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CHANSON


BIOGRAPHIE PATRICIA KAAS, PORTRAIT DE LA CHANTEUSE

La chanteuse Patricia Kaas est avant tout une « show woman », une artiste qui a construit une grande partie de sa carrière grâce à la scène. L’année 2016 marque son grand retour après un long silence provoqué par un burn-out. La parution de son dixième album intitulé tout simplement Patricia Kaas nous donne l'occasion de revenir sur sa longue carrière.


PATRICIA KAAS, LA GLOBE-TROTTEUSE

À 50 ans, l’éternelle ‘Mademoiselle chante le blues’ est depuis longtemps une globe-trotteuse infatigable. Cette enfant de Moselle, devenu ambassadrice de sa région, a parcouru le monde entier avec ses chansons en bandoulière, de Paris à Berlin, de Londres à New York et de Moscou à Tokyo. Tout comme Mireille Mathieu, elle a pérennisé sa fort belle carrière en chantant sur des scènes prestigieuses, enchaînant les tournées à un rythme effréné, sans laisser du temps au temps.


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© Georges Biard - Patricia Kaas au festival de Cannes (2007)

Personne affable et courtoise, voire pudique quand on l’interroge sur ses débuts, Patricia Kaas est partie du bas de l’échelle en apprenant le métier de chanteuse sur le tas. À 8 ans, elle chante déjà tout et n’importe quoi avec un certain aplomb. Une fête foraine ou un bal du samedi soir, rien ne lui fait peur.

Sa voix grave, tout en décalage compte tenu de son jeune âge, étonne tous ceux qui l’entendent chanter. Dès la prime adolescence, la voici devenu chanteuse dans un cabaret de Sarrebruck, le "Rumpelkammer". Grâce à son frère Dany, elle y remporte un premier concours de chant. Patricia Kaas fréquentera ce lieu durant plusieurs années en interprétant toute sorte de chansons en plusieurs langues : allemand, de part les origines de sa mère, anglais, en retenant phonétiquement les textes, et bien sûr en français. À 13 ans, le destin frappe à sa porte. Le compositeur François Bernheim, qui a remarqué sa voix et sa détermination, use de ses relations parisiennes pour l’inciter à rejoindre Paris… Six ans plus tard, le compositeur décide de la prendre sous son aile et un premier enregistrement est réalisé.


LES PREMIERS SUCCÈS

Jalouse sort en 1985. Patricia Kaas enchaîne alors ses premières promotions télés et fait connaissance avec le playback. Pour la chanteuse, cet univers formaté se situe à des encablures de ce qu’elle a connu. Ce premier disque passe assez inaperçu. Sa mère, qui est alors atteinte d’un cancer, est toutefois toujours là, à ses côtés, pour la soutenir. Cependant, le combat de cette maman dévouée qui lutte contre la maladie affecte en retour sa fille au plus profond de son être.

Coïncidence ou pas, c’est à cette époque que la chanteuse enregistre Mademoiselle chante le blues (1987) de Didier Barbelivien. Cette chanson, d’abord rejeté par d’autres interprètes, va rencontrer un certain succès grâce à la voix de Patricia Kaas. Mademoiselle chante le blues redonne surtout du baume au cœur à une mère qui voulait voir sa fille réussir avant de s’en aller tranquillement.

Pour Patricia Kaas, le chemin qui reste à parcourir est encore long, d’autant plus que la chanson comme son interprète ne sont pas dans le ton de l’époque, et que les médias boudent son passage sur les ondes. Or, certains auditeurs, qui ont remarqué le timbre de cette voix si particulière, téléphonent aux radios pour plébisciter la chanteuse et réécouter le titre. C’est ainsi que Mademoiselle chante le blues va rentrer dans le Top 50 et atteindra la 7e place.


PATRICIA KAAS : MADEMOISELLE CHANTE LE BLUES (live 2007)


Suite à Mademoiselle chante le blues, une nouvelle chanson émerge : Mon mec à moi (signé Barbelivien et Bernheim). Ce titre-là deviendra emblématique pour la chanteuse, et confirmera un tempérament et une personnalité. Après 10 ans d’une longue marche vers le succès, la chanteuse devient un nom : «  La Kaas » s’affiche à la une des magazines. Patricia Kaas, c’est la « classe » dira affectueusement son père. Avec sa voix rocailleuse de blues chantant une Lily Marlène très convaincante, Patricia Kaas fait honneur à ses souvenirs en chantant D’Allemagne (1990) ; un nouveau succès pour une carrière qui s’annonce très prometteuse.


ENTRER DANS LA LUMIÈRE ET SE BATTRE

Suite au décès de sa mère survenu quelques mois auparavant, la chanteuse enchaîne les dates pour oublier son chagrin. Sur scène, le public est là et soutient celle qui fait briller leurs yeux le soir des grands rendez-vous. Sous les lumières, le visage devient radieux. Tout semble s'effacer comme par magie.

