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(source AW Stats)

ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


ALAIN CHAMFORT PORTRAIT : SES CHANSONS REMIXÉES EN ÉLECTRO

Incarnation élégante de la « pop française », Alain Chamfort est loin de disparaître à l’image d’Alain Colas et de la chanson Manureva qui lui rend hommage. Aujourd’hui, une jeune génération de DJ et compositeurs de musique électro ont repris quelques-unes de ses meilleures chansons pour les adapter à leur convenance. Une parfaite réussite en cadeau partagé.


ALAIN CHAMFORT PORTRAIT COMEBACK

Les mauvaises langues diront que sa plastique avantageuse a certainement contribuée à sa carrière, sauf qu’Alain Chamfort n’est pas un chanteur à midinettes, et que si son image a traversé le miroir du temps, c’est aussi pour des mélodies et des textes de qualité.


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Dans les années 60, il mène sa carrière dans l’ombre de Jacques Dutronc et de Claude François tout en récoltant au passage quelques leçons de leur part. Au fil du temps, le compositeur prend de la distance. Il devient le chanteur distingué qui vole aux mannequins des magazines leur élégance, tout en imposant et en offrant au public de nombreuses mélodies indélébiles. Il y aura quelques succès d’estime comme Adieu mon bébé chanteur (1974), Le temps qui court (1975) ou encore Joujou à la casse (1977), jusqu'au jour où Manureva fera attendre en écho son "Où es-tu Manu Manuréva".

C’est grâce à la plume féconde de Serge Gainsbourg, sensibilisé alors par la disparition énigmatique du navigateur Alain Colas, que Manureva naîtra en 1979. La chanson aux allures disco permettra de placer en un temps record Alain Chamfort aux avant-postes d’une « chanson pop » sirupeuse.

Le chemin artistique de cet homme discret qui fait rimer ses chansons avec une certaine magie du verbe et de la note, laisse traîner toujours derrière lui des traces de son passage. Après Manureva, il y aura quelques autres chansons « tubes » qui confirmeront son talent. De disque en disque, toujours bercée par une voix douce, et vibrant parfois à quelques thèmes nostalgiques, le public découvrira Bambou (1981), Traces de Toi, La fièvre dans le sang (1986), Souris puisque c’est grave (1990), Clara veut la lune, L’ennemi sous la glace (1993) ou encore Tombouctou (1997).

Mais si les chansons restes et les modes passent, les chanteurs trépassent parfois aussi à des destins tout tracés. Après la parution de l’album Le plaisir en 2003, Alain Chamfort redevient le chanteur discret des débuts. L’album est un échec commercial malgré la qualité artistique de son contenu. Les apparitions du chanteur dandy se font de plus en plus rare. Face à la traîtrise de sa maison de disques qui considère l’objet « Chamfort » comme un mauvais placement, le chanteur apportera sa réponse à sa façon, non sans ironie, en faisant défiler quelques pancartes explicites dans le clip de Les beaux yeux de Laure (2003) : « Je ne me suis pas cassé pour mon clip, mais j’ai une excuse, j’ai été viré de ma maison de disques. Ils n’allaient pas en plus me payer un clip. Alors j’ai pompé ce clip de Dylan. »

Alain Chamfort, en recherche d’une nouvelle maison de disques, trouve en 2005 une réponse à son attente avec le label indépendant "XIII Bis Records". L’artiste enchaîne quelques concerts surprises, participe à des duos « virtuels » par écrans interposés avec quelques amis chanteurs, dont Michel Delpech et Vincent Delerm. Suivront à ces expériences scéniques, la parution de deux nouveaux albums. Le premier, Une vie Saint Laurent (2010), dédié au grand couturier Yves Saint Laurent, sera suivi d'un second intitulé Elles et lui (2012), un album reprenant en duo ses principaux succès aux côtés de chanteuses ravissantes comme Claire Keim, Vanessa Paradis, Alizée ou Inna Modja.

