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BETTY DAVIS BIOGRAPHIE. DU FUNK ET DES TEXTES SULFUREUX

Ancienne mannequin et ex-épouse du compositeur et trompettiste de jazz Miles Davis, la carrière discographique de Betty Davis prendra le chemin de la musique funk. Songwriter dans l’âme, l’écriture de chansons sera pour elle le point de départ d’une courte carrière explosive au cœur des années 70. Débarquant dans un Harlem en pleine ébullition de la blaxploitation, Betty Davis, à cause de ses tenues provocatrices et de ses textes osés, allait dynamiter bien avant Madonna, Lady Gaga, Rihanna ou Beyoncé l’image de la chanteuse sexy, mais aussi l'image de la femme noire émancipée, libre de ses choix.


BETTY DAVIS, DU MANNEQUINAT À LA CHANSON

Cette chanteuse au tempérament survolté est restée pendant longtemps une énigme pour un grand nombre de personnes. Avec sa féminité auréolée de mystère, sa coupe afro, ses bottes dorées et son mini short à paillettes, Betty Davis a embrasé la scène de sa puissante musique funk comme personne.

Sa carrière discographique fort courte (1973-1976) va néanmoins laisser des traces. Après avoir publié un premier album éponyme, Betty Davis obtient en 1974 une certaine renommé avec le titre They say I’m différent. Auteure de la plupart des chansons qu’elle interprète, produit et arrange, c'est avec l’album suivant, le fougueux Nasty Gal, qu'elle créera une sensation épidermique en contenant des textes encore plus osés.


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© Just Sunshine - Pochette du disque 'They say I’m différent'

Enfant, Betty Davis - née Betty Mabry en 1945 à Durham, en Caroline du Nord -, grandit aux sons de la musique blues. Dans la ferme de sa grand-mère à Reidsville, elle écoute Elmore James, B.B. King et Jimmy Reed. Grâce aussi à un père mélomane, son amour pour la musique ne va pas cesser de grandir et se manifestera chez elle comme une pulsion indicible qu’elle tentera d’exprimer à travers la chanson dès son plus jeune âge (à 12 ans, elle écrit « I’m going to bake that cake of love »).

À 16 ans elle découvre le New York des années 60, celui du quartier résidentiel de ‘Greenwich Village’ dont elle s’imprègne culturellement avant de fréquenter, à l’âge où l’on devient étudiant, un club branché du centre-ville, le Cellar, un lieu où se rassemblent des jeunes et des gens BCBG. C’est durant son long séjour à New York qu’elle fera des rencontres enrichissantes dans le milieu musical, notamment en se liant d'amitié avec le guitariste Jimi Hendrix et avec Sly Stone, le futur leader du groupe 'Sly and the Family Stone'.

Alors qu’elle gagne sa vie en étant vendeuse ou secrétaire, Betty Mabry continue d’écrire des chansons. Sa grande amie, la chanteuse soul Lou Courtney, produit son premier single, The Cellar, en 1964. Toujours sous son véritable nom, elle enregistre Get ready for Betty et I'm gonna get my baby back la même année pour 'DCP International' et constitue également un duo avec Roy Arlington, « Roy and Betty », d’où jaillira un single intitulé I'll be there. Toutefois, le premier « crédit majeur » de sa carrière musicale sera d’écrire Uptown in Harlem chanté par The Chamber Brothers en 1967, une chanson qui rencontrera son public.

L’autre atout pour Betty, et non des moindres, est de posséder un physique élancé, une fine silhouette. Son allure gracieuse lui permet de décrocher quelques contrats comme mannequin et de prendre place lors de quelques défilés de mode à New York et à Londres. Son image de jeune femme afro-américaine épanouie se propage aussi dans quelques magazines : Glamour, Ebony, Seventeen...


BETTY DAVIS : 'IF I'M IN LUCK I MIGHT GET PICKED UP' (1973)

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UN PREMIER ALBUM ÉPONYME…

Tout en prolongeant son activité de mannequin - même si elle sait déjà que ce travail ne durera qu’un temps - Betty Mabry, qui est devenu entre-temps Betty Davis pour s’être mariée avec le trompettiste Miles Davis, envisage de se lancer sérieusement dans une carrière de chanteuse.

En 1971, à son retour dans la belle ville de San Francisco où l’attend son nouveau boyfriend, Michael Carabello, un ex-percussionniste du Santana Band, Betty rencontre par son intermédiaire d’anciens membres du groupe Sly and the Family Stone : le bassiste Larry Graham et le batteur Greg Errico. De son côté, elle a conservé du séjour passé à New York de nombreux contacts dans le milieu artistique qu'elle va mettre à profit pour trouver les autres musiciens avec lesquels elle doit enregistrer son premier disque. Outre Larry Graham et Gregg Errico, on y trouve le guitariste Neal Schon du groupe Journey, Greg Adams de Tower of Power et même le célèbre chœur des Pointer Sisters.

Ce premier album éponyme est parcouru par une musique funk majoritairement violente et agressive. Dans If I'm in luck I might get picked up ou Walking up the road, on perçoit dans la voix de Betty des intonations qui font penser à Janis Joplin, Tina Turner et même à Nina Hagen. Ce punch, qui caractérise sa voix mais aussi sa nature profonde, s’accompagne de textes sensuels et provocants flirtant avec le « X », et qui ferait rougir de honte Millie Jackson : Anti love song, Steppin in her I. miller shoes.