En 1990, paraît Scène de vie au moment où elle vient chanter sur ses terres, à Forbach. La petite fille de Moselle, partie incognito, est devenue une belle jeune femme fêtée comme une princesse. Des fans suivent ses déplacements en France, mais aussi à l’étranger. La carrière de la chanteuse prend son envol.

En 16 mois, deux cents dates sont au programme avec une semaine à l’Olympia et un vrai beau succès à l’étranger. Ses spectacles ne sont qu’une suite de concerts à guichet fermé. Cette avalanche de dates témoigne de son investissement envers une carrière qui ne doit rien au hasard. Patricia Kaas a toujours été libre de ses choix. C’est elle qui produit ses albums et ses tournées. Cette liberté d’entreprendre, elle l’assume totalement.

Deux ans plus tard, la voici à Moscou pour un concert sur la place Rouge. La chanteuse est accueillie comme une star avec limousine et chauffeur. Le public moscovite fait patiemment la queue pour voir cette chanteuse dont on parle tant. Patricia Kaas est au firmament de sa carrière...

Entrer dans la lumière, extrait de son troisième album Je te dis vous (1993), symbolise à juste titre sa vie mais aussi la scène, ce qui à ses yeux représente tout ce qu’il y a de plus fort et d’indispensable. Cette scène omniprésente ne laisse que peu de place à la vie privée et à l’amour. À bientôt 30 ans la chanteuse, comme tout artiste en vogue, voit la presse people suivre le moindre de ses gestes jusqu’à déformer les évènements qui se produisent. Le secret du bonheur s’affiche à la une entre amour et désamour, récapitulant le temps des illusions et des désillusions (Il m’a dit que je suis belle – 1993). Toutefois Patricia Kaas est une battante et c’est avec un esprit de conquête qu’elle ambitionne son départ vers les Etats-Unis…

Depuis Chevalier, Montand ou Piaf, rares sont les chanteurs français à avoir su s’imposer. La chanteuse cherche à se prouver à elle-même, comme un challenge, que tout est possible ici comme ailleurs. Défendre un produit, un nom, des chansons en langue française tels sont ses défis. La comparaison avec Édith Piaf ne se fait pas attendre même si sa voix et les mélodies de ses chansons ne peuvent y faire penser. Toutefois la reprise de La vie en rose en a cappella permet à la chanteuse de créer le lien invisible, faisant craquer le public américain dans les salles où elle se produit. La tournée se passe si bien qu’elle décide d’enregistrer aux Etats-Unis son quatrième album, Dans ma chair, en 1997.

La chanson qui ouvre l’album, Quand j’ai peur de tout, écrite par Jean-Jacques Goldman, est le signe d’un malheur qui vient de la frapper une nouvelle fois, celle de la disparition de son père. La chanteuse fait face et entame la promotion du disque. Les autres titres marquants de cet album composé autour de l’amour et de ses ruptures sont Je voudrais la connaître et Les lignes de nos mains qui sera accompagné d’un clip où la chanteuse y apparaît comme libérée du passé, mettant en scène des attitudes provocantes derrière un regard outrageusement maquillée.

La nouvelle Patricia Kaas n’a rien perdu de sa verve. Son tempérament de battante et sa générosité sont toujours là. Ses concerts se déroulent un peu partout, parfois même dans des pays souvent ignorés par les grandes stars de ce monde, comme ceux d’Europe de l’Est où les négociations s’apparentent bien souvent à un parcours du combattant.

1999. Pour son cinquième album, Le mot de passe, la chanteuse change d’équipe. Un nouveau compositeur est appelé : Pascal Obispo. Le chanteur, qui a travaillé notamment pour Florent Pagny et Johnny Hallyday, signe 10 des 12 tires de l’album. Le Bordelais est un faiseur de tubes. L’album regorge de mélodies suaves, profondes, chargés d’émotions (Ma liberté contre la tienne). Patricia Kaas chante l’amour avec beaucoup de retenue dans la voix. Le mot de passe intègre un climat enrobé de certitudes, certainement l’un des disques parmi les moins « fabriqués » de sa carrière.


PATRICIA KAAS : MA LIBERTÉ CONTRE LA TIENNE (Live)


LA VOIX DE PATRICIA KAAS

Cette voix impressionnante dans un corps aux apparences fragiles nous conduisent à la comparer de nouveau à Édith Piaf. Cette voix grave aux antipodes de celle de la chanteuse parisienne, si caractéristique dans ses interprétations, est une carte de visite qui fait sa fierté. Quand sa voix prônent les intonations blues, c’est comme "par défaut", car ce rapprochement facile est pour elle une parenthèse, un amusement dont il est question seulement au moment des shows télévisés comme quand elle chante en duo avec Joe Cocker Out of the rain ou l’éternel La musique que j’aime en compagnie de Johnny Hallyday. Patricia Kaas est une chanteuse de variété, dans le bon sens du terme même si, comme pour Mireille Mathieu, certains regretteront de ne pas l'entendre sur des territoires plus ambitieux. Une question de choix en définitive.


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