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MUSIQUE DE FILMS


CLINT EASTWOOD, DE LA MUSIQUE COUNTRY À LA MUSIQUE DE JAZZ

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EASTWOOD PASSE À LA COMÉDIE

Changement de cap avec les comédies Doux, dur et dingue (1978) et Ca va cogner (1980). Eastwood devient un boxeur à poings nus et partage la tête d’affiche avec Sandra Locke (sa compagne d’alors), sans oublier Clyde, un orang-outang. Ces deux films illustrent un autre penchant musical d’Eastwood, la musique country.


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L’héroïne (Sandra Locke) est une chanteuse qui se produit dans des petits clubs. Sensible à son charme, Philo (Eastwood) en tombera amoureux. Le contre-pied humoristique est tenu par une bande de motards minables. A leur apparition, la sonorité écrasée de quelques trombones et tubas sur fond de musique blues incarne le ridicule des personnages. La musique du film Doux, dur et dingue composée par Steve Dorff rencontre un vif succès dans le royaume du ‘blues blanc’ et servira de promotion pour le film.

© NASA Dryden Flight Research Center Photo Collection - Clint Eastwood (1981)

En 1980, le film Bronco Billy apporte son lot de nouveautés. D’abord, celui de voir les enfants d’Eastwood (Alison et Kyle) jouer leur premier petit rôle, mais surtout de voir au générique le nom d’Eastwood co-signer la musique du film avec Snuff Garrett. Certes, sa participation est modeste, mais bien là.

Eastwood se positionnera en tant que compositeur à plusieurs reprises. Dans le western Impitoyable (1992), il compose le Claudia’s thème et pour le film Space Cowboy, il écrit un des thèmes musicaux. Mais c’est à partir de Mystic River (2003) que Eastwood s’investira vraiment dans la composition en travaillant avec son fils Kyle.


HONKYTONK MAN, LA MUSIQUE COUNTRY À L'HONNEUR

Honkytonk man (1982) peut être considéré comme le premier film dramatique de Clint Eastwood. C’est un projet qui lui tient à cœur, car Honkytonk man est un film où la musique est à la base de l’histoire. À cette époque, l’acteur est saturé d’avoir à interpréter des durs. Alors qu’un prochain ‘Calahan’ est sur les rangs, Eastwood souhaite adapter le roman de Clancy Carlile qui conte l’histoire émouvante des derniers jours d’un chanteur de musique country, Red Stovall.

Pour les chansons, Clint fait appel de nouveau à Steve Dorff. Atteint par la tuberculose, Red Stovall (Eastwood) saisit la guitare et chante comme il peut des rengaines country entre deux quintes de toux. La voix narrative qui conte l’histoire du célèbre Red Stovall est celle de son fils, Kyle (il interprète le rôle de l’adolescent qui suit son oncle musicien sur les routes).

Clint Eastwood souhaitait que son fils suive ses traces dans le cinéma. Mais si Kyle tourne avec son père dans cinq de ses films, le fils Eastwood va finalement choisir de devenir un brillant contrebassiste de jazz. Clint retrouvera son fils Kyle pour la musique du film Mystic river (2002). Par la suite, les deux hommes vont collaborer étroitement à l’élaboration des musiques : Million Dollar Baby (2005), Letters from Iwo Jima (2006), Mémoires de nos pères (2006), L’échange (2008), Gran Torino (2008) et Invictus (2009).


LE COMPOSITEUR LENNIE NIEHAUS

À partir des années 80, Eastwood va s’entourer d’une équipe de techniciens fidèle. Le compositeur et saxophoniste de jazz Lennie Niehaus sera régulièrement appelé pour écrire la musique. Citons notamment : La corde raide (1984), Pale Rider, le cavalier solitaire (1985), Le maître de guerre (1986), Bird (1988), Impitoyable (1992), Un monde parfait (1993), Sur la route de Madison (1995), Minuit dans le jardin du bien et du mal (1998), Space Cowboy (2000), Créance de sang (2002).

Au moment où le nom de Lennie Niehaus apparaît au générique des films d’Eastwood, le compositeur est déjà un musicien de jazz confirmé. Durant les années 40, il a notamment séjourné dans l’orchestre de Stan Kenton et s’est produit au côté d’un autre saxophoniste, Herbie Stewart (Four Brothers). Il aborde la musique de films grâce à Jerry Fielding pour qui il écrit quelques orchestrations.


LENNIE NIEHAUS : DOE EYES (Sur la route de Madison) (1995)
une musique tout en retenue pour une histoire d'amour impossible, mais mémorable


NIEHAUS, SUR LA ROUTE DE MADISON

Dans un registre sombre, avec beaucoup d’émotion, le film Sur la route de Madison (1995) peut être considéré comme l’un des chefs d’œuvre d’Eastwood. Sur fond d’un amour impossible (qui reflète bien souvent les plus belles histoires), la musique éthérée de Lennie Niehaus entourée de quelques ballades sirupeuses produites par Ahmad Jamal et Dinah Washington soutiennent discrètement, comme des moments suspendus dans le temps, toute la beauté de l’histoire.


