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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


PLAGIAT, CHANSONS ET JUSTICE :
UNE RENGAINE QUI RECOMMENCE

Une fois de plus l’actualité nous révèle une histoire de plagiat. Celle-ci concerne le chanteur Khaled et sa chanson Didi, une chanson vieille de plus de 20 ans qui, aujourd’hui, est contesté par un autre chanteur algérien Cheb Rabah. Vingt ans c’est long ! Dans ce domaine, il n’est pas toujours facile de prouver une antériorité de l’idée, puisque l’idée par nature est toujours volatile… Heureusement les écrits et les enregistrements sont là pour apporter les preuves !


VOUS AVEZ DIT : PLAGIAT ?

Dans les histoires de plagiat mieux vaut parler au conditionnel. D’après le tribunal de grande instance de Paris, c’est un fait : Le "roi du raï" devrait son plus grand succès Didi à Cheb Rabah. Poursuite, condamnation, amende… la justice trouvera certainement une solution dans son pense bête si elle manque de discernement. Les lois sont là pour ça !

La coïncidence veut que quelques temps auparavant un autre scandale ait défrayé les médias, Celui-là concerne Robin Thicke et Pharrell Williams. Le duo a été mis à l'amende pour plagiat avec sa chanson Blurred Lines, sorte de copier/coller imitatif du tube de Marvin Gaye, Got To Give It Up, paru en 1977.


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C'est un fait : les enregistrements ont bonne mémoire. Bien plus que nous. S'ils nous permettent de savourer de la musique, ils servent aussi de témoin involontaire lors de procès, mais STOP, car j'ouvre ici une parenthèse...

Il faut se rendre à cette évidence : Dans l’histoire de la musique classique, la piraterie, la similitude de nombreuses œuvres ont été légions. Mais il est vrai qu’à l’époque les droits d’auteur n’existaient pas, et qu’aujourd’hui le temps a passé. Une simple observation de l’exploitation partielle de gammes, d’arpèges ou d'accompagnement, et tout devient limpide pour n’importe quel musicien ! Les compositeurs d'aujourd'hui auraient-ils des pouvoirs supérieurs à leurs aînés ? J'en doute fort. Les procès pour plagiat ne seraient donc pas la réponse à une forme de justice de la propriété intellectuelle, mais plutôt à une réponse sensiblement plus matérialiste.

En France, comme la SACEM manque de moyens pour tout contrôler, l’information remonte via le cas classique de la dénonciation ou mieux encore grâce aux réseaux sociaux qui s’en donnent à cœur joie en criant au plagiat. Des artistes aussi connus que Beyoncé, Sharika, ou en France, Jean-Michel Jarre ou Calagero, ont flirté à un moment donné de leur carrière avec des mélodies créées par d’autres.


UN PROCÈS POUR PLAGIAT ? MAIS COMMENT FONT-ILS ?

La fameuse loi du "copyright" fait toujours couler beaucoup d’encre, bien plus que la satanée création qui est parfois/souvent en berne. La balance de la justice a bien sûr besoin de repère pour trouver le juste équilibre, celui qui apportera de la clarté dans les débats. La première des observations à établir est basée bien évidemment sur le taux de similitude entre les titres incriminés.

Musicalement, rien n’est épargné, aussi bien la rythmique qui peut être constitué d’un riff de guitare ou d’une ligne de basse, que la mélodie si essentielle à la construction de la chanson. Les paroles sont également comparées avec minutie, car pour respecter le "copyright" tout doit être scruté à la loupe. Cependant, chaque pays possède ses propres lois et ses propres limites ce qui, lors du déroulement de procès internationaux, compliquent énormément la tâche des avocats et de la justice tout court.

L’histoire du plagiat démontre aussi que deux chansons pratiquement similaires peuvent cohabiter sans se rencontrer. C’est-à-dire qu’une condamnation pour plagiat ne verra le jour que quand au moins l'une des deux chansons deviendra célèbre ; ce qui bien sûr renforce l’idée de l’appât du gain au détriment de la propriété intellectuelle, même si cette « protection officielle » est toujours la raison d'être du procès. C’est, en quelque sorte « l’arbre qui cache la forêt ».

