CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LES QUALITÉS ARTISTIQUES DE TOUT BON OPÉRA

Bien que chaque opéra développe son propre univers avec son histoire, sa musique et ses personnages, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Aux États-Unis, parmi les 25 000 œuvres recensées par la grande bibliothèque du Congrès de Washington (Library of Congress), guère plus d’une centaine sont régulièrement représentées à travers le monde. Comment s’explique une telle mise à l’écart ? L’opéra manquerait-il d’arguments pour susciter si peu d'allant et de curiosité ?


UN OPÉRA POUR QUEL PUBLIC ?

Un opéra, c’est un peu comme une pièce de théâtre. Au lieu de parler, les personnages chantent, si bien que des comédies musicales comme West Side Story, Hair ou Notre-Dame de Paris, sont certainement plus proches d’un opéra dans la forme que d’un spectacle de variétés. Jusqu'à l'apparition du cinéma, assister à la représentation d'un opéra était d'une grande banalité. Il n'était pas nécessaire de porter le smoking pour les hommes et des robes de soirée pour les dames. Du temps de Mozart, le spectacle était autant sur la scène que dans la salle. En fonction de la qualité de la représentation, le public conspuait, sifflait, jetait des tomates ou au contraire applaudissait et envoyait des fleurs.

© Nicolas Duprey (flickr.com)  - Représentation de 'Baptiste ou l'opéra des farceurs' (2018). La vie trépidante et aventureuse de Jean-Baptiste Lully offre une trame idéale pour raconter le monde baroque.

De nos jours, le public est devenu plus réservé, et si l’opéra n’a pas perdu de sa superbe, il attire beaucoup moins. Ce n'est pas faute de nous le rappeler à travers quelques clichés faciles, que ce soit en l'insérant dans quelques musiques de films ou dans des spots publicitaires. À cet égard, même le célèbre ténor Luciano Pavarotti déguisé en Otello donnera de sa personne, ne pouvant s’empêcher de déguster des pâtes avant d’étrangler Desdémone !

Soyons réalistes, les opéras ont bien du mal à exister. Ceux qui retiennent l’attention sont ceux qui contiennent généralement des “grands airs”, le genre de mélodies que l’on peut, accessoirement, fredonner immédiatement. D’autre part, il est certain que la littérature musicale de Mozart, de Verdi ou d’Offenbach ne produit pas le même effet sur le public que celle de Wagner. Question de style ou de conception la plupart du temps, avant que l’avant-gardisme ne bouscule délibérément les habitudes de chacun.


SIX BONNES RAISONS DE VOIR UN OPÉRA SE DISTINGUER

Auprès du public, la sélection des meilleurs opéras s’opère quasi naturellement, bien qu’il soit important de préciser que cet art a toujours évolué, qu’il est devenu de nos jours un symbole d’activité socioculturelle et qu’il représente dans sa diversité tous les mondes possibles. Un opéra, pour devenir un chef-d'œuvre, doit cependant détenir plusieurs critères essentiels :

1. Tous les bons opéras expriment des sentiments humains, profonds, universels, voire primitifs. L’amour, la colère, l’orgueil ou la jalousie occupent une place importante quelle que soit l’époque où se déroule l’action. Grâce au chant, ses émotions-là se transmettent avec plus d’intensité. Le librettiste - celui qui écrit les paroles - peut inclure des scènes amusantes pour dédramatiser le déroulement de l’intrigue, tout comme le compositeur qui jouera avec la dynamique et la variété des thèmes musicaux ; l’accalmie succédant à la violence pour entretenir le suspense.

2. Les meilleurs opéras sont ceux où les compositeurs ont mis le meilleur d’eux-mêmes. À leurs yeux, l’intrigue doit contenir un ou plusieurs sujets qu’ils ressentent particulièrement bien. Durant l’apothéose de l'opéra, certains compositeurs avaient des affinités particulières pour les histoires dont les héros étaient des gens ordinaires et dont le dénouement les transformait en héros.

3. La force d’un opéra est de se démarquer par un style original et avant-gardiste. De nombreux opéras ont été rejetés à l’époque de leur création parce qu’ils étaient considérés comme trop “modernes”, trop "engagés''. La raison de ses échecs était le manque de familiarité du public avec le style de l’ouvrage, alors que maintenant ces mêmes opéras jouissent d’une popularité pour avoir été marqués par une réelle personnalité, à l’image de Carmen de Georges Bizet incompris quand il fut présenté.

© lesmomesdemontpellier.fr - Créée en 1989, L'Opéra Junior de Montpellier sensibilise les enfants à l'art lyrique à travers la création de spectacles dans des conditions professionnelles.

4. Comme pour le cinéma, l’opéra varie ses décors. Son but : dépayser le spectateur pour le transporter à une autre époque. À ceci s’ajoute le caractère attractif des costumes et des effets spéciaux. Parfois des décors anachroniques sont créés et s’associent à une mise en scène audacieuse pour donner à la représentation de certains classiques une lecture contemporaine.

5. La présence de grands airs. Ils servent d'accroche en consolidant le déroulement de l’histoire. Ils s'identifient généralement à une scène en particulier et s'illustrent musicalement à travers les principaux personnages, le chœur ou l’orchestre. Les opéras de Mozart, Puccini, Rossini, Strauss ou Verdi regorgent de ces mélodies populaires, au point que certaines finissent par s’en échapper pour atterrir dans des spots publicitaires ou des documentaires, sans que personne ou presque sache attribuer la paternité à quiconque, n’imaginant pas un seul instant que la mélodie provient d’un opéra.

6. Faire briller les interprètes. Si la qualité d’un opéra repose avant tout sur sa musique et son livret, la représentation doit être exemplaire. Il est capital d’avoir sous la main des interprètes de talent, ceci pour la bonne raison qu’avec quelques vedettes à l'affiche, le succès a plus de chance d’être au rendez-vous. C'est pour ces mêmes raisons que la plupart des compositeurs écrivent, des origines à nos jours, des airs pour mettre en valeur un chanteur ou une chanteuse en particulier. La proportion des contre-ut ou la présence de larges ambitus dans une œuvre - comme leurs absences - ne sont donc pas dues au seul désir du compositeur, mais ils témoignent assurément de la qualité de l’interprète de pouvoir ou pas les assumer.

Par Mathieu Beaufort (Cadence Info - 10/2022)

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