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LES ROLLING STONES 'EXILE ON MAIN STREET', L'ALBUM D'UNE AVENTURE

Sorti en 1972, le double album Exile on Main St., considéré aujourd’hui comme une des œuvres maîtresses des inoxydables rockeurs anglais, n'a pas laissé de souvenirs impérissables à ses géniteurs lors de sa création. Obligés de quitter l'Angleterre pour échapper au fisc, les Rolling Stones décident de s'installer dans le sud de la France durant l'été 1971 pour se prouver qu'ils sont toujours debout…


LA « FRENCH CONNECTION »

« Deuxième plus gros vendeurs aux États-Unis avec cinq numéros un et dix disques d’or consécutifs, les ‘pierres qui roulent’ amassent des dollars pas de la mousse », pouvait-on entendre en commentaires enflammés. Si les Rolling Stones était bien ancrés dans leur époque, l’illusoire « Peace and Love » hérité des hippies était bel et bien fini. Une autre atmosphère avait pris place. Francis Ford Coppola venait de tourner Apocalypse Now et les sixties avaient imprimé le goût amer des rêves perdus. Pour la jeunesse, c’était soit faire exploser le système soit le fuir.


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En Angleterre, Jagger, Keith Richards et les autres membres du groupe coulaient des jours heureux, partageant leur existence entre les studios d’enregistrement situés dans la banlieue londonienne et la vie familiale à la campagne. Un équilibre seulement rompu par les cris quotidiens des fans lors des concerts ; exercices auxquels les Stones se dévouaient sans compter.

Ils avaient toutes les raisons pour être satisfait de leur parcours : des stades combles, avec jeunesse et fougue en prime. Pourtant, derrière la façade de toute cette pyramide de succès, les Rolling Stones vivaient d’énormes problèmes financiers. Histoire de gros sous, histoire de filou avec un manager bien au fait des astuces juridiques, la vie de rock star avait un coût et les Stones ignoraient les impôts, pensant que d’autres s’en occupaient pour eux. Malheureusement, les mâchoires du fisc se resserraient toujours plus. Le malaise grandissait. Ils devaient à présent des milliards de livres sterling à l’Etat. La situation ne pouvait plus durer. Les 90% de retenus imposés par le fisc anglais poussèrent alors les Rolling Stones à fuir leur pays.


LES ROLLING STONES À VILLEFRANCHE-SUR-MER

Par dépit, les Rolling Stones se préparent à quitter l’Angleterre, mais à regret et avec une certaine honte, surtout pour Bill Wyman et Charlie Watts. Partout dans la presse on pouvait lire : « Les Stones s'en vont », « Les Stones en exil ». Le groupe devait tourner la page et se retrouver quelque part, dans un lieu où ils puissent se poser et retrouver une existence normale...

En attendant des jours plus heureux, les Stones se séparent un temps. Bill Wyman décide de louer une propriété à Mougins tandis que Charlie Watts a le coup de foudre pour un château dans les Cévennes. Mick Jagger s’installe à Biot avec sa fiancée Bianca, alors enceinte. Mick Taylor emménage avec son épouse près de Grasse. Quant à Keith Richards, il jette son dévolu sur une somptueuse demeure spacieuse, magnifique, située en bord de Méditerranée, à Villefranche-sur-Mer ; un monumental manoir du nom de Nellcote construit par un amiral fortuné. Il s’y installe avec sa compagne Anita Pallenberg et leur fils Marlon.

Pour les Stones, cet exil forcé est vécu comme une blessure profonde. Ils ont surtout peur que ce départ précipité ne nuise à leur carrière. Trop éparpillés, trop distants les uns des autres, les Stones sentent qu’il faut se retrouver pour repartir de l'avant.

À défaut de trouver un studio apte à les recevoir, le sous-sol du manoir de Keith est tout indiqué. Il fera office de studio de fortune. Toutefois, par commodité technique, les Stones prennent la précaution de rapatrier leur régie mobile. Le travail commence sans pression extérieure, sans compte à rebours. Les cinq Stones profitent des lieux pour inviter quelques amis musiciens. Tout s’organise autour de jams plus ou moins improvisés.

