BLUES, SOUL, REGGAE, RAP, WORLD MUSIC...


STEVIE WONDER BIOGRAPHIE/PORTRAIT, DE 'MUSIQUARIUM' À 'A TIME OF LOVE'

Les années 80 débutent bien pour ce patriarche respecté qui fascine les « soul brothers » et futurs rappers. En 79, dans sa BO du film The Secret Life Of Plants, il chante en japonais et en bambara et n’a jamais été aussi loin dans l’extase et l’harmonie... Cette page fait suite à BIOGRAPHIE STEVIE WONDER, PORTRAIT DU PRODIGE DE LA SOUL


LE MUSIQUARIUM

Black Orchid devient le petit tube de The Secret Life Of Plants. Stevie jouera cette BO avec le Philharmonique noir afro-américain au Metropole Opera House de New York. Il faut reconnaître qu’après le somptueux Songs In The Key Of Life, les fans de Stevie Wonder seront déçus. Le film, qui fait usage d’images en time lapse pour accélérer la vision de la pousse des plantes, n’aura certainement pas propulsé l’inspiration musicale de Stevie aussi vite !


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Cependant, le "Sir Duke" de la soul va se rattraper avec Hotter Than July en 80. Enregistré avec deux membres des O’Jay’s et son groupe, Wonder-love, en particulier les guitaristes Benjamin Briges et Dennis Davis, Hotter Than July devient un succès musical et politique en fêtant à sa façon la mort du pasteur Martin Luther King ; le renversant Happy Birthday lui rend hommage, et Master Blaster (Jammin’) est un coup de chapeau bastonnant au roi du reggae Bob Marley, et un autre brûlot célébrant les formidables boîtes à musique qui accompagnent les jeunes Blacks américains.

En abordant une musique nettement plus commerciale, sa tournée mondiale avec Wonderlove en 81 le consacre mondialement. Et, lorsqu le 10 mai 1981, François Mitterand est élu président de la République, Wonder vient fêter l’état de grâce, en publiant Original Musiquarium, la compilation de sa période mature, la meilleure à ce jour, accompagnée de quelques inédits.


STEVIE WONDER EST HEUREUX

Admiratif, Stevie Wonder laisse passer l’orage Jackson qui vend, en 83-84, 40 millions d’exemplaires de Thriller. Dans l'attente de produire quelques nouvelles chansons tubes, il reprend une nouvelle fois l’habit de compositeur pour l’image en concoctant la BO de The Woman in Red (une adaptation du film français Un éléphant ça trompe énormément). La BO est enregistré en partie à Paris au bord de l’autoroute du Nord d’où émergera I Just Called To Say I Love You, son plus grand succès international. A l'écoute, Stevie Wonder ne semble plus vouloir surprendre et ce titre, malgré son succès, est extrêmement conventionnel.

Cette année-là, la concurrence de l’électro-smurfeur Prince et du ‘moonwalker’ « Mickey » Jackson semble vouloir tout écraser sur son passage, pourtant Stevie est heureux, car il a la satisfaction de voir le 15 janvier devenir fête nationale américaine en mémoire du pasteur Martin Luther King (que Michael Jackson ne découvrira qu’en… 95, dans They Don’t Care About Us). D'autre part, son duo avec Paul McCartney, Ebony And Evory, sans être indispensable à l’histoire de la musique « pop », se devait d’exister, simplement pour réunir au moins une fois les deux plus grands artistes de cette fin de siècle.

En 1985, In A Square Circle se révèle être un Hotter Than July n°2. Part Time Lover, tube planétaire d’actualité, le sarcastique Land Of La La, sur la vanité des nouveaux riches, et l’africain endiablé It’s Wrong (Apartheid), qui conclut l’album, touchent tellement les autorités sud-africaines qu’elles décident de lever l’embargo sur ses disques.

Le chanteur Stevie Wonder participera, à de nombreuses reprises, à des causes humanitaires dont les plus marquantes seront We Are The World, une chanson ayant pour objectif de collecter des fonds pour lutter contre la famine en Éthiopie, et That’s What Friend Are For de Dionne Warwick contre le sida. Sa notoriété internationale le conduira à collaborer avec différents artistes : There Must Be An Angel d’Eurythmics où il tient l’harmonica, le groupe vocal de jazz Manhattan Transfert, la chanteuse Chaka Khan, le chanteur nigérian King Sunny Adé, ou encore en produisant The Crown du rappeur Gary Brown.


STEVIE WONDER : PART TIME LOVER (clip officiel - 1985)


"CHARACTERS" UN PREMIER ÉCHEC

Characters, en novembre 87, est un double album coupé provisoirement en deux, sur les caractères humains » ; il est son premier échec depuis 20 ans, toutefois l’auteur de "As" ménage une surprise : Get It en duo avec Michael Jackson qui s’était souvenu que Wonder était venu lui donner un coup de main sur son album Bad. Dix titres sur l’album, douze sur le CD dont Come Let Me Make Your Love Come Down avec les légendes de la guitare blues B. B. King et Stevie Ray Vaughan ; qui lui vallent deux tubes, Skeletons et, en France, Free, devenu musique de pub télé. Plus étonnant, peut-être ou certainement, le duo réalisé en août 88 avec Julio Iglesias, My Love.


