ANALYSEDISQUESFAITS DIV.HISTOIREINTERVIEWLIVRESPORTRAIT

MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LES CHANSONS 'RIVE GAUCHE' DE PARIS ET SES CHANSONS CONTESTATAIRES

Le monde de la chanson ne célèbre pas tous les quartiers de Paris. Il est même sélectif. Si les chansons de la rive droite peuvent se vanter d’avoir créer un grand nombre de chansons célèbres, le quartier de Saint-Germain de l’autre côté de la Seine n’a pas à rougir de son répertoire… Cette page fait suite à PARIS EN CHANSONS, D'HIER À AUJOURD'HUI


PARIS ET SES CHANSONS RIVE GAUCHE

« Les chansons de Prévert me reviennent / De tous les souffleurs de vers...laine / Du vieux Ferré les cris la tempête / Boris Vian s'écrit à la trompette / Rive Gauche à Paris. » chante avec une certaine nostalgie Alain Souchon en 1999 dans Rive Gauche.


Ad Block

Un bloqueur publicitaire bloque le déroulement de cette page. Pour ne plus subir cette restriction, veuillez désactiver votre bloqueur publicitaire pour l'ensemble du site "www.cadenceinfo.com". Merci.

Procédure pour autoriser "cadenceinfo.com"


Ignoré jusqu’aux années cinquante, le quartier va commencer à s’animer durant la guerre autour d’un lieu anodin, le Café de Flore. Là, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Prévert ou Picasso, fréquentent le lieu. Le Café de Flore rassemble alors les opposants et les intellectuels. De bouche à oreille, avec le temps, le Flore finit par devenir le lieu de rendez-vous de nombreux écrivains, peintres, artistes de cinéma ou chanteurs… dont Mouloudji et surtout Juliette Gréco qui va réincarner le renouveau de la culture française à la sortie de la guerre. Sur un ton de liberté et de poésie, elle chantera des classiques comme Sous le ciel de Paris (1951), mais aussi Ferré le révolutionnaire (Jolie Môme - 1961). Gréco fréquentera le milieu jazz de St-Germain et aura une relation avec le trompettiste de jazz Miles Davis. Les intellectualistes parisiens diront d’elle qu’elle était devenue « la muse de Saint-Germain-des-Prés ».

Quant à Léo Ferré, il continuera de casser les règles établies tout en chantant un Paris Canaille (1954) ou un Paris, je ne t’aime plus (1969), traduisant avec ses mots une époque qu’il ne trouve plus à son goût : « Les guitares à Paris ne sont plus espagnoles / Elles jouent le flamenjerk branchées sur le secteur / Comment veux-tu petit danser la Carmagnole / Si t'as rien dans les mains si t'as rien dans la cœur / Ah Paris je ne t'aime plus. ». L’arrivée du rock'n'roll et du jazz défigureraient-ils le visage de la capitale ?

Durant les années cinquante, la chanson s’intellectualise pour faire front à un accordéon jugé trop présent et trop réducteur. Ainsi apparaissent des artistes encore confidentiels comme Serge Gainsbourg et Boris Vian. Du Flore aux Deux Magots se fréquentent alors tous ceux qui incarnent le changement de l’après accordéon. Une musique noire dotée d’un nouveau son venu des Etats-Unis souffle sur la capitale et met en surchauffe les caves de St-Germain : le jazz bebop, un jazz plus « intellectuel ». On ne danse plus sur du jazz car on vient surtout pour écouter toutes ces « pointures » venues de l’autre côté de l’Atlantique. Aujourd’hui, cinquante après, le quartier de Saint-Germain est toujours aussi essentiel pour transmettre la culture parisienne et son identité. Il n’a rien perdu de sa superbe. D’ailleurs, Dany Brillant, Marc Lavoine ou Etienne Daho le chantent et le déclinent à tous les tons.


PARIS, DES RÊVES EN NOIR ET DES CHANSONS DE RÉVOLTE

Chansons de révolte au-delà du périphérique, chansons de carte postale ou du "Paris by night", la capitale passe à la moulinette toutes les émotions. La « plus belle ville au monde » est universelle, avec Les Champs-Élysées si cher à Joe Dassin et Les P’tites femmes de Pigalle vantées par Serge Lama. Paris possède une attractivité incontournable auprès des touristes et des artistes qui viennent du monde entier pour la visiter pour les premiers et la conquérir pour les seconds. Paris évoque à sa façon une part de rêve comme d’autres grandes métropoles à travers la planète, New York aux Etats-Unis ou Rio de Janeiro au Brésil.