Les jours, les semaines défilent sans que le travail conduit par les répétitions ne produisent le résultat escompté. Tout semble être absorbé par le rythme de vie de l’imprévisible Keith Richards. Chaque plan de travail s'échafaude sur le tas sans heures précises, de jour comme de nuit. L’ambiance était assez folle de l’avis de l’ingénieur du son Andy Johns : « Les Rolling Stones étant le centre du monde pour la rock’n’roll attitude, il n’était pas question de trop l’ouvrir ! » (1)

Pour ces magiciens du rock, l’histoire se poursuivait dans des habitudes qu’ils avaient entamées il y a près de 10 ans. Une histoire sans fin et en perpétuelle évolution. Les cheveux longs étaient toujours là, les blue-jeans crasseux et délavés aussi. Leurs rivaux directs n’étant plus là (The Beatles), les Stones avaient à présent le champ libre pour conquérir de nouveaux territoires, toujours plus puissant et contagieux. Seuls Jagger, le chanteur perfectionniste, et Richard, le rocker bohémien, continuaient de s’opposer sur les directions à prendre.

La mer, le soleil, les jolies filles, Villefranche-sur-mer est un lieu hospitalier, mais il ne peut faire perdre les habitudes de chacun, surtout celle de la traditionnelle "heure du thé". Dans cette région où tout s’harmonise pour vivre quelques heureux moments de farniente, les Stones se sentent avant tout des Anglais en exil et non des vacanciers venus faire du tourisme. Seul Mick Taylor, le récent guitariste virtuose engagé par le groupe, semble trouver dans cette vie-là des éléments positifs. A cette époque, personne où presque ne se doutait de la présence des Stones, jusqu’au jour fatidique où Mike Jagger décida de se marier à Saint-Tropez avec Bianca Pérez Mora-Macias. Bien évidemment, l’événement frôla l’émeute !

© Paul Townsend - The Rolling Stones (pochette "Exile on Main Street")


LES ROLLING STONES INVENTENT UN ROCK LIBRE D'UNE ÉNERGIE DIABOLIQUE

À l’intérieur du manoir une sorte de vie communautaire avec femmes et enfants s’était organisée. L’arrivée de nouveaux musiciens et de leur famille compliquait les choses ; celle d’amis des amis également. Cela tenait parfois de l'auberge espagnole ; un véritable temple où cohabitait sexe, drogue, alcool et rock'n'roll. L‘époque voulait que ce genre de vie décadente se fasse au grand jour, sans filtre ; une vie festive n’ayant pratiquement pas de limites et qui conduit aussi à quelques scandales médiatiques comme à des arrestations pour usage de stupéfiants.

Dans cet endroit suspendu par le temps, prise après prise, un album extraordinaire est pourtant en train de germer, construit sur une suite de blues souffreteux, de balades déglinguées et de plaintes soûl aux accents gospel. Au sous-sol, les musiciens s’isolaient les uns des autres du mieux qu’ils pouvaient pour de sombres histoires d'acoustique. Le sous-sol étant particulièrement humide, il n’épargnait ni le matériel ni les techniciens qui devaient faire preuve d’ingéniosité et de patience pour travailler dans de telles conditions.

La musique de Exile on Main St. est basée sur un rock libre, en apparence exsangue, animée pourtant d'une énergie diabolique. « Nous n’avions pas d’idées préconçues. On avait accumulé des morceaux en sachant qu’on les utiliserait un jour et puis on a commencé à les enregistrer. […] A l’époque, on a fait ça sans y penser, mais avec le recul on s’aperçoit qu’il y avait de bonnes choses dedans. » racontera Mick Jagger (1)

« Je rêvais d’être un gros bonnet dans le milieu du disque, raconte Marshall Chess, alors directeur de "Rolling Stones Records". En tant que distributeur, Atlantic touchait 1 dollar par album vendu. Pourtant on avait un gros budget de production. L’idée était de leur faire enregistrer un disque tous les 12, 18 mois parce qu’ils étaient au sommet. J’ai dit  : « pas de problèmes, je m’en charge ! », mais quand j’ai observé comme ils bossaient, je n’en suis pas revenu. Keith s’endormait au milieu de l’enregistrement des chœurs et Mick ne se pointait pas alors qu’on l’attendait… De là où je venais, on enregistrait trois chansons en trois heures. Eux, c’était plutôt deux semaines par morceau ! » (1)

