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ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


TELEPHONE,
L’HISTOIRE D’UN GROUPE DE ROCK FRANÇAIS

Avec près de dix de carrière, plusieurs centaines de concerts, deux films et quelques millions d’albums vendus, le groupe Téléphone a été le plus important groupe que l’histoire du rock français a engendré. Retour sur ce quatuor Parisien qui a séduit autant que divisé les amateurs de rock.


LES DEBUTS DE CARRIERE

Quelle bonne idée pour un groupe que de se nommer Téléphone, n’est-ce pas ? Et quelle réussite ! Selon un sondage paru à la fin des années 90, pour 32 % des Français, le groupe Téléphone incarnait le rock français, avec une pointe à 41 % d’avis favorable chez les 25/34 ans.

La carrière commence sur les chapeaux de roues, par un point d’exclamation, car c’est sous ce sigle qu’ils se produisent le 12 novembre 1976 au centre américain du boulevard Raspail, à Paris. Ils sont quatre, jeune et un peu fou : Jean-Louis Aubert, dit « P’tit Lou », compose, chante et joue de la guitare. Auparavant, il a fait parti du groupe Masturbation - où il jouait de la batterie - et de Semolina, formation dans laquelle se trouvait le batteur Richard Kolinka, dit « Ritchie ». Le troisième larron n’est autre que Louis Bertignac. Il chante également, mais sa spécialité est de s’occuper des solos de guitare. Cet ancien accompagnateur de Jacques Higelin a appris la musique sur le tas. Il vient du groupe Shakin’Street tout comme la bassiste Corinne Marienneau qui est sa compagne. A l’époque de Little Bob Story, cette connivence dans un groupe de rock d’une âme féminine et de trois jeunes loups aux dents longues est un fait assez rare pour être souligné. Corinne tiendra sa place au sein du groupe avec beaucoup de réserve, mais saura toujours répondre présent quels que soient les événements qui se présentera à elle.



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TELEPHONE - METRO, C'EST TROP


Téléphone a un mot d’ordre : « On va tout changer ! ». Ce sont encore des gamins. La musique reste un jeu et si, lors des balances, ils se courent les uns après les autres, ils sont animés d’une passion commune : la musique rock. Les premiers temps, ils se constituent un répertoire classique avec des reprises des Stones et des Who ; un rock musclé qu’ils enrobent également de quelques chansons signées Aubert, et dont certaines deviendront à leur tour des classiques du rock français : Hygiaphone et Métro, C’est Trop. « On pourrait presque dire que ‘Hygiaphone’ est un mix de Chuck Berry et de je ne sais quelle chanson ‘réaliste’, c’est une adaptation viscérale » commentera J L. Aubert.

Téléphone a surtout construit sa réputation grâce à la scène et à travers les nombreuses tournées auxquels ils ont participées. La popularité de leurs chansons était devenue si importante qu’elles étaient capables de rivaliser en discothèque avec le disco, musique pourtant très en vogue à la fin des années 70. Le jeune public français attendait un groupe comme Téléphone depuis un certain temps. Contrairement aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, la France n’arrivait pas à produire un groupe rock d’exception, au ton personnel, à la musique simple et directe, et dans lequel la jeunesse puissent s’identifier. Il y a avait bien sûr des groupes comme Bijou, Bracos Band, Les Variations ou Ange, mais Téléphone, en plus d'arriver au bon moment, a su trouver la tonalité adéquate en concoctant des textes aux paroles simples qui vous éclate à la figure comme des « coup de poings ». Des chansons comme Métro C'est Trop ou Hygiaphone ne pouvaient que toucher le cœur et la sensibilité d'une jeunesse qui attendait, non sans une certaine impatience, que les choses bougent dans le pays.


LE TELEPHONE EST-IL BRANCHE ?

Téléphone qui s’est trouvé un nom, vole la vedette à Eddie and The Hot Rods au Pavillon de Paris et joue en première partie de Télévision à l’Olympia. Toutes les maisons de disques sont après ce groupe énergique, vivant, qui trouve facilement le contact avec le public et dont le noyau des fans ne cesse de grossir. Au sein du groupe chacun tient sa place. Tandis que Richard fait quelques facéties en faisant rouler ses baguettes entre les doigts de ses mains, Corinne joue son rôle à la basse le plus sagement possible ; et en réponse aux paroles chantées par Jean-Louis, Louis se lance dans un solo sans rechercher la surenchère. La signature du groupe Téléphone est de ne pas courir après la performance technique, mais sur l’efficacité d’un son, d’un esprit musical qui échauffe les âmes en fleurs.

