CLASSIQUE / TRADITIONNEL


BIOGRAPHIE RÉGINE CRESPIN, LA VOIX SOPRANO ENCHANTERESSE

Des drames qui s’enchaînent jusqu’aux victimes Desdémone et Elsa, la voix de Régine Crespin flotte magiquement dans une sensibilité constante, dessinant et hantant les héroïnes des opéras italiens, français, allemands et russes. Tout au long de sa carrière, la cantatrice sera admirée pour l'élégance, la chaleur et la subtilité de son chant.


ENFANCE ET DÉBUTS DE CARRIÈRE

Surnommée affectueusement « le canon français » en raison de la taille de sa voix, Régine Crespin a consacré toute sa vie au chant et à l’Opéra. Née à Marseille en 1927, Régine Crespin déménage à Nîmes avec sa famille à l'âge de cinq ans. Dans la capitale gardoise, ses parents commerçants ouvrent un grand magasin de chaussures. L'enfance de Régine Crespin n'est pas facile en étant affectée à la fois par le fait de grandir pendant la Seconde Guerre mondiale et par l'alcoolisme de sa mère. Au départ, elle souhaite devenir pharmacienne, mais elle en est empêchée faute d’avoir réussi son baccalauréat à l’âge de 16 ans.


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Son parcours scolaire étant compromis, Régine Crespin se tourne vers le chant malgré l’opposition de son père et suit des cours pour des raisons purement pragmatiques. Toutefois, quelques années plus tard, elle remporte un premier prix de chant lors d'un concours et, à l'âge de 19 ans, elle se rend à Paris pour étudier au Conservatoire de Paris dans les classes de Suzanne Cesbon-Viseur et de Georges Jouatte.

© Arnaldo Colombaroli - Régine Crespin en 1987, au Teatro Colon de Buenos Aires

Quatre ans plus tard, en 1950, elle remporte le premier prix des concours d'opéra et d'opéra-comique sur scène de l'école. Alors que d’autres lauréats des concours du Conservatoire se voient proposer des contrats de spectacle avec l'Opéra National de Paris, Régine Crespin n’obtient aucune proposition. De cette injustice, la chanteuse conservera des relations quelque peu tumultueuses avec les institutions musicales françaises.

Toutefois elle finit par obtenir un premier engagement professionnel à Reims. Elle est engagée par l'Opéra National du Rhin pour interpréter Elsa dans Lohengrin de Richard Wagner - qu’elle chante en français à Mulhouse en 1950. Sa prestation recevant de bonnes critiques, l’Opéra de Paris revient vers elle et la contacte pour signer un contrat, qu’elle accepte, et qui lui permet de faire ses débuts à l'Opéra-Comique en interprétant le rôle principal dans Tosca de Giacomo Puccini, avant de chanter Santuzza dans Cavalleria rusticana de Pietro Mascagni.

En 1952, la soprano décide de quitter Paris pour affronter les opéras de province, ce qui lui permet d’obtenir ses premiers succès critiques en interprétant les rôles de la Maréchale dans Der Rosenkavalier (Le Chevalier à la rose) de Richard Strauss et de Floria dans Tosca de Puccini. Trois ans plus tard, elle retourne à l'Opéra de Paris dans le rôle de Reiza dans Oberon de Carl Maria von Weber où elle est accueillie avec enthousiasme par le public parisien.


LA CARRIÈRE INTERNATIONALE

La carrière internationale de Régine Crespin débute en 1958 quand le metteur en scène Wieland Wagner lui propose, à sa grande surprise, d’interpréter le rôle de Kundry dans Parsifal de Richard Wagner au Festival de Bayreuth. La cantatrice de la Tosca laisse alors place à la brune Kundry, servante du Graal et prisonnière du magicien Klingsor. Cependant, le fait de chanter pour la première fois en allemand ne va pas sans poser quelques problèmes. Aussi, pour tenir correctement son rôle, elle demande à suivre des cours de diction. C’est alors qu’on lui présente Lou Bruder, professeur de littérature allemande. Des liens entre la chanteuse et le répétiteur se nouent, si fort, qu’ils finissent par se marier quelques mois plus tard...

La prestation de la cantatrice au Festival de Bayreuth est tellement appréciée qu'elle se voit invitée de nouveau pour tenir le même rôle les deux années suivantes, donnant ainsi un élan à une carrière d’envergure internationale prometteuse. La provinciale, française de cœur, en épousant une si grande ambition voit aussi sa destinée s’ouvrir aux scènes les plus prestigieuses…

En 1959, elle fait ses débuts à La Scala en interprétant le rôle principal dans Fedra d'Ildebrando Pizzetti. La même année, elle fait sa première apparition à l'opéra national de Vienne en interprétant Sieglinde dans La Walkirie de Wagner, et pour ses débuts au Royal Opera Covent Garden de Londres en 1960, saluant le personnage, la soprano se voit décrite en ces termes : « Une finesse gauloise, complétée par un sens idéal des proportions, soutenu par un allemand parfait... Elle ne cède jamais à l'exagération, physique ou vocale. » (Archive Opera News – 2002). Elle y retournera plusieurs fois au cours des quatre années suivantes en interprétant des rôles tels qu'Elsa dans Lohengrin et une fois de plus Floria dans Tosca de Puccini.

