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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LE MUSÉE DES BEATLES À LIVERPOOL

Alors qu’aujourd’hui les stars des années 80 reviennent sur le devant de la scène, en 1964, quatre jeunes garçons britanniques allaient battre tous les records en débarquant à Paris. Pratiquement inconnus chez nous, leur passage sur la scène de l’Olympia fera date. Plus qu’un groupe de musique, les Beatles vont accompagner une époque avec ses révolutions sonores et scéniques. Aujourd’hui, cinquante plus tard, que reste-t-il du mythe ? Une ville est devenue le symbole de leur histoire : Liverpool.


DANS UNE RUE DE LIVERPOOL

Venus des docks, les premiers vents glacés de l'hiver tourbillonnent dans les ruelles. Il est minuit et les infra-basses font trembler les murs de Matthew Street. Dans l’artère historique de la ville des Fab Four, le tube du moment sonne à plein poumon et anime, sur un tempo frénétique, la soirée qui se prolonge. Rien n’a tout à fait changé depuis les soirées affolantes des années Beatles. Liverpool s’abandonne comme tant d’autres villes à la folie du week-end.

La rue Matthew Street

Si les Beatles ont été « numéro 1 » un peu partout dans le monde, ici, cela n’impressionne personne, bien que par passion ou par complaisance certains se posent la question de savoir si les Beatles sont vraiment de Liverpool. En effet, les quatre "héros" n’ont-ils pas été les premiers à prendre leur distance avec la ville dès que le succès est venu ? Entre avis partagés et parenthèses infinies, tout le monde ou presque s’accorde pourtant à reconnaître l’impact du groupe sur la ville qui, sans eux, aurait certainement connu un anonymat exemplaire. D'autant plus que certaines déclarations des membres du groupe n'ont rien arrangé : «  Trop grise, trop froide, trop humide » avait dit à la télévision Ringo Starr, le jour où la ville fêtait son titre de capitale européenne de la culture, rajoutant même, qu’il ne lui viendrait même pas à l’idée de revenir y vivre.


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Kevin Loader, qui a réalisé en 2010 le film Nowhere Boy sur la jeunesse rebelle de John Lennon, disait que tout le monde avait son mot à dire sur les Beatles. L’incarnation de John Lennon, l’acteur Sam Taylor-Wood, reconnaissait lors du tournage à Liverpool, qu'il avait eu l’impression que chaque habitant, chaque âme, avait un jour où l’autre croisé sur sa route un des membres du groupe et était devenu son ami.


LIVERPOOL, VILLE MISÈRE, VILLE ROCK

Le dimanche venu, à Liverpool, les rues sont aussi désertes qu’un décor de cinéma abandonné. A la différence des autres Beatles, Ringo Starr est issu des bas-fonds de la ville. En raison de ses origines, il a côtoyé le monde des sans-grades, d’un monde fait d’anonymes qui travaille grâce au port ou qui se fondent dans les gangs. Dans la rue où il vivait, les fenêtres sont aujourd’hui cadenassées par des grilles ou fermées par des planches de bois. Un décor plutôt sinistre avec ses maisons en briques apparentes. Celle du batteur n’existe plus et appartient déjà au passé. Toutes ces maisons plus ou moins délabrées sont remplacées au fil du temps par des bâtiments modernes. Seule la façade du 9 Madryn Street a été transportée dans le musée consacré au groupe, sur un dock rénové.

Ceux qui viennent à Liverpool ne s’en cachent pas, ils sont là pour capturer l’essence des lieux, pour se remémorer ou découvrir un pan de l'histoire du groupe. Ils sont là en pèlerinage et viennent par milliers chaque année. Les guides connaissent sur le bout des doigts tous les détails et chaque lien qui relient Ringo, John ou Paul à une maison, à une rue, à une boutique. Des histoires, des anecdotes plus ou moins vérifiables et authentiques il y en a eu ; la plus célèbre étant celle du « Mersey Beat », quand la vague déferlante du rock mit la ville, puis l’Angleterre, puis le monde, sans dessus dessous.

À Liverpool, les gens ont la tchatche, le verbe généreux. Cela est même devenu une arme pour défendre ses convictions, comme ce junkie qui raconte que le rock anglais est né ici, dans les rues du quartier de Dingle, au sud de la ville. Là, en bordure des anciens docks, les gangs de marins et ceux des teddy boys s’en donnaient à cœur joie en venant écouter les pionniers du rock, un mélange de musique blues et de skiffle dont les chansons de marins portaient l‘héritage. Tout se mélangeait. "Les Quarrymen" de John Lennon étaient là, comme les "Dark Town Skiffle" dans lequel se produisait Ringo Starr. Quant à Paul McCartney il se laissait porter par cette vague naissante.