En Août 77, seulement au bout d’une année d’existence, Téléphone signe le contrat le plus juteux jamais négocié par un groupe rock en France. Leur premier album est produit par un maître anglais Mike Thorne. L’enregistrement du disque sera bouclé en dix-sept jours et porte en lui le reflet d’une totale réussite en se vendant à 30 000 exemplaires en quelques semaines. Au bout de dix mois, il devient disque d’or. Hygiaphone rentre dans les hits et le groupe fait l’objet d’attention toute particulière de la part de la télévision française. Le réalisateur Freddy Hauser, producteur de l’émission "Juke Box" et grand amateur de musique rock, voit dans ce groupe un avenir plein de promesses et décide de filmer leur tout premier vidéo clip consacré à la chanson Métro, C’est Trop.

A la mi-décembre 77, Téléphone termine sa tournée en France par un concert gratuit à la Porte de Pantin devant un public en transes ; un moment rare dans le rock français que les quatre Parisiens savourent sans retenue. Les ados, souvent critique à l’égard d’un rock français qu’il rejette le plus souvent, trouvent dans les messages des chansons proposées par Téléphone un esprit contestataire qui leur convient parfaitement. Le groupe devient un véritable phénomène musical français et incarne à lui seul l’image du rock français. Leurs messages traversent la Manche, si bien qu’ils se produisent en Angleterre de février à mars 79 en première partie du vétéran Steve Hillage.

Coïncidence ou pas, toujours est-il que le second disque sera enregistré à Londres. Crache Ton Venin sort le 2 avril 79. Illico presto, l’album produit par Martin Rushent (The Stanglers) est bouclé en quinze jours. Les textes visent d’abord la révolte et les conflits sociaux ; des thèmes porteurs pour la majorité des adolescents : Fait Divers et J’suis Parti De Chez Mes Parents. Cependant ce sera la chanson La Bombe Humaine qui remporte tous les suffrages en se classant en France durant cinquante-trois semaines !

Août 79. Alors que le groupe vient d’enchaîner une suite de concerts depuis le début du printemps (un documentaire sera réalisé par Jean-Marie Périer et montrera des extraits des concerts au Palais des sports de Paris et à la Fête de l’Huma. Téléphone Public sortira en salle en juin 1980), le groupe fait la couverture de "Rock & Folk" en s’exposant nu, cachant leur intimité derrière de petits drapeaux français.

Au Cœur De La Nuit (1980) est le troisième opus du groupe. Les succès fleurissent et les chansons d’Aubert continuent, malgré la simplicité de quelques textes, d’alimenter certains discours « gauchisant », comme avec Argent Trop Cher qui traduit la mainmise des finances sur l’individu. Cet Argent Trop Cher devient l’hymne des lycéens et des collégiens. D’autres chansons de l’album feront mouches : Seul, Ploum Ploum. Vu le contexte et les orientations politiques du groupe, il n’y aura rien d’étonnant à ce que Téléphone se produise avec Jacques Higelin le jour de l’élection de François Mitterrand en 1981 pour un concert Place de la République à Paris.

Eté 81, le double album en public Téléphone en Concert propose des extraits du concert de Saint-Ouen du 18 février. Le 28 août, le Club des Cinq (le groupe plus son fidèle manager François Ravard) joue au Festival de Reading en Angleterre avec un autre groupe de rock français déjà très couru, Trust. Mais Outre-manche, la prestation des deux groupes n’arrivera pas à convaincre les 30 000 spectateurs présents. En décembre de la même année, Téléphone s’envole pour Toronto enregistrer Dure Limite

Le producteur Bob Ezrin, qui a travaillé avec Pink Floyd et Lou Reed, tire le maximum des français. Dure Limite sort en juin 82. La chanson-titre est prenante, Ex-Robin Des Bois également, mais en définitive le tube sera Cendrillon, une compo de Bertignac qui tient plus d'un rock "guimauve", voire aseptisé que provocateur. Les temps changent, peut-être ? Pourtant, le journal "Le Monde" participe à la célébration du groupe devenu une institution rock : « Jean-Louis Aubert est le premier à avoir donné à la langue de Molière le rythme de celle de Shakespeare, sans jamais céder à la facilité d’utiliser les mots anglais… » On n’ose croire à l’incroyable. Au royaume du rock, la langue française s’imposerait-elle ? Quelques jours plus tard, Téléphone se produit « en invité exceptionnel » en première partie des Rolling Stones à l’hippodrome d’Auteuil, à l’invitation de Mick Jagger, qui avait entendu cinq ans plus tôt une maquette du quintette lors d'une visite aux studios EMI de Boulogne-Billancourt en vue de l’enregistrement de Some Girls des Stones.


