MUSIQUE & SOCIÉTÉ.


LES ARTISTES QUI N’ONT PAS LE TRAC N’EXISTENT PAS !

Les artistes sont là, derrière les rideaux. Ils attendent patiemment qu'ils s’ouvrent pour rentrer sur scène. Le spectacle est rodé et tout semble aller de soi. Pourtant, à y regarder de plus près, cette confiance due à l’expérience cache parfois un malaise que l’on nomme le trac...


AVOIR LE TRAC, C'EST NORMAL !

Mais d’où vient cette sensation si prenante qui peut faire perdre tous ses moyens juste avant de se lancer et qu'on appelle le trac ? Que nous raconte-t-il ? A-t-il une fonction particulière et peut-on le maîtriser, voire le dominer ?

Il existe une grande différence entre chanter tout seul chez soi et devant un public, même restreint. D’ailleurs, est-ce normal de jouer ou de chanter devant des personnes ? Souvent, ce désir est comme une provocation envers soi, comme une idée qui obsède et qui se définit par le courage d'y aller sur commandement. Un artiste n’est jamais réellement préparé pour vivre cela, malgré l'expérience, malgré la routine et malgré les tout petits détails qui entourent le spectacle. Les nombreux témoignages d’interprètes qui subissent le trac ne manquent pas.

© pxhere.com - Le trac de l'artiste intervient quelques instants avant le lever de rideau.

Le phénomène du trac est rattaché au spectacle autant la fausse note l'est pour le musicien. Il ne faut surtout pas croire que le trac disparaît avec le temps et l'expérience. Même les grandes vedettes n'y échappent pas. Le danger du trac est d’engager le doute, et quand le doute s’installe, la sérénité s’envole.

Souvent, c’est la peur panique liée avec la rencontre du public qui booste son effet, comme agirait une paralysie soudaine faisant craindre le pire au moment du lever de rideau. Le trac existe derrière toutes les coulisses. C’est le lieu idéal où il aime généralement se propager. On bafouille, on a la gorge nouée, le gosier sec, les mains moites, on a la boule au ventre, on tremblote, on a du mal à rester en place... Le trac procure diverses sensations et comportements que l’on a des difficultés à contrôler. Les sensations sont essentiellement physiques, et dès que l’artiste prend conscience que le trac l’envahit, il sait que la peur n’est jamais bien loin.


RELAXATION ET YOGA

Le trac est bel et bien une manifestation symptomatique de la peur. Deux positions s’affrontent dans le corps quand celui-ci fait face à un danger. L'organisme réagit soit en luttant, soit en prenant la fuite, comme le ferait un animal à l’état sauvage. Accélération cardiaque et respiratoire accompagnée de pic d'adrénaline sont les symptômes courants que rencontre le corps au moment d’affronter la peur.

Pour le combattre, il existe quelques remèdes qui vont à l’encontre du mécanisme d’autodéfense produit par la peur. Le premier allié est le corps, et il faut engager une discipline qui permet de travailler le mental associé aux sensations. Le lâcher-prise et la relaxation sont des solutions qui sont parfois adoptées par les artistes.

S’allonger dans un endroit calme, contrôler la respiration, de façon à la ralentir, puis détendre ses membres, les ressentir physiquement, tout en accompagnant l'écoute du corps de pensées agréables, tel est le principe de la relaxation. Au bout de quelques séances, dix minutes peuvent suffire pour ressentir un certain bien-être.

Le yoga est également utilisé. Le chanteur Sting est un adepte de la pratique quotidienne du yoga. Puis, il y a les artistes qui se mettent dans des conditions psychologiques qu'ils jugent favorables en pratiquant quelques échauffements physiques.

Préparer le corps, c’est aussi préparer le mental en court-circuitant ses pensées négatives. Dès lors, les artistes se sentent relâchés et peuvent engager leur énergie pour jouer. La tension corporelle diminue et le trac finit par disparaître.

© pxhere.com - Le trac, comment s'en débarrasser pour se sentir apaisé ?


LA PEUR DU PUBLIC

Un grand nombre d'artistes s'isolent avant d’entrer sur scène pour se concentrer. Ils doivent oublier, ne serait-ce qu’un instant, le jugement du public si un trou de mémoire survient. Il est capital pour l’artiste, de ne jamais dépendre du public et de son jugement, sinon le cerveau perd le contact et prend les attentes du public comme un danger imminent en imaginant qu'il rira ou qu'il sifflera. Le trac n’en sera que plus excessif et paralysant, au point de perdre tous ces moyens. Le danger est de trop y penser et d'autosuggéré sa présence avant chaque spectacle.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’avec le trac cohabitent la performance, le jeu parfait, le sans faute et que toutes ces “sommets artistiques” font craindre le jugement des autres si la défaillance survient. Or, fondamentalement, le jugement vient d’abord de soi-même et de la confiance que l’on a développée pour y accéder. Néanmoins, la peur de décevoir ne doit jamais être sous-estimée. Jacques Brel, qui donnait tant de sa personne sur scène, avait arrêté au sommet de sa carrière de chanteur de peur de décevoir. Il ne sera pas les seul. Françoise Hardy fera de même.

Quand vient le moment d’entrer sur scène, l’artiste sait qu’il ne peut plus reculer. À cause du trac, il se sent peut-être vulnérable, mais il sait aussi que ses effets ont des aspects valorisants. En effet, le dépassement de soi est l’un d’eux. Le trac est un provocateur. L’artiste se sent exister pleinement en vivant cette phase capitale de façon instinctive. Dès lors, le trac change de camp et devient vital, car il influe chez l’artiste ce besoin d’aller de l’avant pour donner le meilleur de lui-même dans l’espoir d’apporter, pour chacun de ses spectacles, une performance qui sera unique.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2022)

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