Pour condamner, il faut prouver que les titres en conflit partagent des éléments en commun. Pour cela, il faut aller au-delà de la première sensation ressentie. Il doit exister une similarité substantielle. S’il existe des enregistrements de part et d’autre, on se base sur eux… mais pas seulement ! Les partitions sont également examinées, inspectées (tout en vous faisant observer que celles-ci sont souvent corrigées lors des passages en studio).

Ainsi, pour le procès de Robin Thicke et Pharrell Williams, en mars 2015, les jurés se sont basés sur les compositions originales pour trancher. La famille de Marvin Gaye n'a pas eu besoin de prouver qu'ils avaient eu connaissance du morceau d'origine, car les deux artistes avaient eu l’honnêteté d’expliquer lors d’interviews qu’ils s'étaient inspirés de la chanson Got To Give It Up. Toutefois, cet hommage appuyé au roi de la soul ne diminua pas pour autant l’amande qui s’éleva à 7,3 millions de dollars de dommages et intérêts.

MARVIN GAYE : Got To Give It Up (extrait)

PHARELL WILLIAMS AND ROBIN THICKE : Blurred Lines (extrait)

De la version de Robin Thicke et Pharell Williams, on remarque surtout la similitude de la rythmique. Personnellement, j'évoquerai plus l'inspiration qu'un véritable plagiat.

Par contre, quand la justice manque de faits certifiés, elle fait appel à des experts. Le plus souvent, des musicologues. Ce sont eux qui déterminent le niveau de similitudes d’une mélodie à une autre. Pour éviter que leur manque de compétence ou d’attention ne soit mis en cause, les experts n’hésitent pas à faire appel aux dernières technologies de l’informatique. Grâce à quelques programmes spécifiques, il leur est alors possible de comparer en un temps record plusieurs mélodies et de dépister leurs points en commun. Les maisons de disques, qui peuvent parfois être au centre des débats, et qui cherche à éviter toute publicité tapageuse, s’en servent pour vérifier les chansons avant leur sortie.


PLAGIAT ET CONTREFAÇON

En France, le plagiat porte aussi le nom de contrefaçon. Une chanson enregistrée, tout comme une partition, est assimilée à un produit commercial dès qu’elle est mise en vente. Dès lors, l’acte créatif si essentiel du début est mis au second plan. On pourrait dire d'une façon imagée, que l’auteur-compositeur est le fabricant, et la chanson l’objet ; le dessin ou la forme de l'objet symbolisant les figures de notes. Ainsi, un taux de similitudes trop important peut toujours conduire à une condamnation (parfois 15 à 20% de similitudes suffisent).

L’excuse toute trouvée serait de dire : « Je ne connaissais pas l’existence de ce morceau. C’est une faute que j’ai commise. Je m’en excuse. » Cette ligne de défense n’est pas toujours abusive, car la coïncidence peut exister. D’ailleurs, l’idée créatrice ne collecte pas toujours sa source d’inspiration dans l’instant même. La mémoire possède sa part de mystère. Il arrive souvent que les informations collectées ressortent des mois après, dans le feu de l’action. De fait, ayant oublié la source d’origine, l’auteur assimilera ses idées à de la création. C’est ce qu’on appelle le « plagiat subconscient ». Le fameux tube My Sweet Lord, qui lança la carrière solo de George Harrison, appartiendrait à cette catégorie. Pour sa ligne de défense, le chanteur des Beatles aurait intériorisé et reproduit He’s So Fine du groupe The Chiffons.

Aujourd’hui et plus qu’hier, ce genre d’histoire trouve ses explications en raison de la multiplication des sources d’écoute (radio, télévision, Internet, médiathèque…) et de la prolifération des styles musicaux qui naissent et se multiplient. Cependant, à l'époque du procès de George Harrison, la cour de l'Etat de New York estima que le morceau He’s So Fine était trop célèbre pour que l’auteur de My Sweet Lord ne le connaisse pas. La justice était là pour trancher. C'était un mal nécessaire, une sanction en guise d'avertissement pour Harrison, mais aussi pour d'autres auteurs de chansons.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 04/2015)


À CONSULTER : GAINSBOURG, DE L'EMPRUNT MUSICAL AU PLAGIAT


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