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ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


JOHN LENNON : VOYAGE INITIATIQUE DE LIVERPOOL À LONDRES

John Lennon : « Je pense qu'en définitive, rien dans le monde n'est réel. Comme le disent les hindous et les bouddhistes, c'est une illusion, c'est-à-dire que toute matière est faite d'électrons en suspension. Le plus difficile, c'est de s'affronter soi-même. »


JOHN LENNON, LE GÉNIE MYSTERIEUX DE LIVERPOOL

Neuf heures du matin sur le vol de Liverpool. La voix du commandant de bord réveille les voyageurs : « Chers passagers, le temps est superbe. Nous survolons actuellement la magnifique forêt de Sherwood. Dans quinze minutes, nous allons atterrir à l'aéroport John-Lennon. » Par le hublot, se détache le verdoyant tapis d'arbres où un certain Robin des Bois s'opposa – et avec quelle énergie ! – à l'insidieux Sheriff de Nothingham. Soudain, le doute... A-t-on bien entendu ? L'aéroport de Liverpool s'appelle John-Lennon ! Les hôtesses confirment l'information, tandis que le petit Fokker de la VLM Fly se pose sur l'ex-Speke Aeroport rebaptisé en 2001, sous le haut patronage de Yoko Ono.


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Sur le tarmac, le célèbre autoportrait de John Lennon, réalisé d'un trait aérien dans les années 1970, surmonté de la célèbre phrase « Above Us Only Sky » (Au-dessus de nous, seulement le ciel), tirée de la chanson Imagine. Sur le parking, l'œil est littéralement aimanté par un immense sous-marin jaune (Yellow Submarine) qui émerge du sol. Depuis ses débuts, les chansons du plus célèbre groupe de rock au monde ont suscité mille commentaires. Le nom même du groupe, compromis ludique entre beat (rythme, pulsation) et beetle (scarabée) déchaîne toujours les controverses.

JOHN LENNON THE CAVERN PUB

De Please, Please Me, à Revolution 9, en passant par Glass Onion ou A Hard Day's Night, les exégètes n'ont cessé de trouver des significations – parfois même radicalement opposées –, aux quelque 229 chansons de leur répertoire. Mais tout John Lennon se trouve peut-être concentré dans les paroles étranges de la chanson Strawberry Fields Forever (littéralement : champs de fraises pour toujours). Certains « rock-critiques » ont écrit qu'il s'agissait de « la plus grande chanson du groupe, voire la plus grande chanson pop de tous les temps ». Cette belle complainte, dont les accords concassés et psychédéliques restent envoûtants, distille son lot de mystères. Le pèlerinage s'impose alors au coeur de cette ville riche de 700 000 habitants, port de commerce de la côte ouest de l'Angleterre, hier sinistré, aujourd'hui en pleine renaissance. « Laisse-moi t'emmener, car je vais à Strawberry Fields, dit le premier couplet du morceau, rien n'est réel, et il n'y a pas de soucis à se faire, car Strawberry Fields restera là pour toujours. ».

Sur la route, longue et venteuse, qui conduit vers les origines du mythe, le guide s'appelle Margaret Carey. Née à Liverpool au milieu des années 1950, elle est devenue une fan absolue des Beatles au point d'en faire son métier. La frange noire qui lui tombe sur les yeux n'arrête pas son regard pétillant, dès qu'elle parle de rock ou de football. « La ville a deux passions : les Beatles et le ballon rond ! » On sent qu'elle a mené une vie aussi mouvementée que ses quatre idoles. Dans la voiture qui nous conduit à « Strawberry Fields », en passant par Penny Lane (rue immortalisée par Paul McCartney), elle raconte que la première fois qu'elle a vu les quatre garçons dans le vent, c'était en 1964...

On s'arrête un instant devant le 9 Newcastle Road, la petite maison où John vécut les cinq premières années de sa vie, avec sa mère Julia et son père Freddy, marin toujours en partance. Margy précise que la modeste habitation est « désormais habitée par un chauffeur de taxi et sa famille ». Rien ne semble avoir changé depuis plus de soixante ans. La curiosité s'exacerbe à mesure que l'on s'approche de Beaconsfield Road. Entre les arbres, on imagine presque cette large bâtisse victorienne entourée d'un parc boisé : le foyer de Strawberry Field (sans « s ») est toujours là.

Entre deux montants gris pierre où se détache en lettres blanches sur fond rouge l'inscription « Strawberry Field », la grille en fer forgé rouge laisse filtrer les rayons du soleil qui percent entre les arbres. La maison de tante Mimi se trouve juste au bout du 251 Menlove Avenue, à cinq minutes à pied du parc. Chaque année, Mimi emmenait son neveu à la grande kermesse organisée dans les jardins de cet orphelinat de l'Armée du salut. John fut réellement fasciné par les bois de Calderstones Park. Lorsqu'il découvrit un raccourci pour s'y rendre depuis chez lui, Strawberry Field devint son lieu d'escapade favori, où il se laissait aller à ses rêveries d'enfant, perché en haut d'un arbre (que l'on retrouve dans le morceau).