Oui, mais… si Paris, c’est le luxe, la Tour Eiffel, la Seine et ses ponts, la Butte Montmartre ou les nuits parisiennes et le sexe, c’est aussi une ville malmenée parce que tout le monde veut « se barrer », même si, sur le fond, tout le monde y reste finalement. C’est vrai qu’à l’époque du Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg, six mètres sous terre, l’ambiance parisienne malmène alors l’employé de la RATP ! Quel est donc l’échappatoire face à cette tâche répétitive et anxiogène ? Les slogans ne vont pas tarder à voir le jour, ce qui semble normal pour quelqu’un qui passe le plus clair de son temps sous terre : « Je suis le poinçonneur des Lilas / Le gars qu'on croise et qu'on n'regarde pas / Y a pas de soleil sous la terre / Drôle de croisière / Pour tuer l'ennui j'ai dans ma veste / Les extraits du Reader Digest / Et dans c'bouquin y a écrit / Que des gars s'la coulent douce à Miami / Pendant c'temps que j'fais le zouave / Au fond de la cave / Parait qu'il y a pas de sots métiers / Moi j'fais des trous dans les billets. » (Serge Gainsbourg - Le poinçonneur des Lilas – 1958)

Si aujourd’hui, au sentiment d’exclusion qui gronde dans les banlieues, à sa ghettoïsation, répond d’abord un hip-hop cool façon MC Solaar (Bouge de là - 1994) suivi d’un rap plus dur : NTM (Paris sous les bombes – 1995), ou encore Rohff (Paris - 2008) et Booba, hier, c’est à travers le témoignage de chansons à connotation antisociale, celles de Renaud (Marche à l’ombre - 1980) ou de Téléphone et de leurs textes calibrés pour banlieusards (comme on les prénommait dans les années 70), que Paris a vu naître ses premiers slogans contagieux : « Métro, c'est trop / Assis, debout / Quel entrain entrain / Regarde dans la vitre / C'est toi dans la glace / Les autres derrière toi / Qui te voient sur la voie / Métro, c'est trop. » (Téléphone – Métro c’est trop – 1976)

On n’aime plus Paris comme par le passé. On dénonce la capitale et on la rejette. L’agressivité prend place face à la déshumanisation. Ce sont ces réalités-là, concrètes, vérifiés et toujours d’actualité, qui ont terni la belle image conquérante de la capitale et contrebalancé l’objectif premier du politique : faire de Paris la destination touristique la plus courue au monde.

Les changements se font toujours attendre. Dans les années 80 surgit le rock alternatif, celui de la Mano Negra, de Mano Solo (Allo Paris - 1993) ou des Négresses Vertes. La plupart de ces groupes sont issus de la mouvance punk. Ils chantent avec une rage bien éloignée des chansons « Rive Gauche » le malaise grandissant des quartiers, des murs de bétons gris qui brisent la vie et les espoirs. La confrontation est de taille entre chômage, drogue et sida. Rien n’est épargné pour cette jeunesse qui ne trouve aucun salut dans ce Paris devenu glauque à leurs yeux. Les sujets ne manquent pas et de là découlent des textes ambitieux et parfois littéraire : « Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs / Le patron a un flingue pour l'ingénu qu'en voudrait à la tirelire / Dans les chiottes les mots gravés sur les murs / Parlent de sexes géants d'amours et d'ordures ensemble / Ici chacun douc'ment oublie l'ombre d'une vie passée d'une femme de décombres / Dans ce cliché funèbre on cherche l'oubli d'un parfum d'une voix / On éteint l'impact encore brûlant de lèvres entrouvertes humides et douces. » (Pigalle - Dans la salle du bar tabac de la rue des Martyrs – 2003)

Finalement, on aime Paris comme on le déteste : « Je marche dans tes rues / Qui me marchent sur les pieds / Je bois dans tes cafés / Je traîne dans tes métros / Tes trottoirs m'aiment un peu trop / Je rêve dans tes bistrots / Je m'assoie sur tes bancs / Je regarde tes monuments / Je trinque à la santé de tes amants / Je laisse couler ta seine / Sous tes ponts ta rengaine / Toujours après la peine » (Marc Lavoine – Paris – 2001).

Ce qui est sûr, c’est que les chansons sur Paris continueront d’être au centre de nombreuses préoccupations, entre un bling-bling à la vision idéale, le regard tourné vers l’extérieur et un autre, replié sur lui-même, poursuivi par son lot de problèmes chroniques, Paris restera-t-il toujours Paris ? Ceux qui regardent la capitale de loin, loin de ses bruits et de ses rumeurs, la verront toujours comme un parc d’attraction et de distraction, pointant du bout de leurs doigts ses images vendeuses et pleines de sortilèges. En dehors de chanter l’amour, chanter Paris demeurera une source d’inspiration, une rime éternelle auprès de nombreux artistes d’aujourd’hui et de demain. Qui aujourd'hui encore peut en douter ?

Par Elian Jougla (Cadence Info - 08/2015)


RETOUR SOMMAIRE