JAZZ ET INFLUENCES


ALPHA CASSIOPEIAE, LE DUO LYONNAIS AUX FRONTIÈRES DU JAZZ ET DU ROCK

À mi-chemin du rock et du jazz électronique, le duo lyonnais Alpha Cassiopeiae sort sur les plateformes l'EP Laïka. Pour son lancement, il nous propose d'entendre le titre Nébuleuse à travers un clip d'anticipation dans lequel les deux musiciens incarnent des astronautes retournant sur Terre après une mission lointaine...


"LAÏKA", UN MINI-ALBUM CONCEPT

Avec leur EP Laïka", Alpha Cassiopeiae propose une sorte de mini-album concept. Les cinq titres aux noms évocateurs de l'aventure spatiale et de l'observation des étoiles (Aurora, Vostok, Nebuleuse, Laïka, Shedir) déroulent une histoire qui nous entraine dans un voyage spatio temporel. Le clip Nébuleuse est du reste une sorte de hors-d'œuvre porté par un scénario de science-fiction : les spationautes Maxime et Nicolas reviennent sur notre planète après une mission spatiale de très longue durée. Uniques survivants de l'amerrissage, ils partent en exploration dans une nature visiblement inhabitée. Alors qu’aucun signe de vie ne se manifeste et que la fatigue se fait sentir, Maxime tombe d’épuisement...

© Benoît Michaëly

Musicalement, si l'association claviers/batterie est plutôt rare dans la musique rock, ce n'est pas le cas dans le jazz. Souvenons-nous de l'excellent disque de Jacques Loussier, Pulsions, avec le percussionniste Luc Heller (que je recommande d'écouter) ou celui du rendez-vous entre le pianiste Yaron Herman et le batteur Ziv Ravitz. Ces deux seules références nous conduisent à évoquer cette association de deux instruments particulièrement portés sur le rythme. Sur son disque, Jacques Loussier ne se privera pas de le démontrer. Le pianiste adepte de Bach avait volontairement forcé le trait en composant une musique qui amplifiait les syncopes et les mélodies brisées, comme pour s'amuser des silences.

Avec le duo lyonnais Alpha Cassiopeiae, l'association claviers/batterie fonctionne autrement. Si Maxime utilise un kit de batterie acoustique des plus classiques, Nicolas joue sur divers claviers électroniques en passant de l'un et l'autre, sans compter l'utilisation d'un pédalier de basse. Entre Nicolas et Maxime, le partage des tâches est assez équilibré. La complicité est là et le jeu des deux protagonistes s'exprime en direct live. Chacun est dans son rôle, même si l'on éprouve l'étrange sentiment qu'une part non négligeable de responsabilité sont sur les épaules du claviériste. Nicolas organise les climats, les planifie, tandis que Maxime engrange la pulsion, la dynamique.

Dans un tel cadre instrumental, c'est parfaitement naturel. Toutefois, il est peut-être regrettable, vis-à-vis des compositions ouvertes proposées par les deux jeunes musiciens, qu'une batterie électronique ne soit pas utilisée, telle la Pearl que nous avions chroniqué dans nos colonnes, il y a peu. Cela étendrait les champs du possible et dynamiserait autrement les échanges. Mais, après tout, c'est leur choix et il faut le respecter.


ALPHA CASSIOPEIAE : "NÉBULEUSE"
(réalisation Benoît Michaëly)

UNE APPROCHE TECHNIQUE COMPLICE

Grâce à ses claviers, Nicolas propose des sonorités qui conviendraient à des ambiances cinématographiques. Ses harmonies s'appuient sur des nappes synthétiques qu'il mélange avec des motifs mélodiques complexes. En employant un jargon de programmeur, nous pourrions dire que la signature artistique s'appuie sur un style composé de patterns répétitifs "mélodico/rythmique".

Les temps morts sont rares. Le jeu dynamique de Maxime à la batterie soutient parfaitement les claviers de Nicolas, que ce soit dans les « passages planants » ou quand les assauts rythmiques fusent. Dans les crescendos, Maxime développe une technique de batterie très envahissante, voire explosive (cela s'entend particulièrement dans les titres Vostok et Laïka ou son intervention est voisine du solo de batterie).

© Benoît Michaëly

Malgré ses observations, chaque titre de Laïka parvient à tirer son épingle du jeu avantageusement. Aurora le premier. Placé en ouverture de l'EP, il distille son ambiance de rock progressif. Une impression de parfum « années seventies » s'élève, alors que dans le titre suivant, Vostok, l'approche musicale joue avec les changements de climat et les relances. Pratiquement que du rythme, des progressions harmoniques et peu de mélodie. D'ailleurs, des cinq titres, le plus chantant est certainement celui du clip, Nébuleuse. Ensuite, dans sa construction, le quatrième morceau Laïka est extrêmement proche de Vostok. Quant au cinquième et dernier titre de l'EP, Shedir, celui-ci navigue entre la douceur chaleureuse d'un son de Rhodes et la brutalité des rythmes répétitifs du refrain ; un titre se situant à la frontière du jazz et du rock, pour ne pas dire jazz-rock.

Pour certaines oreilles, les compositions d'Alpha Cassiopeiae seront ressenties « brut de décoffrage », à cause de ses alternances de climat, outrepassant l'intensité d'un paysage sonore, limite instable, pour l'instant d'après relâcher soudainement la pression. Pour d'autres, les successions de tableaux sonores distendus, les brusques changements de « température » démontreront un style de composition, une marque de fabrique dans laquelle on percevra la complicité et la technique d'approche des deux musiciens ; une raison de plus pour s'y intéresser d'un peu plus près !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2022)

Alpha Cassiopeiae
EP Laïka
Sortie du clip Nébuleuse le 18 novembre 2022
Sortie de l’EP Laïka le 25 novembre 2022

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