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MUSIQUE DE FILMS


JOHN WILLIAMS - LES DENTS DE LA MER

Inspiré d’un best-seller écrit par Peter Benchley, Les dents de la mer, est un film de Steven Spielberg qui prend à témoin le monde fascinant des requins. Dans son « spectacle » de bête carnassière, le monstrueux animal aux dents acérées provoquera et renforcera la chasse aux squales des années durant. En effet, la grande force de ce film est d'avoir su utiliser une montée en puissance méticuleusement étudiée à travers un habile scénario et des effets pseudo-scientifiques faussement vraisemblables : description du bol alimentaire, taille des mâchoires du redoutable animal... Pour le spectateur, l’adrénaline était entretenue par le puissant thème musical ostinato de John Williams, simple mais efficace, qui se faisait entendre chaque fois que le danger était tout proche.


LES INGREDIENTS DU FILM D’HORREUR


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Les dents de la mer (1975) est le second long-métrage de Steven Spielberg. Le film possède tous les ingrédients du film fantastique. En premier lieu la présence d’un monstre qui sert de fil conducteur tout au long du film : un requin blanc « carcharodon carcharias » de sept mètres de long. Ensuite, à l’opposé du danger et de la peur, la présence d’un monde sécurisé, celui d’une petite ville balnéaire (Amity), protégée par son shérif (Martin Brody, interprétée par Roy Scheider) en lutte avec un maire (Larry Vaughn) qui cherche par tous les moyens d’éviter la mauvaise publicité pour sa ville… Et bien sûr des innocents, de futures victimes du monstre des mers !

Le succès rencontré par le film provoquera une suite en plusieurs exemplaires où la descendance de l’animal, toujours aussi affamée, connaîtra un sort tout aussi fatal. Avec Les dents de la mer, le cinéma nous faisait découvrir un tout autre monde des océans, celui d’un vaste espace encore méconnu où le prédateur est cruel, sans état d’âme, dans l’incapacité de lâcher sa proie et revenant à la charge pour l’achever.


LES DENTS DE LA MER, UN PSEUDO FILM DE SÉRIE B

Le compositeur John Williams et le réalisateur Steven Spielberg se connaissent depuis la sortie du film Sugarland Express en 1974. Les deux hommes possèdent assez de points de vue en commun pour que leur association devienne fructueuse. C’est dans la résidence californienne du réalisateur que le compositeur interpréta le thème principal des Dents de la mer au piano. L’ouverture du Sacre du Printemps de Stravinsky était à l’origine de l’inspiration du compositeur, qui avait minimalisé sa musique à sa plus simple expression en jouant sur un demi-ton répétitif et lancinant.

Spielberg à l’écoute du thème est dubitatif, il ne sait quoi penser face à une musique aussi spartiate, mais il l’est tout autant quand il comprend que l’animation du requin en « carton-pâte » (1) est loin d’aboutir et qu’il risque bien de faire exploser le budget du film. Le moral du metteur en scène est au plus bas, et il envisage la fin de sa carrière à Hollywood non sans raison.

Cependant, le génie de Spielberg qui est toujours en éveil trouve la parade, pour ne pas dire la solution. Pour apporter plus de crédibilité aux séquences du grand requin blanc et éviter le gouffre financier, le metteur en scène adopte le point de vue du requin : la caméra devient l’œil du squale et accompagne chacun des mouvements mais sans le montrer. Cette position facilite grandement la réalisation du film en réduisant au strict minimum son apparition, mais aussi le budget. Dès lors, le script minci à vue d’œil et le requin n’apparaît « physiquement » que durant de brefs instants. Tout le reste du film devient une formalité que Spielberg jouera crescendo en s’appuyant sur un scénario basé autour de la peur du requin.


LA MUSIQUE DU FILM

Le score de John Williams n’utilise pas les artifices habituels propres aux films catastrophes dont il avait déjà signé quelques musiques (L’aventure du Poséidon, Tremblement de Terre, La tour infernale...). Les arrangements musicaux de l’ancien disciple de Henry Mancini et de Bernard Herrmann ne joue pas la carte de l’emphase, et encore moins celle de la dissonance. La BO symphonique rationnelle de John Williams fonctionne sur un mécanisme filmique finalement hérité des films d’horreur de série B.

La musique est très « fonctionnelle », c’est-à-dire qu’elle s’appuie sur l’apparition du requin pour faire entendre ses deux notes et qu’elle devient « crescendo » au fur et à mesure que le danger grandit. C’est simple, direct et efficace. La musique, au lieu de se détacher de l’image pour l’enrober et poser un discours sonore plus distant, ne fait que courir après elle : le « Jaws Theme » appartient alors au prédateur et uniquement à lui. Trombones et cors annoncent le thème tandis que les cordes et les percussions répondent, et pour peu que l’on connaisse l’univers musical de Stravinsky, le «  Jaws Theme » ne vous surprendra pas.

À travers la BO, John Williams a développé une symphonie empirique qui pratique la technique des contre-mélodies, à l’instar de Out At Sea qui souligne le langage imagé de son vieux loup de mer, le féroce pêcheur Quint (Robert Shaw). Ensuite, aux vagues orchestrales puissantes qui saisissent d’effroi le spectateur quand celui-ci prend place au cœur de l’action, d’autres musiques relativement plus légères et moins dramatiques servent d’interludes à quelques scènes secondaires : Promenade ou Night Search.

John Williams, comme bien d’autres compositeurs hollywoodiens, a emprunté à dose homéopathique l’univers classique, et on peut entendre ici du Debussy ou là du Dvorak. Sa musique est une sorte de « sampling » des temps modernes. D’ailleurs, pour un compositeur de la trempe de John Williams, qui est entre autres l’auteur des sagas de Stars Wars et d’Indiana Jones, il doit être certainement difficile de résister à tout ce patrimoine offert en partage. Toutefois, l’adaptation est une chose et la composition autre chose, et l’on peut se demander en revoyant le film, quel succès aurait-il eu (2) sans la présence de ce thème obsédant qui a si bien personnaliser la chasse du requin prédateur et mangeur d’hommes ?

1 – Le requin sera prénommé Bruce, du nom de son avocat.

2 - Doté d'un budget de 4 000 000 de dollars, pour bientôt en coûter 9 000 000, le film a rapporté 260 millions de dollars sur le marché américain et 210 millions dans le reste du monde. Les dents de la mer sera. no 1 au box-office mondial en 1975 et ne sera détrôné qu'en 1977 par Star Wars, le film de George Lucas… dont la musique sera aussi le second grand succès commercial de la carrière du compositeur John Williams.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 01/2015)


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