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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LES COMPOSITEURS CLASSIQUES D’AMÉRIQUE LATINE

Dans les pays d’Amérique latine du début du 20e siècle, tandis que les gens aisés descendants des conquérants espagnols ou portugais goûtent à une musique élitiste, la population accorde sa préférence à une musique d’essence folklorique… De cette fracture sociale et culturelle vont naître des musiques riches et empruntées que sauront conduire avec talent quelques compositeurs inventifs, tels Villa-Lobos, Manuel Ponce ou Julian Carillo.


MUSIQUE CLASSIQUE ET SEDIMENT FOLKLORIQUE

L’art populaire résulte, dans toutes les régions d’Amérique latine, de l’assemblage d’au moins trois traditions musicales différentes : celle des formules mélodiques et des instruments venus de l’époque précédant les conquêtes, c’est-à-dire avant le 16e siècle, et que l’on trouve dans les musiques des anciennes populations indigènes : Mayas au Mexique, Incas au Pérou et en Bolivie, populations andines en Argentine, etc.


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Le second sédiment qui contribua à la formation de cette musique populaire fut la musique religieuse catholique importée d’Europe au 16e siècle par les missionnaires espagnols et portugais. Quant au troisième « support », il est représenté par l’apport de la musique « nègre », que l’on trouve dans les régions côtières, principalement au Brésil, et dans les Antilles, suite au grand nombre d’esclaves venus d’Afrique à partir du 17e siècle.

La plupart des compositeurs latino-américains du début du 20e siècle eurent le mérite de chercher à défendre et d’encourager cette abondante musique populaire ; non seulement en la préservant d’un oubli probable à court terme, mais aussi en exploitant ses richesses instrumentales et ses origines rythmiques ou mélodiques pour élargir le langage musical de leurs propres œuvres.

Le point en commun de ces compositeurs classiques est d’avoir pratiquement tous commencés leurs études musicales dans leur pays avant de perfectionner leurs connaissances en Europe ou aux Etats-Unis. Et c’est généralement à leur retour qu’ils se sont orientés vers la musique folklorique de leur pays.

Musicalement, deux pays vont se détacher en devenant les fleurons d’une musique rythmiquement vivante et inventive : le Mexique et le Brésil.


LA MUSIQUE CLASSIQUE AU MEXIQUE

Au Mexique, Manuel M. Ponce (1886-1948), élève de Paul Dukas, contribue à encourager la culture musicale de son pays. Tout comme Béla Bartók, le directeur du Conservatoire national de Mexico recueillera les chants populaires de son pays. Sa chanson Estrellita le rendra populaire, bien qu’il écrira des œuvres plus ambitieuses comme le Concierto des Sur pour guitare et orchestre à l’intention d’Andrès Segovia.

D’autres compositeurs, peut-être moins célèbres, doivent être cités pour leur participation active. C’est le cas de Julian Carrillo (1875/1965), d’origine indienne, qui commença ses débuts artistiques en jouant dans la rue comme violoniste, avant d’entreprendre des études musicales sérieuses dans son pays, puis en Allemagne, à Leipzig. À la même époque qu’Aloïs Haba (dont il ignore les recherches), Carillo travaille sur la micro-tonalité, et dès 1895, il compose des œuvres en quart, tiers, huitième et seizième de tons, pour l’exécution desquelles il fait construire des instruments « taillés » sur mesure. Le Préludio a Colón pour voix et ensemble d’instruments microtonaux appartient à cette catégorie (c’est à un élève de Carillo, l’ethnomusicologue Vincente Mendoza, que l’on doit l’ouvrage le plus complet sur la musique mexicaine : Panorama de la musica traditional de México - 1956).

Autre compositeur important de la musique mexicaine, Carlos Chavez. Né en 1899, il sera le fondateur et chef pendant vingt ans de l’orchestre symphonique de Mexico. Chavez a abordé tous les genres, du symphonique (Sinfonia india), à la musique de ballet, en passant par la musique de chambre et la musique chorale. Presque toute son œuvre repose sur un langage inspiré par le folklore mexicain et à laquelle se mêle l’influence marquante de Stravinsky.