Régine Crespin excelle également lors de ses récitals avec lieder, dans le répertoire des mélodies françaises, en particulier Debussy et Poulenc où la saveur des mots et la capacité de saisir l’ambiance des chansons en fera un interprète mémorable. En 1961, elle chante pour la première fois au Deutsche Opera de Berlin avant de s’envoler pour les États-Unis en étant invité à se produire d’abord au Lyric Opera de Chicago en 1962 puis au Metropolitan Opera de New York, lieu qui sera le fruit d'une longue et fructueuse association avec pas moins de 129 apparitions entre 1962 et 1987 (sans compter ses différentes apparitions à l'Opéra de San Francisco).


RÉGINE CRESPIN : VISSI D'ARTE (Tosca - Puccini)

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Au cours de cette longue période, Régine Crespin collabore avec d’éminent chef d’orchestre tels que Georg Solti et Herbert von Karajan et ne cesse d’arpenter bien d’autres scènes internationales, notamment en Amérique du Sud, et plus particulièrement au Teatro Colón de Buenos Aires où elle se produira à plusieurs reprises. Elle mettra un terme à sa carrière internationale en donnant une ultime représentation à l'Opéra de Paris en 1989 en interprétant le rôle de la Comtesse dans La dame de pique de Tchaïkovski.


FIN DE CARRIÈRE ET ENSEIGNEMENT

En 1970, après presque vingt ans de critiques irréprochables, Régine Crespin commence à éprouver des difficultés vocales qui l’amène à réévaluer sa carrière ; une date qui coïncide à la fin de son mariage avec Lou Bruder et d’une union sans enfants. En 1974, depuis son rôle de Charlotte dans l’opéra Werther de Massenet, Régine Crespin commence à interpréter des personnages s'adaptant d'avantage à son changement de voix. Or, si elle fait appel le plus souvent à un répertoire de mezzo-soprano, son timbre de sa voix n'ayant pas beaucoup changé par rapport aux années précédentes, cela apporte une couleur particulière aux rôles qu'elle occupe. Bien que fort bien accueilli par le public, ce nouveau répertoire balisé par des doutes lui a permis d'aborder d'autres compositeurs comme Offenbach, et sa voix de trouver une place dans les enregistrements de ses opéras : Métella, dans La Grande duchesse de Gérolstein et du rôle éponyme de La Périchole, ainsi que chez Massenet : Dulcinée dans Don Quichotte.

Parallèlement à ses interprétations scéniques, la chanteuse avait aussi une passion pour l'enseignement. C'est ainsi que dès 1974, elle rejoint le Conservatoire de Paris pour y donner des cours jusqu'en 1995 ; une activité qu'elle diversifie dans d'autres lieux, comme au Merolo Opera de San Francisco. Régine Crespin animera aussi des « master class » en fonction de ses tournées. Sans jamais se décourager, au regard de toute cette activité prenante, Régine Crespin devait affronter des problèmes de santé tenaces. Atteinte d'un cancer en 1978 qui récidivera en 1984, elle ne cessera de livrer bataille contre ce mal qui ronge et qui emporte même les plus courageux jusqu’à la mort. Régine Crespin décédera en 2007 à l'âge de 80 ans.

Ses mémoires, La vie et l'amour d'une femme (Ed. Fayard - 1982), apportent de nombreux détails sur sa vie privée et sur le monde professionnel qui l’entourait. Dans le livre, la cantatrice partage notamment quelques anecdotes et analyse les difficultés rencontrées lors de ses enregistrement chez Decca.

Régine Crespin a laissé une discographie considérable en commençant, au début de sa carrière, par des disques de récital pour Vega, Pathé et Decca. Son enregistrement classique de Les Nuits d'été de Hector Berlioz et Shéhérazade de Maurice Ravel avec Ernest Ansermet et l'orchestre de la Suisse romande est considéré par beaucoup comme l'une des meilleures versions sur disque.

La diva aura droit à quelques distinctions pour sa carrière. Outre celui de l'ordre des Arts et des Lettres, elle sera nommée 'Chevalier de la Légion d'honneur' en 1972, puis Officier en 1982 et enfin Commandeur en 1994. D’autre part, en reconnaissance de son talent artistique comme chanteuse, le célèbre concours ‘Marguerite Long–Jacques Thibaud’, encore réservé jusqu’en 2011 aux seuls pianistes et violonistes, sera étendu aux chanteurs et renommé ‘Concours Long-Thibaud-Crespin’.

Par Patrick Martial (Cadence Info - 01/2020)


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