ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


SYNTHÉTISEURS ET ROCK COSMIQUE

Dès que Robert Moog fait découvrir le synthétiseur aux musiciens de rock en 1969, l’instrument commence à s’imposer dans les productions musicales avant-gardistes. En Allemagne, Minimoog et Polymoog seront à la fête tout comme l’ARP 2600 et l’AKS au sein d’un mouvement établi à l’aube des années 70 : le rock cosmique.


LE “ROCK PLANANT” ALLEMAND, DE KRAFTWERK À TANGERINE DREAM

Dans les années 70, la jeune école allemande est la première à offrir un panorama aussi complet dans le domaine des synthétiseurs. Pourtant, sa haute technicité gêne parfois l'amateur de musique acoustique, ce qui peut s’expliquer de la façon suivante : si un violon, un piano, une harpe, etc. sont constitués d'éléments naturels et construits selon un certain empirisme, le synthétiseur, par contre, est élaboré à partir de composants fabriqués de toutes pièces et assemblés selon une technique qui relève des mathématiques, de la physique et de l’électronique… ce qui fera dire que le synthétiseur n’est pas un instrument naturel. Cependant, la haute technicité des studios d'enregistrement et des ingénieurs d’Outre-Rhin passera outre ce genre d’avis pour offrir aux musiciens des débouchés dans le domaine de la création artistique ; un épanouissement original de la bien nommée rigueur germanique.

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© flickr.com - Kraftwerk en concert à Helsinki (2018)

À l'époque des premières réalisations de musique électronique, les recherches musicales s'effectuent davantage sur les équipements que véritablement sur la partition pour une question d'interprétation, et les studios de Düsseldorf ne sont encore que des laboratoires de recherche sonore d'où émanent les sons les plus inquiétants. Quelques années plus tard, quand survient les premiers synthétiseurs modulaires, une jeune garde férue de technologie se rencontre autour d’une même musique hâtivement qualifiée de planante. Des groupes vont naître et inonder le marché du disque de Ieur production...

On songe tout de suite à Kraftwerk, véritable institution au cœur de la musique électronique. À l'origine, cinq musiciens passionnés d’électronique, mais aussi influencés par les musiques de Terry Riley, de John Cage et du Pink Floyd naissant.

Dès Ieur troisième enregistrement intitulé Autobahn, l’arrivée des musiciens Ralf Hütter et de Florian Schneider impose un changement radical d'orientation au groupe et dont la définition pourrait s'apparenter à "créer une musique qui s’intègre à un environnement industriel composé de béton et de plomb, mais qui s'évade de cet univers suffocant à travers le lyrisme futuriste de I'électronique".

La machinerie mise en œuvre pour atteindre la perfection est impressionnante (voix humaine synthétique, boîte à rythmes, light-show...), cependant elle souffre d'une prestation scénique limitée. Néanmoins, les titres Radioactivity et Trans-Europ-Express restent encore des pièces maîtresses dans la production musicale du rock allemand. La qualité de la prise de son, les trucages extraordinaires et Ies clichés musicaux qui émanent de la musique de Kraftwerk comblera I’amateur de sensations stéréophoniques et d'impressions cosmiques.


TANGERINE DREAM : 'STRATOSFEAR' (1976)

D’autres formations vont également s’illustrer dont le remarquable Tangerine Dream qui distille ses Iongues plages répétitives au moyen d'une programmation élaborée et sur laquelle interviennent parfois des sons de guitares et de piano acoustique. Les trois musiciens se complètent idéalement tout comme leur équipement qui produit un son léger, spatial et fascinant.

Tangerine Dream produira une musique qualifiée de « parapsychologique », à l'instar de leur compatriote Klaus Schulze qui fait naître le rêve et l'hypnose via ses gimmicks électroniques. Que ce soit avec GO (un des derniers supergroupes) ou tout seul, Klaus Schulze étire, superpose et manipule les plus subtiles harmonies. Cela paraît évident, alors qu'en vérité le télescopage des sons associés à des pièces qui peuvent durer plus de 20 minutes ne l’est point ! Tout comme Tangerine Dream, la musique éthérée de Schulze reçoit un accueil chaleureux auprès du jeune public allemand, mais aussi français.

À travers ce rapide survol, mentionnons aussi l'échappée belle de Peter Baumann (un autre membre de Tangerine Dream) qui poursuivra une carrière solo et la créativité de Manuel Gottshing, nouveau venu dans ce rock allemand et qui rejoindra Klaus Schulze et Hartmut Enke pour fonder Ash Ra Tempel. Original et fascinant, son travail restera de premières forces.


KLAUS SCHULZE : 'MINDPHASER' (1976)


L’EXPÉRIENCE OSÉE DE JEAN-MICHEL JARRE

En France, les musiciens suivent les transformations apportées par le synthétiseur avec un certain intérêt. En particulier, cette bouffée d'oxygène que nous fait respirer Jean- Michel Jarre et qui apportera un résultat encourageant à son expérience osée. Fils du compositeur Maurice Jarre, mis en contact avec l'Opéra de Paris, mais aussi avec le show-business en écrivant pour Patrick Juvet ou Christophe, Jean-Michel Jarre décidera de poursuivre sa carrière artistique vers la réalisation d'une œuvre en solitaire.

La composition et la production de l’album Oxygène témoigneront de la maturité d'un jeune talent avec ce désir, ce besoin de vouloir dessiner une nouvelle musique en solitaire, en étant cerné par un arsenal de claviers. Jarre remet en harmonie la respiration de toute une époque ; les ficelles sont nombreuses, faciles parfois, mais à I'écoute du disque, un sentiment de détente et de bien-être émerge. Le succès sera fulgurant sur tout le marché européen.


JEAN-MICHEL JARRE : 'OXYGÈNE' (part IV) - 1976

Pour conclure, si le synthétiseur s'est d'abord imposé en nous offrant ses longues plages planantes, sa capacité à éblouir et à repousser les limites a surtout permis à des groupes et artistes consacrés d'élargir leurs horizons. De Eno à Vangelis en passant par Yes, Alan Parsons où Emerson Lake and Palmer, l’introduction du synthétiseur dans les formations pop et rock a bouleversé les codes de la musique populaire contemporaine, ce qu'aujourd'hui attestent les diverses musiques électros sans rencontrer d’oppositions significatives.

Par D. Lugert (Cadence Info - 03/2022)
(source : J. Sanjuan - '10 ans de synthétiseur')


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