassiné, se rendre à Beverly Hills (dans le compté de Los Angeles). Mais arrivé sur place, ses méthodes peu orthodoxes ne plaisent pas à tout le monde, et en premier lieu à la police !

Ce qui nous intéresse ici n’est pas tant la qualité du scénario, la réalisation ou le tempérament volcanique d’un officier de police qui met sans dessus dessous les lieux où il passe, mais l’analyse d’une bande-son qui appelle quelques remarques.

Il faut reconnaître qu’excepté l’instrumental signé par le compositeur allemand Harold Faltermeyer, Axel F, le reste de la BO ne surprend guère par son originalité. Il est difficile, en effet, de faire plus simple : choisir neuf chansons extraites d’un label (MCA) pour ensuite les « balancer » à des moments précis dans le déroulement du film dans le but, peut-être non avoué, de raviver l’attention du spectateur.

Ce choix non académique pour une musique de film répond à un mode de fonctionnement qui commençait à se répandre à Hollywood depuis le début des années 80. La fonction de la bande-son du ‘Flic de Beverly Hills’ est extrêmement ciblée et ne se démarque guère des autres productions musicales destinées aux films à gros budget et que l’on appelle couramment les « blockbusters ».

Nous trouvons dans la bande-son du film quelques vétérans de la musique soul et de la bande FM : la célèbre Patti Labelle, revenue de son tube Lady Marmelade, les excellentes voix du trio The Pointer Sisters, toujours surprenantes, Glenn Frey, le chanteur des Eagles ou encore l’Anglais Junior (Giscombe) qui était à la poursuite d’un autre tube après son Mama Used To tay.


HAROLD FALTERMEYER : AXEL F
Pour cette musique, le compositeur a fait appel à plusieurs synthétiseurs devenus aujourd’hui vintage : le Yamaha DX7 et les ROLAND Jupiter 8 et JX-3P (dont vous pouvez connaître leurs particularités respectives sur le site ‘pianoweb.fr’).

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LA COMPILATION : UNE RÈGLE D’OR QUI RAPPORTE

Depuis que John Williams avait mis son pied dans les supers productions hollywoodiennes des années 70 (Les dents de la mer en 1975 et La guerre des Étoiles en 1977) presque plus personne n’était venue démontrer le bon usage d’une musique de films. Hollywood visait en priorité un « public facile », quitte à appauvrir l’originalité de la musique.

« Au début des années 1970, un réalisateur pouvait entrer dans le bureau d’un producteur avec une idée de film en tête. Après, ce sont les producteurs qui ont commencé à expliquer aux réalisateurs ce qu’ils voulaient voir à l’écran. » racontait alors le réalisateur Françis Ford Coppola dans le documentaire ‘Une décennie sous influence’ de Richard LaGravenese et Ted Demme en 2003. Nous sommes bien là au cœur du sujet, car Coppola ne fait que dénoncer une pratique de marketing qui s’était installé petit à petit avec parfois l’appui de quelques avocats spécialisés.

Ainsi s’imposent, non plus timidement mais avec vigueur, des compilations rapidement montées et rassemblant les derniers tubes du moment ; l’ultime délicatesse étant de choisir des chansons si possible ayant une même couleur musicale. Cette pratique, condamnable pour celui ou celle qui voit dans la musique de film autre chose qu’une suite de chansons, a aussi d’autres conséquences, d’abord de produire une dislocation rapide de la collaboration entre les compositeurs et les réalisateurs, et ensuite de reléguer en queue de générique de fin l’auteur de la musique originale du long-métrage.

Depuis le triomphe au box-office du film Flashdance en 1983, Don Simpson et Jerry Bruckhelmer, les nouveaux princes des productions hollywoodiennes, avaient misé sur la réussite commerciale du Flic de Beverly Hills et ne s’y étaient pas trompés. Et comme le filon ne semblait guère épuisé, Simpson et Bruckhelmer en hommes d'affaire avisés continuèrent avec d'autres productions qui s'avéreront, elles aussi, très rentables : Top Gun en 1986, Bad Boys en 1995 et The Rock en 1996. Tous ces films ont eu en commun d’être dictés par la mise en place d’un même processus méticuleux prenant en compte les lois du marché, et où chaque étape, du scénario jusqu’au choix de la musique, s’accompagnait des indispensables clips et de produits dérivés (une pratique encore courante de nos jours).


GLENN FREY : THE HEAT IS ON

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'EASY RIDER', LE SIGNAL D'UN CHANGEMENT

La compilation de chansons, il en était question dès 1969 avec le film de Dennis Hopper Easy Rider. Ce film-là marque un tournant à Hollywood en donnant naissance après Le Lauréat en 1967 et ses chansons de Simon & Garfunkel, à une forme moins conventionnelle du traitement des récits sur grand écran.

Dans ce road movie, emblème de la génération hippie des années 1960/70, le nom de Roger McGuinn apparaissait au générique. Ce chanteur de folk-rock, qui avait été l’un des membres fondateurs du groupe The Byrds, ne devait pas être le seul à animer la bande-son.

En fait, les deux principaux acteurs du film, Peter Fonda et Dennis Hopper, avaient souhaité pour que leur personnage colle davantage à l’histoire que des chansons rocks soient utilisées. Pour cela, ils avaient même proposé des titres issus de leur discothèque personnelle. Une collection de chansons s’imposa et participa au succès du film : The Weight du groupe de Dylan, The Band, I Wasn’t Born to Folow des Byrds, If Six Was Nine du Jimi Hendrix Exoérience ou encore The Pusher de Steppenwolf.

Quelques années plus tard, en 1973, il appartiendra à Georges Lucas de créer à son tour une bande-son composée cette fois d’une succession de tubes rock des années 50 et 60. Le film American Graffiti permettra d’entendre les Platters, Chuck Berry, Fats Domino ou encore les Beach Boys.


Par Elian Jougla (Cadence Info - 04/2020)

LES TITRES DE LA BO

  • 01. Patti LaBelle : New Attitude (4:01)
  • 02. Shalamar : Don't Get Stopped In Beverly Hills (4:20)
  • 03. Junior : Do You Really (Want My Love?) (3:44)
  • 04. Rockie Robbins : Emergency (3:28)
  • 05. The Pointer Sisters : Neutron Dance (4:12)
  • 06. Glenn Frey : The Heat Is On (3:45)
  • 07. Danny Elfman : Gratitude (5:04)
  • 08. Patti LaBelle : Stir It Up (3:35)
  • 09. The System : Rock 'N Roll Me Again (3:14)
  • 10. Harold Faltermeyer : Axel F (3:00)

Le flic de Beverly Hills
Chez MCA
Année 1984


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