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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LES OPÉRAS POPULAIRES, LEUR HISTOIRE ET LEURS CODES

L’opéra est aujourd'hui un genre musical fort discret. Généralement, la presse écrite ne le mentionne qu’à de rares occasions : lors d’un événement exceptionnel où quand un film ose l’aborder de front. Quant à la télévision, excepté deux ou trois chaînes, l’opéra brille par son absence. Il faut le reconnaître, l’opéra demeure une curiosité, voire une forme d’art perçue comme veillotte et destinée plus spécialement à des intellos qui s’ignore. Aujourd’hui, pour survivre dans notre société, il doit s’adapter jusqu’à parfois se réinventer totalement, parfois même jusqu’à l’absurde…


HIER ENCORE, L’OPÉRA ÉTAIT UN ART POPULAIRE

De nos jours, le 7e art écrase tout sur son passage, même l’opéra qu’il adapte impunément. Pourtant, avant que celui-ci n’envahisse les salles obscures, l’opéra était très couru. Le public venait assister à une soirée très festive qui lui permettait d’écouter des airs populaires et de voir de grandes vedettes, comme de nos jours.


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Contrairement à aujourd’hui, à tord ou à raison, le public était loin de tout accepter. Il ne se privait pas de siffler ou de huer les artistes qu’ils considéraient comme « mauvais ». Les spectacles les plus en vu étaient passés à la moulinette selon l’humeur de chacun. Ainsi, quand le spectacle devenait trop pitoyable, un lancé de tomates se produisait. Justice était alors rendue ! Toutefois, quand la représentation était excellente, qu’elle enflammait les cœurs, alors des fleurs atterrissaient en nombre sur la scène.

Comme toutes les autres représentations de l’époque (concert, théâtre, danse…), l’opéra ne pouvait échapper à un verdict sans appel : élogieux dans le meilleur des cas, méprisé jusqu’au rejet quand rien ne venait sauver la représentation. Pas besoin d’avoir des sondages ou de consulter le nombre d’étoiles dans un magazine comme aujourd'hui pour que le public ait une opinion sur la qualité d’un spectacle, d’un orchestre ou d’un chanteur. Seuls quelques critiques littéraires étaient autoriser à « assassiner » ou à porter en triomphe tel ou tel spectacle sans avoir, d’ailleurs, plus de clairvoyances que ceux d’aujourd’hui.

En ces temps pas si lointain, l’opéra était perçu comme une pièce de théâtre de boulevard, entre rires et larmes, mais concédant toujours au chant toutes les priorités. L’acteur au lieu de proposer d’éternelles tirades se mettaient à chanter et à gesticuler. L’opéra bouffe si cher à Jacques Offenbach accentuera le style jusqu’à construire des personnages excentriques, atypiques, voire ridicules, mais sans que l’esprit et la vivacité du « beau chant » n’y soit interdit.

Aujourd’hui, rien n’a changé ou presque, sauf que le spectacle chanté s’est diversifié, jusqu’à « s’affaiblir » pour devenir un spectacle d’opérette, trouvant même d’autres ressources encore plus composites grâce à la comédie musicale : West Side Story, Snowboat, My Fair Lady, Hair ou plus récemment Notre-Dame de Paris.


L’OPÉRA, DU DILEMME AUX REMÈDES

Si l’opéra a été inventé, c’est pour répondre à tous les possibles, du chant jusqu’au grand orchestre en passant par une histoire fascinante avec costumes somptueux et effets visuels plus ou moins mystérieux. Cette alchimie l’a tout de suite placée à part dans l’histoire de la musique, jusqu’à créer une forme d’art supérieur pouvant s’illustrer dans chaque domaine : voix, musique, livret, décors, costumes... Aller à l’opéra, c’était participer à la vie socioculturelle. De nos jours, cette rencontre avec le chant lyrique est devenu moins familier et demande une initiation.

Apprécier l’opéra n’est pas, contrairement à la musique classique, aussi instinctif ; parce que trop long ou parfois incompréhensible à cause de la langue. D’un opéra, le grand public retient seulement quelques moments forts qui se résument à deux ou trois airs. Ce n’est ni une question d’époque ni de style, mais d’immédiateté à recevoir et à comprendre sans avoir à tout décrypter.

