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INSTRUMENT DE MUSIQUE


LE SON DU SAXOPHONE : ESTIMER SA QUALITÉ SONORE

On parle souvent de démocratisation en musique. La question est soulevée lors de l’acquisition d’instruments dits « d’étude » dont, généralement, la portée et la qualité sonore sont moindres. Cela ne concerne pas uniquement les pianos à bas prix, mais aussi toutes les autres familles d’instruments : les percussions, les cordes et les vents. Aucun ne peuvent échapper à la dure loi du marché, comme en témoignent le saxophoniste et enseignant Claude Delangle et le facteur d’instrument à vent Jérôme Selmer.


UN SAXOPHONE D’ÉTUDE ?


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Claude Delangle (saxophoniste) : Quand j’ai été formé, les instruments d’étude n’existaient pas. Comment caractériser les instruments à vent d’étude ?Ce sont des instruments qui sont plus faciles à jouer, qui possèdent moins d’harmonie, moins de timbre, qui offrent moins de résistance et qui forment l’oreille des jeunes enfants à quelque chose qui est plus léger et plus facile. Cela induit une autre langue maternelle, une autre langue musicale.

Je me suis longtemps opposé, quand j’enseignais en Conservatoire et en ENM, à ce que les parents achètent systématiquement un instrument d’étude. J’avais demandé, dans les deux Conservatoires ou j’enseignais, à ce que ceux-ci achètent une dizaine de saxophones. Dix saxophones Selmer étaient disponibles et prêtés en début d’année pour que les élèves aient entre les mains, pendant un ou deux ans, un instrument qui ait une consistance, une notion de timbre, donc une matière sur laquelle il est possible de travailler.

De nos jours, les instruments d’étude ont fait des progrès. Le contexte est différent. Personnellement, je reste tout de même réservé par rapport à l’instrument d’étude, car la problématique dépasse une simple question de prix. Nos enfants ont besoin d’éduquer leurs oreilles à quelque chose de fin, de difficile, qui ait une résistance.


LA SONORITÉ DU SAXOPHONE

Claude Delangle (saxophoniste) : Ceci me permet d’enchaîner sur les questions d’acoustique et de définition du son. Ces notions ne peuvent passer autrement que par la conscience que j’en ai, par la prise en compte d’une situation qui fait que l’outil – l’instrument – devient une partie de moi-même. […]

Chacun est engagé dans une tradition, des repères. Ces repères nous permettent de réaliser le son que l’on imagine. Il serait important d’arriver à formuler ce que représente le mot « harmonie ». Par exemple, à titre personnel, j’aime un son timbré, un son assez riche avec lequel il est possible de jouer pianissimo, et que cela « chante » pianissimo. Un pianissimo qui s’obtient facilement ne vaut rien. C’est un son qui ne tient pas, avec peu d’harmoniques, sur lequel le travail est impossible. Dès que le jeu est fort, des tas de problèmes apparaissent. La justesse est différente, même avec un saxophone parfaitement juste acoustiquement. […]

J’ai développé une affection particulière pour les vieux instruments ;non pas pour les jouer, mais parce que je pense qu’au niveau culturel il est important pour un instrumentiste de ne pas rester uniquement attaché à sa propre marque. À la maison, je dispose d’une dizaine de saxophones alto. Je possède par exemple un vieil Adolph Sax et un Mark VI, et chacun a ses particularités. […]


LA « PROJECTION » SONORE

La problématique avec la « projection » (sonore) est un mystère absolu, parce qu’il m’est arrivé qu’un instrument qui à mon sens projetait très bien dans une petite salle, de le trouver inadapté aux grandes salles alors que mon sentiment premier était inverse. Pour nous, la complexité provient du fait que nous disposons de trois instruments en un :le saxophone, le bec – qui peut tout changer, et agit comme un moteur –, et une anche.

Une chose à laquelle je fais beaucoup plus attention maintenant est relative à l’émission du son. On peut produire un son qui part de rien :un son « entretenu ». La plupart du temps, l’attaque est négligée au bénéfice de l’entretien du son. Le transitoire d’attaque est fondamental, ce qui se révèle immédiatement selon les registres.

En ce qui me concerne, je vais rechercher un instrument qui va fournir une assez grande homogénéité d’émission, quel que soit le timbre résultant après. C’est pourquoi, je suis intéressé par ces questions de différences, pour les instruments comme la harpe, entre l’attaque et le timbre émis car cela me semble totalement inter-dépendant. […]

Q. : Est-ce que pour un instrumentiste à vent la qualité du son n’a d’abord pas pour origine ce que vous ressentez ? Autrement dit le son est-il bon s’il est facile à émettre ?