JOHN LENON ET PAUL McCARTNEY

D'une kermesse à l'autre, direction St Peter's Church à Woolton, village de la banlieue de Liverpool, où John Lennon et Paul McCartney se rencontrent pour la toute première fois le 6 juillet 1957, un dimanche de fête paroissiale. Paul, qui n'a que 15 ans, est venu écouter un concert des Quarrymen, le premier groupe de John Lennon. Après le concert, Paul fait une démonstration de ses talents en jouant Twenty Flight Rock... « Soudain, écrit Alain Dister dans sa célèbre biographie du groupe (1), un jeune type complètement saoul lui pose la main sur l'épaule et lui dit en hoquetant qu'il aimait beaucoup son style. C'était John Lennon, qui l'engagea sur-le-champ dans ses Quarrymen. »

Une plaque fixée dans le hall commémore cette rencontre historique. Nouvelle étape, le 'Cavern Club', à St Mathew Street (haut lieu qui marqua la naissance de la « Beatlemania »). Il faut repasser par Menlove Avenue, en face de la maison de tante Mimi. Margy indique tristement que c'est ici qu'éclata un des plus grands drames de la vie de John Lennon. Un soir, en sortant, sa mère fut renversée par une voiture. « John fut dévasté, indique notre guide. Il n'avait que 17 ans. » Étrange année pour Lennon que 1957. Deux événements essentiels viennent marquer au fer rouge la vie du plus charismatique des Beatles : la rencontre avec McCartney et la tragique disparition de sa mère Julia, avec qui il commençait à peine à s'entendre.

Est-ce à cause du traumatisme de la mort de Julia (dont il tirera deux émouvantes chansons) qu'il chante « Nothing Is Real » dans Strawberry Fields ? Lors de sa dernière interview, en 1980 au magazine Rolling Stone, John Lennon répondit : « Je pense qu'en définitive, rien dans le monde n'est réel. Comme le disent les hindous et les bouddhistes, c'est une illusion, c'est-à-dire que toute matière est faite d'électrons en suspension. Le plus difficile, c'est de s'affronter soi-même. » Quand on soulève la question, Margy Carey hausse les épaules et répond : « C'est plutôt à Londres que se trouve la réponse à ces questions... Pas à Liverpool qui reste « LE » lieu de naissance des Beatles, joyeux et plein de promesses. »


LA RENCONTRE AVEC YOKO ONO

C'est en plein coeur de la capitale britannique, dans le quartier de Soho, que l'on rencontre Richard Porter, le spécialiste des Beatles, qui fonda dès 1988 le London Beatles Fan Club. « John écrit ce morceau en novembre 1966, se rappelle-t-il. Voilà une curieuse coïncidence, car à cette même période, il rencontre Yoko Ono, non loin d'ici, à l'Indica Galery, la veille de son exposition Unfinished Paintings and Objects. » Pour John Lennon, cette rencontre ressemble à un électrochoc artistique, social et culturel, tant le monde de la pop star semble éloigné de l'univers avant-gardiste de l'artiste du mouvement Fluxus. « Tout le monde se souvient comment John Lennon est tombé amoureux de Yoko Ono, précise Porter. Lors du vernissage, il a repéré une échelle menant à une des peintures de Yoko. Il y est monté et a trouvé une chaîne à l'extrémité de laquelle pendait une loupe. à travers la loupe, John Lennon a vu s'inscrire un minuscule « oui » sur une toile qui semblait vierge. »

JOHN LENNON YOKO ONO

Lennon renoue ainsi avec ses aspirations artistiques de son adolescence, à l'époque où il étudiait à l'Art College de Liverpool. « Mais pour en apprendre plus sur les secrets de Strawberry Fields, mieux vaut prendre un taxi et se rendre aux studios d'EMI Records sur Abbey Road », conseille le détenteur du titre « Beatles Brain of Britain » (littéralement : la mémoire des Beatles en Grande-Bretagne). Chaque année, près de quatre millions de visiteurs viennent se faire photographier sur le passage piéton de la « rue de l'Abbaye ». L'image tirée de l'ultime disque des quatre petits gars de Liverpool a fait le tour du monde. « Abbey Road est un lieu sacré pour tous les fans de la planète, annonce Porter en descendant du « Cab ». C'est un peu la chapelle Sixtine du rock and roll. »


STRAWBERRY FIELDS

Après avoir traversé le mythique passage clouté, on se dirige vers les studios EMI Records. Au moment précis où Mike Heatley, directeur du service catalogue d'EMI Music – grand connaisseur des Beatles devant l'Éternel –, sort de sa voiture. Une grande vente aux enchères dédiée aux Beatles va bientôt avoir lieu. L'homme a un flegme tout britannique : « C'est ici, aux studios d'EMI Records d'Abbey Road, que l'arrangeur des Beatles, George Martin, a mixé 'Strawberry Fields Forever', fin 1966, explique-t-il. Il existait en réalité deux versions du morceau, l'une lente et l'autre rapide. Comme John Lennon avait déclaré à Martin qu'il aimait le début de la version lente et la fin de la version rapide, Martin a réalisé un habile collage des deux versions. En écoutant bien la chanson, on s'aperçoit du « twist » situé après environ une minute de musique. »

Les violons, les cymbales inversées, le jeu de batterie halluciné de Ringo Starr, l'étrange son du mellotron (ancêtre du synthétiseur), sans oublier la voix magique de Lennon, font – aujourd'hui encore – de Strawberry Fields un incroyable voyage musical de quatre minutes, qui s'apparenterait presque à un « trip » d'acide pur. « Il n'empêche, conclut l'homme en souriant, ne croyez pas avoir ainsi percé les secrets de Citizen Lennon. Vingt-six ans après sa mort, le mystère de son génie musical demeure intact...  »

(1) Les Beatles, d'Alain Dister, collection «Musiques & Cie», 10/18.

un article d'Olivier Delcroix (Cadence info - 07/2014)


À CONSULTER : JOHN LENNON, NO WHERE BOY (film)


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