La situation géographique de la ville portuaire faisait qu’elle était ouverte aux influences musicales venant directement des Etats-Unis. Cette position stratégique eut un réel impact sur les musiciens locaux. Ils avaient la chance d’écouter très souvent les disques « imports » et de connaître les nouvelles tendances musicales toujours quelques semaines avant le reste du pays... Et ce temps d’avance, ils le mettaient à contribution. John Lennon dira un jour : « Ringo Starr été le plus sophistiqué d’entre nous. Tout ce qui venait d’Amérique, il le connaissait ! Les voitures, les cigarettes Lark, le Zephir… C’est la première personne que je n’ai jamais vu boire du bourbon. »


VISITE DU MUSÉE DES BEATLES

Le musée consacré à l’histoire des Beatles reconstitue avec fidélité le décor de l’époque. Dans le bâtiment futuriste construit pour les festivités de 2008, les marches qui conduisent aux étages sont enrichies du nom des chansons. Le magasin de souvenir est très vaste, bien plus que les salles du musée. Dans l’une d’entre-elles, c’est John Lennon qui accapare les lieux avec son fils Julian et Cynthia, l’épouse délaissée. L’auteur d’Imagine apparaît sur les écrans et sa voix flotte dans l’espace.

Un peu plus loin, un guide travesti en ‘Sergent Pepper’ invite les visiteurs dans la salle de ciné où ils assistent à la projection d’un film d’animation en 3D usé par le temps. Contraste saisissant qui s’explique, en partie, par le manque d’intérêt de la municipalité pour la légende des Beatles. Fort heureusement, depuis quelques années, depuis que le tourisme est devenu l’une des premières mannes de la ville, les conseillers municipaux ne se déchirent plus, ne se divisent plus sur la question comme par le passé. L’intérêt économique prime, et de là à ce que des statues naissent, il n’y a qu’un pas. « Dans les années 1970, leur héritage semblait trop lourd à assumer. À l’époque du punk, tout le monde était plutôt contre les Beatles. C’est l’assassinat de John Lennon qui a tout changé et a ravivé les sentiments de toute une ville » raconte Spencer Leight, un spécialiste du groupe.

UNE MANNE ÉCONOMIQUE

Outre ses excursions avec le bus « Logical Mystery Tour » dans le Liverpool des Beatles, celui de Penny Lane, des terrains de jeux de Strawberry Fields ou de la tombe d’Eleonor Rigby, la ville est également organisatrice de séminaires d’entreprise ; seminaires qui ont pour mission principale de travailler sur la solidarité et la résistance à la pression, comme le fit jadis les Beatles. Et, pour les visiteurs fortunés, à 300 euros la nuit, le "Hard Day’s Night Hotel" vous accueille les bras ouverts à quelques mètres de la mythique Cavern.

Les Beatles rapportent chaque année à la municipalité beaucoup d’argent. Le commerce, qui n’a pas de frontière, joue aussi la carte de la récupération touristique. Cela permet à quelques musiciens locaux d’y trouver leur raison d'être. Dans les coulisses de la Cavern, reconstruite à quelques mètres du club des années 60, des artistes se produisent et chantent à leur façon le répertoire des Beatles. Certains groupes n’hésitent pas à se décliner en Beatles Express, Imagine, Cavern Beatles, etc. Parfois, un karaoké géant s’invite aussi.

Les Beatles, qui ont toujours refusé toute forme de nostalgie vis-à-vis de leur ville, ont été remplacés quelque part par leurs concitoyens. À la grande époque, certains espéraient voir un jour un album portant le nom de la ville. Peine perdue. Alors aujourd'hui, les habitants récupèrent ce qu’ils peuvent et sanctifient des lieux ou des maisons comme celle de Mendips, là où habita John Lennon, et qui est aujourd’hui un petit musée où loge un guide toujours prêt à vous livrer ses petits secrets. Yoko Ono l’aurait achetée pour en faire don au public du jour où elle apprit que celle de Paul McCartney était devenue un monument national.

Les quatre de Liverpool était des jeunes insouciants, transportés par leur attitude téméraire, par le goût du risque. Ils avaient chacun à leur façon l’attitude du rock’n’roll man, l’énergie de la découverte, balançant leur cœur entre un idéal invisible et une révolte assumée. Aujourd’hui, la ville est en plein essor et les vestiges du passé disparaissent petit à petit. Certains quartiers sont devenus méconnaissables. Ici, comme ailleurs, tout se détruit et se reconstruit sans autre logique ; le marché économique et les promoteurs sont là pour justifier et arrondir les angles si nécessaires. La Beatlemania n’est qu’un lointain souvenir, mais la légende continue.

Par Patrick Martial (Cadence Info - 03/2015)


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