En janvier 2016, quelques mois après la parution de son album éponyme, les grandes chansons d’Alain Chamfort trouvent une réponse revitalisante grâce au concours d'une génération de mixeurs et compositeurs de musique électro. Regroupé sous la direction artistique de Marco Dos Santos, Le meilleur d'Alain Chamfort (Versions revisitées) propose en 12 titres relookés le meilleur de la scène alternative actuelle.


LE MEILLEUR D'ALAIN CHAMFORT EN VERSION ÉLECTRO

Dans le domaine des « remix », la musique électronique n’en est pas à son coup d’essai, Utile, nécessaire ou parfois indigeste, il existe dans cette pratique-là une façon décomplexée d’aborder l’œuvre d’autrui. Chez les musiciens issus de l’électro, la science qui consiste à diffuser la musique dans l’espace temps, à tripatouiller le rythme et les sons, n’appartient pas à une longue lignée, à une longe descendance de manitou qui aurait instruit la procédure. Il y a dans cet exercice plus de pratiques intuitives, de feeling, que de connaissances appliquées à la lettre. C’est peut-être pour cela que la musique électro possède de si nombreux visages en si peu d’années d’existence.

Contrairement à d'autres tentatives qui visent à donner à des mélodies « usées » par le temps une dimension souvent superficielle, les chansons phares d’Alain Chamfort obtiennent dans ce cadre-là un rajeunissement heureux, une nouvelle métamorphose sonore apportée par une génération de musicien qui produise à plein régime leur art avec le casque sur la tête et les mains sur les commandes.

Les années heureuses, celles de Manureva (repris par Ivan Smaaghe), de La fièvre dans le sang par le tandem Scratch Massive ou encore Géant par l'Allemand Superpitcher, spécialisé dans la musique techno dite « expérimentale », sonnent chacune avec leur propre « distorsion sonore », plus ou moins académique, plus ou moins proche de l'original, mais sans qu’on ait le sentiment d'un travail qui aurait été conduit dans l’urgence ou avec superficialité. Bien scrupuleuse est la personne qui ne verra pas le travail créatif apporté à la version originale de Manureva dans cet album.

La musique d’Alain Chamfort n’est pas pour autant une proie plus facile. L’heure n’est pas aux « remixes » bâclés. Tous les succès sont là ou presque : Bambou, La Fièvre Dans Le Sang ou Traces de Toi émergent comme autrefois lors de leur première parution, signe que ces compositions-là ont du répondant et qu’elles s’acclimatent fort bien à d’autres structures sonores. La jeune génération pointue de DJ et compositeur de musique électro que constitue Superpitcher, Cardini & Shaw ou encore Jackson and His Computer Band et Chloé sont à la manœuvre, et ont trouvé dans la musique d’Alain Chamfort un terrain propice à exprimer leur « art mineur » sans retenue.


ALAIN CHAMFORT - BAMBOU (reprise Pilooski/Jayvich)


Le chanteur de 66 ans, d’une incroyable jeunesse d’esprit, ouvre comme par le passé un regard intelligent sur les musiques actuelles et de leurs acteurs. Pas étonnant, dès lors, qu’il ait donné son plein accord pour que ses compositions soient revisitées. Chamfort préfère encourager la création plutôt que de veiller jalousement sur son héritage. Pour lui, l'essentiel du projet a été conforme à son vœu le plus cher : "offrir la possibilité à des artistes de créer à partir de ses chansons". On regrettera - simplement pour l’évolution et la pérennité de l’art – que ce genre de projet intergénérationnel ne soit pas encore plus présent dans la « com » artistique. « La musique doit servir à nourrir les autres…  » comme le précise fort justement Alain Chamfort.


Le meilleur d'Alain Chamfort (Versions revisitées)

Disponible en double vinyle couleur en édition limitée – inclus CD.
Disponible en pré-commande sur ITUNES

Par Elian Jougla (Cadence Info - 01/2016)


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