Une représentation de Faust de Charles Gounod

Des opéras, il en existe beaucoup ; 25 000, d’après la "Library of Congress" des Etats-Unis. Il n’est donc pas possible de les connaître tous, et encore moins de tous les apprécier. Certains sont plus accessibles que d’autres. Les plus populaires s’identifient aux « grands airs » qui les parcourent et à leurs mélodies mémorisables. Les autres vous sembleront tout de suite plus « hermétique », parce que, tout simplement, ils ne contiennent pas cette immédiateté jouissive. De plus, un style peut, de prime abord, vous convenir mieux qu’un autre. Un opéra doit être avant tout agréable à entendre, sinon… changer de disque !

Il existe bien sûr une énorme différence entre le Tommy des Who, catalogué comme opéra-rock, et l’opérette La Chauve-Souris de Johann Strauss avec ses valses et ses polkas ! L’opéra dans ce qu’il a de « classique » peut revêtir des objectifs qui s’opposent jusqu’à devenir incompatible pour tel ou tel public, même si tous sont construits sur la nécessité d’avoir une histoire qui met en scène des personnages, des situations et une époque.


LES CODES DE L’OPÉRA : SEXE ET VIOLENCE

Si les bons opéras expriment des sentiments humains profonds, il existe parfois, au-delà d’une simple histoire d’amour ou d’un drame porté par la colère ou la jalousie, des sujets plus sensibles que cet art – comme le cinéma – cherche à mettre en lumière. Ainsi, dans le livret de Nabucco de Verdi, les esclaves hébreux assoiffés de liberté ne sont en fait qu’une transposition des événements politiques qui se déroulaient alors en Italie. Le fait de chanter dans l’opéra n’est pas anodin, car chaque mot, chaque phrase a une portée accrue, une résonance, et cela quelle que soit la trame dramatique et l’époque où se déroule l’action : chez les Grecs, à l’époque des pharaons ou dans un futur indéfinissable.

Sexe et violence sont souvent les sujets porteurs de l’opéra. Les librettistes jouent sur les contrastes des situations pour capter l’attention du public du début jusqu’à la fin. Aucune scène n’est inutile. Comme dans un film, le paroxysme de la violence devient saisissant quand il succède à une accalmie. La musique du compositeur doit être écrite de façon à créer un suspense latent qui éclate brusquement. L’action progresse insensiblement, mais résolument vers le dénouement tragique inévitable.

Ensuite, pour apporter à l’opéra une dimension féerique, l’action se déroule en des lieux différents, parfois à travers des décors exotiques ou futuristes, sur terre ou dans l’enfer, et en d’autres temps. Plus le spectateur sera dépaysé et plus les passions développées auront une portée universelle. Il appartient au metteur en scène d’adapter ou de transposer l’histoire en fonction de la taille de la scène et des moyens qu’il dispose. Les animaux sauvages et les effets comme le feu ou la tempête sont, contrairement au cinéma, créés artificiellement ; l'imaginaire faisant le reste.

Une représentation de La flûte enchantée de Mozart

Comme déjà mentionné plus haut, la force essentielle d'un opéra réside dans les mélodies qui le composent. Sans accroche, le public n’y trouve pas son compte et y renonce. Ce n’est pas un hasard, si le trait en commun que l’on retrouve chez les compositeurs les plus célèbres passent par leur faculté à inventer des airs ou des chœurs identifiables. Mozart, Rossini, Verdi, Puccini ou Strauss appartiennent à cette catégorie.

Cependant, qu’est-ce qu’un grand air si personne n’est en mesure de le chanter ? Il existe dans l’opéra un paradoxe que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. En effet, pendant plusieurs siècles, les compositeurs ont souvent écrit leurs œuvres à destination d’un chanteur ou d’une chanteuse dont ils connaissaient les qualités vocales. Les pas qui ont guidé Mozart dans L’air de la Reine de la nuit de La flûte enchantée ne sont pas le fruit du hasard. L’audace des écritures n’était dictée en fait que par la capacité de son interprète à les honorer.

Mais très souvent la finalité d’un opéra revient à la capacité du compositeur à surprendre par sa façon de se démarquer de ses contemporains, si bien qu’à chaque époque, il y a eu des opéras qui furent considérés comme trop « moderne », trop audacieux ou trop avant-gardiste pour être acceptés par le commun des mortels. Carmen de Bizet fut l’un d’entre eux. Rossini connaîtra également l’échec avec son dernier opéra, Guillaume Tell. Même Mozart le vivra avec son Don Giovanni. Comme quoi, malgré tout ce que l’on peut lire ou entendre ici ou là, il est bien difficile d’être le génie de son temps !

Par PATRICK MARTIAL (Cadence Info - 07/2017)


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