LA MUSIQUE CLASSIQUE AU BRÉSIL

S’il n’y avait qu’un seul compositeur à retenir, ce serait certainement Heitor Villa-Lobos (1887/1959). Son enfance baigne dans les seresteiros (chansons populaires) qu’il aime tout particulièrement. Il devient guitariste et violoncelliste et jouent dans des groupes qui animent les fêtes et les carnavals.

Musicien autodidacte, il s’octroie une double formation. D’abord à travers l’écoute des musiques populaires qu’il découvre au cours de voyages à travers les campagnes brésiliennes, ensuite en étudiant les partitions classiques et romantiques du répertoire européen.

Dans son œuvre prolifique, Villa-Lobos mêle indifféremment tous les styles et tous les genres, introduisant sans aucune peur certains matériaux musicaux typiquement brésiliens au sein de formes empruntées à la musique classique occidentale. C’est ainsi que cette démarche hétéroclite le mène à faire voisiner dans une même œuvre Jean-Sébastien Bach et les instruments exotiques (Bachianas Brasileiras).

Dans les quatre suites pour orchestre intitulées La Découverte du Brésil, il juxtapose les chants indiens et la musique de la liturgie catholique. Mais ici, l’argument historique qui soutient l’œuvre justifie la confrontation de deux mondes musicaux différents, puisqu’il s’agit de décrire la rencontre de deux civilisations.

Villa-Lobos aura une influence considérable concernant la vulgarisation de la musique brésilienne en Europe. En témoignes ses quatorze chôros (composition populaire qui consiste à accompagner aux cordes les variations exécutées par un instrument à vent) écrits pour des formations extrêmement diverses, allant du solo (guitare) jusqu’à la conjonction de plusieurs orchestres dans la même œuvre.

Villa-Lobos a mené au Brésil une importante action politico-musicale, contrôlant finalement toute la vie musicale du pays : il compose les programmes des associations symphoniques, organise d’énormes rassemblements de musiciens et de chanteurs, et va jusqu’à diriger quarante-mille écoliers rassemblés dans un stade.

La composition Suite sobre temas negro brasileiros pour orchestre révèle l’intérêt que porte également au folklore le compositeur et pianiste Luciano Gallet (1893/1931), ami de Villa-Lobos et élève de Darius Milhaud.


AILLEURS EN AMÉRIQUE LATINE

On trouve dans toute l’Amérique latine des compositeurs qui, à la même époque, contribuent autant la préservation des musiques traditionnelles qu’au développement d’une culture musicale venue d’Europe. Ces créateurs sont souvent les fondateurs des premiers conservatoires et de diverses associations musicales et instrumentales.

Dans El poema del charengo, le compositeur bolivien Eduardo Caba utilisera l’un des instruments populaires les plus usités de son pays, le charango, un petit instrument à cordes pincées. Au Chili, le principal animateur de la vie musicale est également le créateur du Conservatoire de Santagio. Né en 1899, Domingo Santa Cruz Wilson deviendra le doyen de la Faculté des arts et sciences musicales de L’Université du Chili.

Le Conservatoire national de l’Uruguay à Montevideo est créé par Eduardo Fabini (1883/1950), lui-même formé au Conservatoire de Bruxelles et auteur, notamment, de poèmes symphoniques : deux langages se côtoient dans la Isla de los Ceibos : l’un d’inspiration 'debussyste', l’autre empruntant ses caractères à la musique uruguayenne, d’essence espagnole et « nègre ».

En Argentine, Alberto Williams (1862/1952) donne l’impulsion au renouveau musical. Il sera suivi par Carlos Lopez Buchardo (1881/1948) et par Carlos Paz à qui l’on doit l’introduction en Argentine d’un esprit de recherches plus contemporain. Ce compositeur connaît bien la technique sérielle de Schoenberg, auquel il a consacré un ouvrage. Paz sera l’un des fondateurs des Conciertos de la Nueva Musica.

Par M. Réverdy (Cadence Info - 09/2014)


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