Tout s’est réalisé à l’instinct et c’est peut-être pour cette raison-là que Exile on Main St. a quelque chose d'unique, impossible à reproduire par la suite avec le même son et le même feeling sur scène. Les musiciens se lâchaient et les bandes tournaient, produisant des heures de musique plus ou moins abouties.

La créativité faisait vibrer les cordes à la bonne hauteur. Riff, tempo, mélodie et paroles ne reposaient pas sur une quelconque méthode de fabrication, mais sur le seul pouvoir de la magie du jeu collectif. Le hasard construisait la personnalité des titres sans qu’un seul protagoniste n’ait raison de tout son contenu.

Le fil conducteur de cet album est avant tout un amour porté envers la musique noire, celle de Chuck Berry ou du blues de Muddy Waters sans oublier la musique si chère aux blancs américains, le country. Un choc de culture que les Rolling Stones ont su si bien traduire à travers cette œuvre anti-commerciale, éclectique et audacieuse, brute et sauvage.

Exile on Main St. avait beau avoir été commencé en Angleterre, bien avant l'exil du groupe, et achevé dans le studio sophistiqué de Sunset Sound à Los Angeles, son pouls et son âme étaient ceux d'un groupe à terre qui surmontait miraculeusement l'adversité dans un sous-sol hanté qui servit jadis de QG à la Gestapo   ;!

En 2010, l’objet de tous les fantasmes a été réédité dans une version remastérisée et accompagnée de dix nouveaux titres inédits issus de quelques sessions restaurées. Une bonne opportunité pour découvrir d’autres facettes de cette période créative, tout à la fois arrogante et marginale.

Exile on Main St. (3 CD Universal)

1 – Stones In exile, de Stephen Kijak (2010 – Eagle Vision)

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2016)


MUSICIENS

  • Mick Jagger - chant, harmonica, guitare, harpe
  • Keith Richards - guitare, chant, basse, piano
  • Mick Taylor - guitare, basse
  • Bill Wyman - basse
  • Charlie Watts - batterie

Musiciens supplémentaires France et Etats-Unis

Al Perkins (guitare), Bill Plummer (contrebasse, basse), Bobby Keys (saxophone, percussions), Jim Price (trompette, trombone, orgue), Billy Preston (piano, orgue), Nicky Hopkins, Ian Stewart (piano), Amyl Nitrate (marimba), Jimmy Miller (batterie, percussions) Clydie King, Vanetta Field, Jerry Kirkland, Tamiya Lynn, Shirley Goodman, Mac Rebennack alias Dr John, Joe Green, Kathi McDonald (chœurs)


TITRES

Disque 1 :

  • 1. Rocks Off
  • 2. Rip This Joint
  • 3. Shake Your Hips (Slim Harpo)
  • 4. Casino Boogie
  • 5. Tumbling Dice
  • 6. Sweet Virginia
  • 7. Torn and Frayed
  • 8. Sweet Black Angel
  • 9. Loving Cup

Disque 2 :

  • 1. Happy
  • 2. Turd on the Run
  • 3. Ventilator Blues (Mick Jagger, Keith Richards, Mick Taylor)
  • 4. I Just Want to See His Face
  • 5. Let It Loose
  • 6. All Down the Line
  • 7. Stop Breaking Down (Robert Johnson)
  • 8. Shine a Light
  • 9. Soul Survivor

CD réédition 2010

  • 1. Pass the Wine (Sophia Loren)
  • 2. Plundered My Soul
  • 3. I'm Not Signifying
  • 4. Following the River
  • 5. Dancing in the Light
  • 6. So Divine (Aladdin Story)
  • 7. Loving Cup (alternate take)
  • 8. Soul Survivor (alternate take)
  • 9. Good Time Women
  • 10. Title 5

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