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MUSIQUE DE FILMS


BIOGRAPHIE PORTRAIT DU COMPOSITEUR HENRY MANCINI

C’était un jour de 1963. Le metteur en scène Blake Edwards et le compositeur Henry Mancini collaboraient pour la 5e fois. À l’écoute de ce qui venait d’être enregistrer, Mancini devait certainement remercier Dieu pour lui avoir accorder la permission de composer une telle musique. Le célèbre thème de La panthère rose (The Pink Panther) résonnait dans le studio. Une mélodie simple, mais pas simpliste, avec une touche d’humour, oui, mais sans folklore. C’était ça que Mancini venait de créer. Pas de quoi crier au génie, mais tout de même !


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Alors qu’en 1964, Michel Legrand utilise abondamment le demi-ton dans le thème des Parapluies de Cherbourg, à la même époque, un certain Henry Mancini va encore aller plus loin en exploitant à son avantage la gamme chromatique (*) pour fabriquer les fondations du célèbre morceau.

Pour un compositeur à la page, c’est un vieux cliché. La gamme chromatique a souvent été utilisée dans le cinéma muet pour illustrer, par exemple, les images d’une personne qui monte ou qui descend des escaliers. L’utilisation d’une telle idée pourrait paraître saugrenue ou trop convenue pour de nombreux musiciens… mais pas pour Mancini ! Son ingéniosité lui a permis de l’exploiter autrement, en trouvant la voie, le passage béni : appuyée par le rythme cadencé d’un triangle, une basse électrique joue quelques notes chromatiques qui montent et qui descendent. Cette entrée en matière sera suffisante pour imprimer aux esprits les plus obtus une dose de clairvoyance. La mélodie qui fera suite, jouée au saxophone, ne fera qu’exploiter cette audace.

(*) la gamme chromatique est une gamme qui n’utilise que des demi-tons : do, do#, ré, ré#, mi, fa, fa#, sol, etc.


HENRY MANCINI, COMPOSITEUR DE FILMS DE SERIE ‘B’

Chez Henry Mancini, l’ambiance sonore de ses orchestrations baigne souvent dans des atmosphères « jazzy ». Rien d’étonnant à cela, puisque le musicien, après avoir suivi des cours de piano et être rentré à la Juilliard School of Music de New York, devient le pianiste et l’arrangeur de l’orchestre reformé de Glenn Miller (suite à la disparition de ce dernier durant la seconde guerre mondiale). Donc, pour Mancini, et en toute logique, le swing et le jazz deviennent son inspiration, sa principale référence. Pour aller plus loin, et pour corriger certaines imperfections dans son travail, il prendra encore quelques cours en harmonie et en orchestration auprès des compositeurs Ernst Krenek et Mario Castelnuovo-Tedesco. Oui, Mancini est un musicien perfectionniste, il le revendique, et cela s’entend dans ses musiques. En les écoutant, on s'écrie : que d'idées !

Au début de sa carrière, en 1952, Mancini est un musicien besogneux qui accepte tout ou presque. Il rejoint le département musique de Universal Pictures et compose de très nombreuses partitions pour des films de séries B, des films fauchés, mais culte : La créature du marais, Le météore de la nuit, Tarantula, La cité sous la mer, L’étrange créature du lac noir, un véritable programme pour amateur de science-fiction ! Toutefois, il n’oubliera pas ses expériences passées… Il travaillera à l’élaboration des arrangements pour le film de Anthony Mann qui rend hommage à Glenn Miller, The Glenn Miller Story, en 1954, et pour lequel il recevra sa première nomination aux Oscars. Ce sera pour lui l’occasion de rencontrer des musiciens de jazz de premier plan qui jouait leur propre rôle dans le film : Louis Armstrong, Gene Krupa et Ben Pollack.

Parallèlement à ses errances musicales dans le cinéma, Mancini va aussi devenir un compositeur célèbre grâce à ses chansons ; des chansons qu’il incorporera de temps en temps dans la musique de ses films. Pour lui, c’est une façon de diversifier son approche musicale en insérant une mélodie chantée au moment du générique ou durant une scène clé du film.


HENRI MANCINI RENCONTRE BLAKE EDWARDS

« Tous les metteurs en scène n’ont pas eu la chance d’avoir un ‘Henry Mancini’ sous la main ! », pourrait s’exclamer un réalisateur mécontent… Alors que Sergio Leone avait Ennio Morricone, Federico Fellini Nino Rota, Alfred Hitchcock Bernard Herrmann, et en France, Claude Chabrol Pierre Jansen, le célèbre metteur en scène américain Blake Edwards aura un privilège, celui d’avoir pour compositeur attitré Henri Mancini durant trois décennies.

En 1958, lassé de composer pour un cinéma au rabais, Henry Mancini quitte Universal et devient un compositeur indépendant. C’est à cette époque qu’il croise la route de Blake Edwards, à l’occasion de la série Tv Peter Gunn. Il signe alors le générique et, une fois de plus, développe une ‘walking bass’ particulièrement efficace, dans un esprit ‘boogie-woogie’.


QUAND LA PANTHÈRE ROSE S’EN MÊLE…

Après Breakfast at Tiffany's (Diamants sur canapé) et Days of Wine and Rose (Le jour du vin et des roses) en 1962, Mancini et Edwards s’attellent l’année suivante à l’adaptation de La panthère rose. Dans le scénario du metteur en scène, Sir Charles Litton, alias « le fantôme » est un voleur de diamants à la réputation internationale. Son nouveau défi est de dérober le plus gros rubis du monde, la panthère rose, dans lequel on peut voir se profiler la silhouette d’un félin couleur chair. En tête de casting figure David Niven, dans le rôle de l’équivalent british d’Arsène Lupin, et Peter Sellers, qui incarne l’inspecteur Clouseau, un détective parisien maladroit et ennemi juré du fantôme.