LA FIÈVRE EST DANS LA JUNGLE

Stevie a des ambitions politiques. Sa mission : se battre contre tous les maux, comme l’alcool au volant et le désespoir des adolescentes enceintes… Il se présente à la mairie de Detroit pour devenir premier magistrat de la ville de son enfance en 93, mais sans succès. Heureusement, il y a les spectacles…

Stevie Wonder se produit au milieu d’une scène pivotante, cerné par des claviers d’ordinateurs et de synthés qui bastonnent et clignotent en rythme. Il se présente à Bercy pour la première fois depuis cinq ans, alterne le tonnerre funk et la romance dans un halo bleu, et traverse le Printemps de Bourges dans d’invraisemblables tenues de jogging pailletées. Là, il évoque son voyage africain de mars 89 qui l’a rapproché de ses racines où il a découvert les tambours du Sénégal ancestral.

Les années 90 seront marqués par d’autres entreprises, d’autres rencontres qui mêleront réussites et échecs. Stevie Wonder aura l’honneur d’être intronisé en compagnie des Rolling Stnes, au Rock & Roll Hall Of Fame ; car ceux qui ont vu les shows de Michael Jackson et de Prince savent bien ce que les nouveaux grooves dansants de la planète house-techno-acid-ragga doivent à Stevie qui, en 90, donne un titre inédit pour un disque au profit des enfants de Roumanie.


QUE LA PAIX SOIT AVEC TOI !

Le premier cosmonaute noir de la musique urbaine compose, écrit, orchestre et produit en 91, la BO de Jungle Fever, le film de l’anar Spike Lee où il s’amuse des nouvelles musiques du moment : rap, hip-hop, house, world ; cette musique d’actualité, mais avec la même haine des rappeurs en moins, lui vaudra quelques « petits » tubes, enregistrés dans son studio magique, le Wonderland de Los Angeles.

Le « gamin » a toujours l’oreille et la voix absolues, et comme Spike Lee, il est l’un des meilleurs commentateurs de la condition noire. Jason Key, le chanteur de Jamiroquai, son disciple anglais et blanc au bonnet de laine, se fait connaître en exploitant son fond de commerce. Il pioche sans vergogne dans ses trouvailles orchestrales et rythmiques. Stevie demeure encore aux yeux de toute une jeune génération, la référence d'une musique soul dont les racines, hélas, se morcèlent par petits bouts de samples.


STEVIE WONDER : SENSUOUS WHISPER (1995)


Stevie revient encore une fois pour défendre son nouvel album dont il donne un avant-goût au Zénith en mai 92, année où on le retrouve à l’harmonica sur un titre reggae du groupe Steel Pulse pour la BO de Do The Right Thing, signé une fois de plus Spike Lee. Ce Conversation Peace pétaradant de 95 pourrait, selon lui, être le début d’un nouveau chapitre productif de sa carrière. Stevie Wonder y a invité les chœurs zoulous de Lady Smith Black Mambazo, et dans Sensuous Whisper, Anita Baker et le saxophoniste de jazz et apôtre du « jazz revival » Brandford Marsalis.

Stevie Wonder semble bien vouloir creuser à présent dans ses racines, comme essaye de le prouver le titre Take This Time Out, rescapé de quarante morceaux enregistrés à Accra (Ghana). Il remercie Prince d’avoir partagé avec lui le génie de la musique et de lui avoir permis d’enregistrer dans son studio magique de Paisley Park.

Le grand succès mondial en 96 de Gangsta’s Paradise, le rap de Coolio qui sample son Pastime Paradise de 76, l’a ramené sur le devant de la scène avec son 25e album, Conversation Peace après huit années d’absence, et le succès jamais démenti de sa compilation Original Musiquarium.

Malgré la concurrence dans les années 80 de Prince, de Michael Jackson et même de Lionel Ritchie, et une troisième partie de sa carrière (à partir de 79) hésitante, il reste l’exemple d’un artiste-producteur-arrangeur et homme-orchestre habité par la soul, l’âme qui défend ses frères les Noirs et prône la fraternité. Il a fondé en 82 sa maison de disques, Wondirection, et répète à l’envi sa jolie formule : « Je vois le passé comme un défi au futur… » Dernier album studio en date, A Time To Love (2005) qui, malgré une production artistique soignée dont la pierre angulaire est From The Bottom Of My Heart, n’a certainement pas suffit à provoquer un émoi suffisant pour créer le buzz, comme on dit de nos jours.

À présent, plus de dix ans se sont écoulés depuis la sortie de son dernier album studio. Certes, le chanteur continue d’interpréter ses succès à l’occasion de cérémonie, d’anniversaire, voire de mariages. On le célèbre, on l’invite parfois, on l’honore même, mais jusqu’à quand ? Du coup, j’ai un doute qui m’assaille… Et si tout simplement il avait perdu la foi, non pas celle que l’on rencontre aux abords des temples, mais de celle qui prend naissance dans l’esprit de tout créateur et qui pousse à entreprendre et à surprendre. Le temps assassin aurait-il déjà fait son œuvre. Le doute serait-il fondé où serait-ce le fruit de mon imagination fertile ?

Par Elian Jougla (Cadence Info - 01/2016)


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