SON & TECHNIQUE


PLANTES MÉLOMANES ET MUSIQUE PROTÉODIE, UN ASSEMBLAGE VIVIFIANT

Imaginons un petit instant que les plantes ressentent les vibrations musicales et qu’elles y répondent à leur façon. Cette suggestion possède une certaine poésie, n'est-ce pas ? Mais est-ce un fantasme ou une réalité ? Ceux qui ont la “main verte” témoignent de cette observation et les botanistes s'interrogent.


DU CÔTÉ DES MUSICIENS...

Certaines plantes seraient-elles plus sensibles que d’autres à certains sons et pourquoi pas à notre voix ou à notre musique ? Cette idée enflamme les chercheurs, les scientifiques, mais aussi les musiciens, au point que certains artistes, séduit par cette étrange communication avec le monde végétal, ont voulu composer de la musique qui serait amoureusement étudiée pour les charmer.

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L’un des premiers à s’être penché sur la relation des plantes avec la musique s’appelle Mort Garson. Ce Canadien devait sortir en 1976 un album intitulé Mother Earth’s Plantasia, sous titré ‘Warm earth music for plants and the people who love then (littéralement : ‘Musique chaleureuse de la terre pour les plantes et les gens qui les aiment’).

Contre toute attente, la musique développée par Mort Garson ne fait pas appel à des instruments acoustiques, mais électroniques. Normal ! Le musicien est un adepte des synthétiseurs Moog. Toutefois, si sa musique est agréable à nos oreilles, aucun test grandeur nature n’est venu confirmer que les plantes appréciaient sa musique, et ce, malgré l’attachement du compositeur à personnifier musicalement chaque plage : Fleur de lune (Spathiphyllum), Larmes d’ange (Soleirolia soleirolii), Plante araignée (Chlorophytum comosum), etc.

Aujourd’hui, comme d'autres galettes atypiques, la nostalgie s’est emparée de cette comète sonore. À ne pas en douter, à l'écoute, la sortie de cet album concept coïncide avec l’arrivée en force des synthétiseurs et des musiques électroniques (Jean-Michel Jarre, Vangelis, Kraftwerk, Tangerine Dream…) et cela s'entend.


MORT GARSON : 'MOTHER EARTH'S PLANTASIA (full album)

Autre album concept assez inattendu, celui de Stevie Wonder inspiré du livre “The secret life of plants” de Peter Tomkins et Christopher Bird, que le chanteur a pris soin de rebaptiser "Journey Through The Secret Life of Plants” en 1979.

Composé pour alimenter la musique d’un film passé inaperçu, le double album décevra le public comme la critique à sa sortie après la parution de son chef-d'œuvre Songs In The Key Of Life, trois ans plus tôt. Toutefois, “Journey Through The Secret Life of Plants” n’est pas un double album au rabais et mérite d’être redécouvert.

Comme sur ses précédents albums, les titres s’enchaînent sans interruption, sauf qu’ici ce sont des sons naturels qui servent d’introduction pour chacun d’eux. Le chanteur de soul, en plein mysticisme, exprimait, dans de longues suites instrumentales, son propre point de vue sur le rapport de la musique avec les plantes.


STEVIE WONDER : ‘POWER FLOWER’
Une des rares chansons du double album dont les modulations épousent parfaitement le style reconnaissable entre tous de l’artiste.

Peut-être faut-il y voir à travers ces deux disques cités en exemple, une forme de connexion de l’homme envers la nature, de sa curiosité à mieux comprendre son environnement et le monde dans lequel il vit. De jeunes artistes actuels découvrent cette approche atypique et s’en inspirent sans autre illumination.


QUAND MUSIQUE ET PLANTES INTERAGISSENT

De récentes recherches ont démontré que les variations de bruits peuvent renseigner les plantes sur la présence ou pas d’un prédateur, et que le chant des oiseaux ou le bourdonnement des abeilles agissent sur l’accélération de la germination des graines. Les exemples de communication dans la nature ne manquant pas, les biologistes pensent que les plantes interagissent avec certaines fréquences sonores. Une des théories voudrait que quand un arbre pousse, il émettrait des successions de fréquences correspondant à l’ensemble des métabolismes liés à sa croissance et que celles-ci parviendraient en "résonance" avec son environnement.

© Stocksnap (pixabay.com)

D'autre part, on sait à présent que les plantes développent un mécanisme d'autodéfense pour se protéger des fortes chaleurs. L'association d'une mélodie en tout point conforme à ce mécanisme naturel tendrait à favoriser la synthèse biologique de la plante pour lui permettre de mieux contenir la chaleur qui l'agresse.

Certitude avérée ou supposition farfelue ? Toujours est-il que des arboriculteurs implantent dans leurs vergers des appareils sonores qui diffusent de la musique nommée “protéodie” (1). L’intérêt de cette approche expérimentale (que 250 agriculteurs ont déjà adopté à ce jour en France) permettrait ainsi de soigner les déséquilibres naturels par un traitement non invasif.


LA GÉNODIQUE : LE SOIN DES PLANTES EN MUSIQUE
Découvertes par le scientifique Joël Sternheimer, les protéodies sont une sorte de musique intérieure aux cellules vivantes. Des mélodies choisies aideraient les plantes à se développer comme à résister à la sécheresse.

D’autres protéodies privilégient la photosynthèse quand d'autres permettraient à la plante de mieux résister aux champignons nocifs, et tout ceci rien qu’avec l'utilisation de certaines notes. Cette théorie, née du physicien Joël Sternheimer, fait l’objet de recherches encourageantes au sein de l’Université de Cergy-Pontoise en région parisienne, mais serait toutefois critiquée au sein de la communauté scientifique.

En conclusion, dans l’hypothèse où les plantes et les arbres seraient connectés avec nous par transparence, cela nous obligerait à nous repositionner vis-à-vis de notre environnement, et au sens le plus large possible, avec toutes les espèces vivantes sur Terre. Mais avons-nous à ce jour les compétences, une réelle volonté et l’approche nécessaire pour percevoir et comprendre la vie des plantes comme celle des animaux ? Des chercheurs continuent d'y songer sérieusement en espérant un jour percer le langage mystérieux du monde végétal.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 06/2022)

1- Provenant des mots "protéine" et "mélodie", les effets de la protéodie sur les plantes n’est pour l’instant qu’au stade de la théorie. Elle présuppose qu’à chaque groupe d’acides aminés sont associées des ondes dont les fréquences peuvent être transcrites en note de musique pour ensuite agir sur les molécules. La musique produite est répétitive, un brin lancinante et composée de séquences musicales qui ont parfois des couleurs asiatiques ou orientales.

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