DE BIRD À PIANO BLUES

En 1988, poussée par l’amour du jazz, Clint Eastwood réalise Bird, un film biographique sur le saxophoniste Charlie Parker. Bird est un projet ambitieux, difficile. À cette époque, Eastwood se consacre à la politique et devient maire de Carmel en Californie (1986). Faut-il voir là une implication politique ?… Eastwood va se servir du film pour montrer une image positive des acteurs noirs au cinéma (Bird recevra un prix du ‘National Association for the Advancement of Colored People’).

Bird est surtout un hommage au jazz bebop. Eastwood se pose en admirateur de Parker. Il filme aussi bien sa folie musicale que ses déboires, sa violence ou sa déchéance. Si évoquer le jazz à travers un personnage aussi célèbre que Parker peut séduire un passionné de jazz, Eastwood cherchera surtout à transcrire des faits historiques en prenant soin de recréer fidèlement l’atmosphère des clubs des années 40/50…

Eastwood : ‘Avant de tourner, il était plus important de rencontrer ceux qui avaient connu Parker que de lire des livres sur lui. Le cinéma se fait en observant la vie des gens. Parker était quelqu’un d’incroyable, au cerveau curieusement fait. Pour la musique, il avait des années d’avance sur tout le monde. Mais dans la vie, il est resté un garçon gentil et sensible’ (Télérama 1988).

Dans le film, la musique de Charlie Parker n’est pas trahie, sauf peut-être pour les puristes. Les véritables parties de saxophone que l’on entend sont bel et bien les originaux, mais pour obtenir une meilleure qualité sonore, Eastwood doit faire appel à la technologie numérique. Grâce à ses possibilités, les enregistrements originaux du saxophone de Charlie Parker seront isolés et conservés, pour être ensuite habillés par les orchestrations de Lennie Niehaus.

Eastwood est un perfectionniste et ne laisse vraiment rien au hasard ! Emporté dans l’élan de sa création, il produira un documentaire sur la vie d’un autre musicien de be-bop, le pianiste Thelonious Monk (Thelonious Monk : Straight, No Chaser – 1988)


PIANO BLUES, L'HOMMAGE APPUYÉ

Point d’orgue à l’aventure musicale ‘Eastwood et la musique’ : Piano Blues (2003).

Eastwood raconte : ‘J’ai toujours aimé l’image du pianiste dans mes films. Il s’assied, joue, raconte son histoire… En faisant le film ‘Piano Blues’, j’ai voulu que la caméra regarde ; mais je ne voulais pas qu’elle nous empêche de voir.’ (‘Piano Blues’ – Eastwood)

Eastwood a une passion pour le blues qui provient des pianistes de boogie-woogie qu’il a écoutés alors qu’il n’était qu’un enfant. Albert Ammons, Pete Johnson, Meade Lux Lewis et Jay Mc Shann seront ses pianistes favoris aux côtés de Art Tatum, George Shearing, Dave Brubeck, Oscar Peterson ou Erroll Garner… En amateur éclairé, Eastwood nous entraîne à la rencontre de quelques grands personnages du jazz et du blues : Dave Brubeck, Ray Charles, Fats Domino, etc. Le tout entrecoupé de séquences d’archives.

Eastwood, en étant en face de quelques maîtres qu’il admire et qu’il écoute, sait s’effacer, et leur laisse tout le loisir d’évoquer leurs souvenirs heureux ou malheureux. La présence de Ray Charles sera d’autant plus poignante que ce sera sa dernière apparition à l’écran. Poussé par cet amour du jazz, le metteur en scène de fictions s’est transformé grâce à Piano Blues en un narrateur et journaliste efficace, posant les bonnes questions et démontrant une fois de plus toute l’étendue de son talent.


CLINT EASTWOOD HONORÉ

Les musiciens de jazz savent toujours remercier ceux qui font honneur à leur musique. En 1996, en témoignage de la place accordée au jazz dans ses films, Clint Eastwood aura droit à un concert au Carnegie Hall. Invité à venir jouer au piano, il raconte cette anecdote : ‘Je devais interpréter ‘After Hours’ de Avery Parrish au piano. Ça faisait des années que je n’avais pas joué cette chanson… En fait, Jay McShann devait venir me rejoindre sur scène et prendre ma place au piano pour finir le morceau. J’avais dit : « Assurez-vous qu’il viendra me relayer au bon moment. » Et me voilà sur scène, en train de jouer ; le temps passe, et je m’aperçois que j’ai fini… et que Jay n’est pas venu. Plus tard, il m’a avoué : « Tu avais l’air de bien t‘en tirer, alors je t’ai laissé finir. » (‘Piano Blues’ – Clint Eastwood)

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2012)

PS : cet article est dédicacé à Jean-Pierre Vidal, grand fan de Clint Eastwood et collaborateur efficace du site.

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