Au bout de quelques jours de tournage, le personnage incarné par Peter Sellers va provoquer quelques remous... Tout le monde s’accorde pour trouver que les interventions de l’acteur sont très efficaces ; peut-être même un peu trop pour David Niven qui a le sentiment de jouer les seconds rôles. Le maladroit inspecteur, qui s’en sort toujours par une pirouette verbale de son cru, a un authentique génie du comique visuel ! Mancini, présent de temps en temps sur le plateau, observe le jeu des acteurs et ressent un besoin irrésistible d’ajouter à sa musique, chic et suave, une touche d’humour alliée à une pointe de folklore bavarois (une grande partie de l’histoire se déroule dans les Alpes).

Mancini laisse aller son imagination fertile… La musique du film La panthère rose doit se décliner en couleurs pastels, tantôt lascive, tantôt chaloupée, mais toujours avec goût, sans mièvrerie : ici un peu de bandonéon (It Had Better Be Tonight), là des accents pittoresques avec mandolines (Cortina), et pour l’apothéose finale et sa délirante poursuite dans les rues romaines, une barcarolle entraînante (Shades of Sennett).

Fidèle à sa réputation de jazzman hollywoodien – il sera aux côtés d’Alex North et de Johnny Mandel, un pionnier dans l’intégration de la musique jazz au cinéma et à la télévision – Mancini démontre qu’il sait aussi utiliser son talent à d’autres fins, lors de scènes romantiques (Piano And Strings) ou en produisant une musique à la lisière du ‘lounge’ (Royal Blues). Le génie de Mancini est de savoir tout faire ou presque à la demande, pour ne pas dire ‘à la volée’ !


MONTAGE ‘THÈME DE LA PANTHÈRE ROSE’

Un montage musical spécialement conçu par nos soins extrait de la série des films de La panthère rose, et qui met en avant les brillantes qualités d’arrangeur d’Henry Mancini. Un must !

LE THÈME DE LA PANTHÈRE ROSE

Le thème de La panthère rose, propulsé par la fameuse panthère de cartoon conçue par Fritz Freleng est le point pyramidal de la BO. La musique de Mancini sera classé pendant dix semaines consécutives en tête du Billboard. Un exploit rarement atteint pour une musique de films ! Depuis sa sortie en 1964, le thème de La panthère rose n’a fait que confirmer sa popularité. Quarante après, la mélodie est toujours là. Le saxo « jazzy » de Plas Johnson continue de hanter les ondes de ses notes ‘bluesy’. On l’entend parfois au détour d’un message publicitaire ou lors d’une soirée. Appartenant au royaume des musiques « cultes », s’habillant et se déshabillant au fil de ses arrangements, la panthère rose est rentrée au panthéon des musiques populaires…

La musique de La panthère rose est si imagée qu’elle semble nous raconter une histoire : « A la façon d’un cambrioleur qui s’introduit dans une pièce pour commettre son larcin, la musique emboîte les pas du personnage. Précédé du triangle qui illustre d’hypothétiques déclics d’une combinaison de coffre-fort, la sonorité feutrée du saxophone met en scène les mauvaises intentions de Sir Charles Lintton, le fantôme »…

L’ensemble des morceaux contenu dans la bande son a certainement contribué au succès du film car, sur le fond, le film est très moyen et assez déséquilibré, hésitant entre la romance, le suspense et l’humour. Les films qui suivront – la série en comprendra cinq avec Peter Sellers – corrigeront les défauts, et imprimeront une orientation artistique mieux définie, donnant au personnage humoristique de l’inspecteur Clouseau une plus grande importance.

Le rôle de Peter Sellers prendra de l’épaisseur en ayant pour adjoint un second, l’inspecteur Dreyfus (interprété par le génial Herbert Lom), que Clouseau rendra plus ou moins ‘foldingue’ de film en film, jusqu’à l’internement psychiatrique dans le film Quand la panthère rose s’emmêle (1976). Ne pas oublier non plus son majordome, Kato (Burt Kwouk) - plus Bruce Lee que Bruce Lee, y’a pas ! -, et à qui il sollicitera des exercices de mise en condition physique et psychologique très inattendus.

Pour les films suivant : Quand l'inspecteur s'emmêle, Le Retour de la panthère rose, Quand la panthère rose s'emmêle, etc. Mancini, à la demande de Blake Edwards, va récrire, réarranger le thème de La panthère rose à l’habillant de différentes façons : blues, rock, disco, dance… La version cartoon, qui verra une quantité impressionnante d’épisodes de 1964 à 1980, renforcera l’identité du compositeur et de sa musique auprès du jeune public.

Pour de nombreuses personnes, s’il y a une musique à retenir d’Henry Mancini, c’est bien celle de La panthère rose. Son paradoxe est d’avoir su habiller des scènes humoristiques et cocasses tout en conservant une certaine hauteur musicale. Cet exploit, seul les grands compositeurs en sont capables, et Henry Mancini l’a prouvé à plusieurs reprises en composant bien d’autres musiques populaires, dont le titre vous échappera certainement, mais pas les notes qui s’y rattachent.

À écouter : Moon River, Baby Elephant Walk, Love Theme From Romeo And Juliet, Hatari !

Par Elian Jougla (Cadence Info- 10/2013)


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