Ce que je remarque, c’est que ma pratique quotidienne s’effectue dans de toutes petites pièces ou contre un mur, jamais face à un grand espace. À partir de là, deux impressions sont bonnes pour moi :dans les trois secondes qui suivent la première note ou alors après une dizaine de concerts. Entre les deux, je ne peux rien dire car soit je me suis déjà habitué, soit je ne suis pas encore suffisamment familiarisé, soit encore, après une vraie expérience, je n’ai pas eu de retour d’un tiers. Cela dit, « projeter » part d’une intention louable, mais jusqu’où l’envie d’un « beau son » va-t-elle ?

En terme de projection, des lieux comme les arènes de Vérone (50 000 places) où il n’y a pas d’amplification représentent une horreur acoustique. Paradoxalement de très grandes voix s’y écoutent. Une magie, une matière spécifique du son nous parvient. Cependant, entre « définition » et « rondeur » du son, il me semble qu’un point d’incompatibilité subsiste. Si la définition est privilégiée, il m’apparaît que la conséquence est une perte partielle de cette espèce de rondeur. Un équilibre est à préserver.

Jérôme Selmer (facteur d’instruments à vent) : Beaucoup de difficultés s’érigent lorsque l’on cherche à définir un son désiré. Le but de Selmer est d’offrir une palette de sons différents complémentée par différents instruments :série II, série III – référent qui est en même temps guidé par des courants de jazz dans le classique. Une culture de chaque modèle existe. Les musiciens ont des perceptions différentes. Comme la définition d’un besoin exclusif est difficile et délicate, notre politique est d’offrir différentes choses parce que le marché est de plus en plus segmenté.

Des différents courants qui émergent, l’attente des musiciens n’est pas similaire. À travers un « son Selmer », on dispose d’une richesse sonore qui s’harmonise entre graves et aigus ;un instrument souple qui permet au musicien de donner son empreinte personnelle et d’obtenir une définition du son la plus égale possible d’un jeu piano, mezzo au forte.

Claude Delangle : Un autre élément est pour moi relativement nouveau : je cerne mieux aujourd’hui mon attente du point de vue acoustique. Je connais mieux mes défauts, à savoir une certaine disposition à beaucoup « centrer ». Je possède un jeu chargé d’énergie, plutôt nerveux. Maintenant, ces défauts me gênant, j’ai tendance à choisir mes instruments, non pas en fonction de mes attentes, mais plutôt en fonction de ce que je ne recherche pas, pour avoir une sorte de partenaire qui me réoriente, me corrige.

Jérôme Selmer : À la décharge de Claude, qui a une lourde responsabilité sur les épaules en tant que musicien essayeur, le fabricant se doit d’aller dans le sens du plus grand nombre, ce qui représente une tâche des plus ardues. Or, encore une fois, un langage commun au plus grand nombre reste difficile à définir. L’évolution se déroule un peu dans le flou.

Claude Delangle : Il m’est arrivé de me produire dans une salle de 3 500 places où j’ai eu la chance d’arriver la veille et d’y pratiquer sept ou huit heures avant la générale. Le travail est totalement différent. Cette expérience m’a permis de réaliser et de découvrir d’autres sensations, d’avoir une autre perception.

Pour ce qui concerne la confrontation à des tiers, lors de séances d’enregistrement le nombre d’interlocuteurs directs est plus important. J’ai la chance de collaborer avec une maison de disques où les liens artistiques sont proches ;le directeur artistique s’occupe de l’accord de l’accordéon, déplace le piano, participe activement à la prise de son.

Pour ma part, j’ai l’occasion de faire des essais de bec et d’instruments. Il va sans dire que dans ces conditions l’enregistrement est plus facile. Un de mes autres moyens de contrôle est la musique de chambre. Par exemple, j’ai répété dernièrement avec un confrère pour lequel les préférences esthétiques allaient clairement vers certains de mes becs et configurations d’instrument. Moi-même, je perçois mon propre instrument en fonction de l’instrumentiste avec lequel je joue. À vrai dire, après avoir essayé deux ou trois types d’instruments – becs, anches, corps – ma perception du vibraphone variait fondamentalement selon le type d’instrument que j’avais en main. Pour ce qui me concerne, la réponse est plutôt fournie par ce genre de phénomène.

Entretien recueilli par René Caussé.
(source :Musique & Technique - revue professionnelle de la facture instrumentale)

Le site de Claude Lelangle

Le site de Selmer France

(Cadence Info - 11/2016)

À CONSULTER :

L'HISTOIRE DU SAXOPHONE

SELMER ET SES SAXOPHONES

LES FACTEURS D’INSTRUMENTS : DU BEAU SON AVANT TOUT

LUTHIER, UN MÉTIER ARTISANAL DE PASSION ET D'EXPÉRIENCE

MUSICIENS ET FACTEURS, UNE RELATION DE CONFIANCE


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