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HENRI SALVADOR TIRE SA 'REVERENCE' AVEC UN DERNIER DISQUE

Entre swing et bossa-nova, romance et mélancolie, Henri Salvador sortit son dernier album Révérence en 2006. C'est à cette époque qu'il annonça son futur adieu à la scène...


SALVADOR SIGNE UNE ULTIME ET PRÉCIEUSE « RÉVÉRENCE »

Henri Salvador aimait prendre ses quartiers au bar du Ritz, à deux pas de chez lui. Discrètement attablé, il était là, prêt à promouvoir le plus tranquillement du monde son nouvel album, Révérence... Pour l’enregistrer l’artiste a dû beaucoup voyager : Rio, New York, Paris. A 89 ans, il était encore d’un enthousiasme de jeune homme avec ses grands éclats de rires. De retour du Brésil, il venait de réaliser son rêve : enregistrer quelques nouvelles chansons dans un studio de Rio de Janeiro, ville dans laquelle il travailla il y a fort longtemps au sein de l'orchestre de Ray Ventura.

« C'était dans les années 1940, se souvient-il. J'avais décroché un contrat de guitariste dans l'orchestre et je me suis retrouvé pendant plusieurs mois à jouer au Casino de Urca, un quartier situé au pied du Pain de sucre. Finalement, je suis resté quatre ans à Rio. De retour aujourd'hui, j'y ai même retrouvé un vieux copain, « Jojo », le trompettiste Georges Henry qui était de l'aventure brésilienne de Ray Ventura. »


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Au Brésil, Henri Salvador était chez lui. Les Brésiliens le connaissaient et il n'était pas peu fier que le grand compositeur Antonio Carlos Jobim ait reconnu un jour avoir inventé la bossa-nova après avoir écouté Dans mon île. Son histoire se déroulait ainsi : « C'est une chanson que j'ai enregistrée en 1957 et qui est arrivée au Brésil par le biais d'un film italien, Europa di Notte, d'Alessandro Blasetti. En l'écoutant, Jobim a eu l'idée de ralentir le rythme de la samba et d'y coller une belle mélodie. La bossa-nova était née. Tout ça pour dire que, pour moi, le Brésil a la plus belle musique du monde. »


LES SÉANCES DE STUDIO AU BRÉSIL

Pour les séances d'enregistrement en studio, tout semblait facile pour Henri Salvador qui, après de longues heures de sommeil et une journée passée à la piscine de l'hôtel Copacabana, devait retrouver les lieux en fin d'après-midi. Là, le grand arrangeur Jacques Morelenbaum, qui a forgé sa réputation au côté des plus grands, de Carlos Jobim à Cateano Veloso en passant par le Japonais Ryuitchi Sakamoto, l’attendait.

Il était arrivé avec ses maquettes comme à son habitude, et Jacques se chargeait du reste. Tout était prêt. Il savait exactement quelle couleur musicale apporter aux sept chansons sur lesquelles ils devaient travailler. Pour ne rien perdre de ces moments magiques, il avait engagé les meilleurs musiciens comme le pianiste et compositeur Joao Donato qui a apporté sa touche personnelle aux chansons.

Fidèle à son style ouaté et sensuel, mêlant swing et bossa-nova, douces mélodies d'amour et aquarelles mélancoliques, les doux balancements rythmiques étaient servis par une voix de crooner semblant inaltérable. À travers les différents titres, Henri Salvador évoque l'ombre de Françoise Sagan dans Mourir à Honfleur, prône sa philosophie du bonheur dans La Vie c'est la vie ou fait vibrer la note nostalgique dans Les Amours qu'on délaisse, J'aurais aimé ou Les Dernières Hirondelles.

Des chansons pour lesquelles Henri Salvador a fait jouer son réseau d'auteurs, souvent méconnus du grand public comme Daniel Schmitt, prof de lycée à Cannes, ou encore Gisèle Mollard, alors âgée de 73 ans, « qui écrit comme une adolescente, s'exclamait-t-il, mais peu parce qu'elle préfère le soleil au travail. ».

Amoureux de la belle ouvrage, Henri Salvador a toujours aimé les chansons bien écrites. Ses anciens auteurs - Bernard Dimey, Boris Vian, Bernard Michel – l’ayant abandonnés, et comme l’album Chambre avec vue avait plutôt bien fonctionné, il continuait à se débrouiller en choisissant des auteurs qui ont l'amour du français. « Pour moi, la chanson française est une grande dame qu'il faut habiller le mieux possible avec de belles paroles et de belles musiques. » disait-il.

Une grande dame et un grand monsieur adulés par les musiciens brésiliens parmi lesquels l’ancien ministre de la Culture et chanteur Gilberto Gil qui tenait absolument à être présent dans l'album. Résultat : une reprise de Tu sais je vais t'aimer, magnifique chanson du tandem Jobim-Moraes adaptée par Moustaki. Idem pour Caetano Veloso qui avait déjà repris Dans mon île et qui apporte sa voix expressive à l’ancien succès d'Henri Salvador, Cherche la rose, chanté autrefois par Marlene Dietrich.


DE NEW YORK À PARIS…

Après cette étape brésilienne, Henri Salvador fit un détour par New York pour enregistrer avec le percussionniste Mino Cinelu et sa bande une adaptation swinguante d'un tube de Ray Charles, Alleluia ! I love her so, devenu Je l'ai dans la peau, avant de faire un détour par Paris pour enregistrer, avec un big band dirigé par Michel Cœuriot, quatre titres dont le très jazzy L'Amour se trouve au coin de la rue, écrit par son copain Eddy Mitchell.

Dopé par le succès de ses précédents albums, Chambre avec vue et Ma chère et tendre, Henri Salvador n'aura pas choisi par hasard le titre de son petit dernier : Révérence... « Après une tournée et une belle surprise à Paris, je tirerai ma révérence. Je quitte la scène et, si ma voix ne me quitte pas, je continuerai d'enregistrer des chansons. A mon âge, le docteur m'a dit de faire attention. Alors, je me ménage pour la pétanque... » lâchera-t-il dans un rire tonitruant.


HENRI SALVADOR - DANS MON ÎLE


ET POUR QUELQUES MOTS DE PLUS…

Henri Salvador aimait citer, tout en se marrant, un proverbe polynésien : « Je nais hier, je vis aujourd'hui, je meurs demain ». Ses adieux à la scène, il les fera en décembre 2007 au Palais des congrès. Henri Salvador était un homme à part, un homme qui possédait certaines vertus : il ne fumait pas, se couchait tôt, mangeait sain et pratiquait le yoga. Etre octogénaire ne l'avait nullement empêché de se remarier avec sa "chère et tendre" Catherine Costa.

Il était l'ami des poètes, un compositeur inventif et un guitariste de jazz qui avait développé sa propre technique en autodidacte. La chanson française lui doit beaucoup. Ses nombreuses mélodies sont aujourd’hui chantées dans les écoles, reprisent dans les chorales ou adaptées en jazz par des artistes venus de tout horizon. Bref, elles appartiennent au patrimoine culturel français.

En 2012, quatre ans après sa disparition, un album est sorti à titre posthume intitulé Tant de temps. Constitué de titres inédits enregistrés en 1999 sous la direction de Benjamin Biolay, on y retrouve sa chanson couronnée de lauriers, Syracuse.

Par J.L. Wachthausen (Cadence Info - 10/2014).


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