Malgré la production et la conviction apportée par Betty et tous les musiciens présents, ce premier disque ne rencontre pas le succès escompté, pas plus que les albums suivants : They say I’m different en 1974 et Nasty Gal en 1975, dernier album studio en date de sa courte carrière (si l’on excepte rétrospectivement Is It Love or Desire enregistré en 1976 mais publié en 2009). Un rejet qui, avec le recul, apporte aujourd'hui un autre éclairage, autrement symbolique, sur ses chansons et sur la musique afro-américaine produite à cette époque charnière.


BETTY DAVIS : 'THEY SAY I'M DIFFERENT' (1974)

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DE LA RENCONTRE ENTRE BETTY ET MILES DAVIS

C’est en 1966 que Betty rencontre pour la première fois le trompettiste de jazz Miles Davis au cours d’une « party ». Miles est de 19 ans son aîné, mais leur flash réciproque fait tomber bien des barrières. Le trompettiste qui venait de se séparer de sa première femme, la danseuse Frances Davis, commençait à fréquenter Betty jusqu’au jour où la décision de se marier fût prise : « Je suis allée chez lui, j’ai sonné à la porte, j’ai chassé la pauvre fille qui était là et je l’ai épousé ! » dira-t-elle.

Célébrée en septembre 1968, leur union ne durera qu’une seule année. Miles estimait que le tempérament de sa jeune femme était « trop écervelé », sans compter les quelques aventures extraconjugales qu’il soupçonnait et qui avait réveillé en lui sa jalousie maladive. Miles et Betty divorcèrent. Toutefois, Miles reconnaîtra quelques années plus tard que Betty avait été d’une grande importance du point de vue artistique en l'initiant aux modes et tendances musicales de l'époque. « Elle était vraiment branché sur la pop-music d’avant-garde. Elle m’a fait découvrir la musique de Jimi Hendrix, puis Jimi lui-même. » raconte dans son autobiographie le trompettiste de jazz.

Grâce à Betty, Miles passera d’un jazz acoustique à un jazz électrifié pompeusement nommé jazz-rock ; sa découverte de Jimi Hendrix, du rock psychédélique et du funk débridé de Sly (and the family Stone) lui ayant servi de repère pour construire sa nouvelle orientation musicale ; une orientation que l'on perçoit d’abord à travers l’album de transition Filles de Kilimandjaro (1968), puis avec plus de véhémence dans Bitches Brew (1970) où sa trompette électrifiée résonnera de plus belle.

BETTY DAVIS : 'YOU AND I' (1975)

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UNE DÉTONATION MUSICALE POUR PRESQUE RIEN

Si Betty Davis est restée une figure culte en tant que chanteuse, c’est en partie à cause de son attitude sexuelle qui était provocante, voire offensante pour l'époque. En Europe, la chanteuse rencontrera un certain succès mais pas aux États-Unis où son personnage sexuellement transgressif l’interdira des plateaux télévisés. De même, à cause des textes, ses chansons ne devaient pas passer à la radio sous la pression exercée notamment par certains groupes religieux et l’organisation américaine de défense des droits civiques, le NAACP.

© Vamp Soul - Pochette du disque 'This is it !'

Pour ceux qui l’ont bien connu, Betty Davis était une personne indomptable à l’image de son chant « éruptif ». « Elle ne pouvait être apprivoisée. Musicalement, philosophiquement et physiquement, elle était extrême mais aussi attirante » dira le guitariste Carlos Santana. Après quelques sessions d'enregistrement en 1979 qui verront le jour bien des années après (Crashin' from passion en 1995 et Hangin' out in Hollywood en 1996), Betty Davis devait arrêter sa carrière artistique. En quelques mois, l’étoile filante du funk s’était éclipsée sans bruit.

Contrairement à d’autres artistes, Betty Davis n’a jamais tenté de faire un quelconque come-back. « Elle appartenait à la sphère culturelle et créative d’Andy Warhol et de Miles Davis, raconte le chroniqueur Oliver Wang, et quand elle a quitté l’industrie musicale, son nom a aussitôt disparu. »

Aujourd’hui, l’artiste solitaire, coupée du monde, est devenue un être mythique. « Ce qu’elle faisait sur scène, toute femme rêverait de le faire », dira une de ses amies. Pourtant, du temps où sa carrière artistique était en pleine ascension, la star éphémère du funk ne devait accorder que fort peu d’interviews dans les médias pour s'en expliquer. À la question qu’un journaliste qui se demandait pourquoi elle se faisait rare, Betty Davis répondit : « Les gens ne voient que la surface de l’industrie de la musique, sans savoir comment ça se passe. Ce n’est pas toujours glamour, il n’y a pas que le côté paillettes... Il y a beaucoup de souffrance aussi. » »

Depuis bien des années la septuagénaire vit tranquillement dans un modeste appartement situé à Pittsburgh en Pennsylvanie. Ce qu’elle souhaite surtout, c’est qu’on ne lui parle plus de son bref passage dans l’industrie du disque. Pour elle, la page artistique est tournée depuis fort longtemps, même si l’émotion et la pudeur de se raconter ne vous quittent jamais vraiment.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2020)


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