UN AUTRE MONDE

En février 83, Dure Limite dépasse les 500 000 exemplaires diffusés. Le 2 octobre, une nouvelle tournée française est mise en route dont l’apothéose se déroulera à l’hippodrome de Paris le 5 novembre. Téléphone conserve toujours en lui cette image positive du groupe rock simple, sans prétention, qui se donne à fond sur scène. Le double album public Live 85 renvoie parfaitement cette image là, celui d’un groupe aguerri à la scène, qui a construit sa réputation grâce à elle. Pourtant...

Pourtant Téléphone est déjà un groupe fatigué, déçu de ne pas avoir rencontré en dehors de l’hexagone un public conquis. La tournée inaugurée en 1982 et qui a permis au groupe de donner des concerts en Allemagne, en Italie ou aux Etats-Unis ne rencontre qu’un succès mitigé. La langue française semble être le mur infranchissable. Pour Aubert et ses compagnons, rien n’est plus comme avant. L’album Un autre monde (1984) reflète bien cette mélancolie d’une autre époque, plus galvanisante et stimulante. Quand ils entamont leur dernière tournée mondiale, ils se verront que très rarement en dehors des concerts. Sur scène, le plaisir de jouer ensemble devient difficile. On ne parle pas de tension, mais cela y ressemble assurément !

Quelques temps avant la sortie de Un Autre Monde, Aubert est cloué chez lui par une infection rénale. C’est dans ses circonstances qu’il découvre l’utilisation des synthétiseurs et qu’il compose dans un rêve cet Autre Monde. Pour l’enregistrer, la formation hésite entre l’un des producteurs des Stones, Glyn Jones, et Steve Lillywhite, celui des premiers albums de U2. Finalement, c'est Glyn Jones qui est retenu. Ce dernier leur confére un son doté d'une intensité remarquable, comme dans la chanson éponyme où le solo de Louis Bertignac fera preuve de toutes les attentions avec ses prises successives.

Le titre Un Autre Monde fait l’objet de deux clips ; un premier réalisé sur des images d’Enki Bilal, le dessinateur, et un second en noir et blanc tourné dans le métro aérien par Jean-Baptiste Mondino (« C’est un autre Mondino », diront les aficionados). Signe des temps, Un Autre Monde met cinq mois à démarrer. Grâce au clip de Mondino, il rate de peu la première place du Top 50, créé récemment. Michel Rocard en fera plus tard sa chanson de campagne électorale. « Cette chanson a été souvent mal comprise puisqu’il s’agissait en fait pour moi de faire le ménage dans ma tête, de balayer devant ma porte, mais surtout d’arrêter de rêver et de retrouver la réalité » (Aubert).


TELEPHONE - UN AUTRE MONDE


Les fans remarqueront également sur le même album la chanson Le Garçon d’Ascenseur mais aussi Les dunes. Dans cette chanson, le texte de Jean-Louis Aubert prête à confusion ou plutôt sonne comme un avertissement : « L'un court le monde, cherche une blonde / L'autre écrit sa vie, dans une chambre sombre / Un autre est magicien, change tout de ses mains / De ce qu'ils font demain, nul ne sait rien / Qu'ont-ils en commun / Si ce n'est que rien ne leur ressemble. » .

En septembre, au Zenith de Paris, le quatuor parisien fait un malheur, mais à Montpellier, sur le plateau de la chaîne locale FR3, une bagarre éclate entre Richard et Jean-Louis. La tournée qui suivra cet événement cherchera à faire oublier cet accident facheux, mais les Rolling Stones français, après des répétitions sans résultat en septembre 85 en vue d’un nouvel album, puis d'un single fin 85 (Le jour s’est levé), raccroche officiellement le 21 avril 86, au moment où le groupe allait fêter son dixième anniversaire. « La magie n’y était plus ! » confesse alors Aubert. Au moment de faire les bilans, Téléphone a alors vendu trois millions d’albums dans l’hexagone, et seulement plus d’une trentaine de milliers d’exemplaires à l’étranger. Un contraste saisissant qui en dit long. Indochine et Bijou viendront prendre la place encore chaude de « groupe de rock français le plus populaire », bientôt remplacés par la Mano Negra. Une page de l’histoire du rock venait d’être tournée.

Par Elian Jougla - 12/2014


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