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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LA CRISE DU DISQUE : LES PETITS LABELS ET LE STREAMING

Cette page est la suite de : L’INTERNET ET LA CRISE DU DISQUE - Part 1

QUAND LES PETITS LABELS SONT EN PERDITION

Les premiers à avoir subi la crise du disque, ce sont bien les petits labels indépendants. Pour ces petites structures composées de trois ou quatre personnes, voire moins, le binôme économique est ici le même qu’ailleurs, constitué de l’imparable combinaison de l’argent et du savoir-faire.


Depuis l’avènement d’Internet, de nombreux petits labels ont disparu ou sont en passe de l’être. Or, ce qui constitue leur caractéristique principale, mais également leur force, c’est de promouvoir la diversité culturelle. De nombreux artistes, hier inconnu, ont réussi à s’extirper des griffes de l’anonymat grâce à leur prise de risques et à leur ‘intuition’.

Ces petites structures ont un secret : la persévérance. Leurs dirigeants sont des passionnés, d’anciens musiciens professionnels ou des ingénieurs du son reconvertis qui, pour une réussite commerciale, font souvent face à de nombreux échecs. Ils ne courent pas après l’Eldorado. Ils ne jouent pas dans la cour des grands et ils le savent. Leur constat est simple : proportionnellement, tandis que les chanteurs et les groupes deviennent plus nombreux que par le passé, le nombre d’acheteurs de CD devient moins important. Côté chiffre, quand hier un petit groupe vendait avec peine 5 000 albums, il doit aujourd’hui se contenter de 200 unités. Les maigres sommes récoltées sont souvent réinvesties. C’est pourquoi, face à ce petit jeu digne des plus grands boursicoteurs, le téléchargement illégal est devenu rapidement un adversaire dangereux.


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La Toile, qui n’est pas exempte de reproches, a créé ou du moins amplifié la volatilité des artistes. La carrière est souvent éphémère, et la crise économique qui est passée par là a justifié tous les écarts de conduite. La consécration de l’artiste est devenu un chemin très difficile. Les producteurs misent de moins en moins sur les jeunes talents. La création est en berne, au point que des émissions télévisées sont spécialement créées dans le seul but de détourner l’attention en lançant deux ou trois jeunes artistes, quand des dizaines d’autres attendent patiemment derrière la porte. Les talents ne manquent pas, mais la frilosité générale, même chez les majors importantes, laisse songeur : ‘On vise le disque d’or, pas moins, sinon, ce n’est pas très intéressant !’ Alors, adieu les petits groupes pleins de promesses, les chanteuses lolitas aux voix d’or… ‘Mais n’hésitez pas à revenir, on ne sait jamais !’

Aujourd’hui, peu d’artistes se targuent de vendre des disques en le proclamant haut et fort. Ils ne s’y risqueraient pas, sachant que le présent annonce déjà ses incertitudes. Alors, ils préfèrent s’en remettre aux médias. C’est eux qui divulgueront leur vente, leur ‘puissance économique’, dans un article de presse entre deux questions ou à l’occasion d’une remise de prix.


LE RETOUR DU DISQUE VINYLE

L’époque glorieuse du marché du disque vinyle est bien finie. Pourtant, il y a quelques années, aux États-Unis, un soudain engouement pour ce genre de support a vu le jour, suivi peu de temps après par l’Angleterre. La France semble vouloir suivre le même chemin. Serait-ce un phénomène de mode ? Peut-être bien ! Ce support, que l’on croyait à tout jamais perdu, attire depuis peu la jeune génération des 15/25 ans qui découvre là un univers passionnant, digne d’intérêt. Aussi, pour relancer la vente, des disques collectors sont pressés régulièrement. C’est l’occasion pour quelques nouveaux labels comme Sunday ou Norton d’exhumer quelques versions rares ou des inédits en petites quantités, ce qui stimule, d’une certaine façon, l’appétit du collectionneur et de l’amateur de musique.

Bien que la vente des disques vinyles ne représente qu’un pourcentage infime, quelques artistes jouent le jeu de temps en temps en contribuant personnellement à cette flambée soudaine : Gotan Project, Catherine Ringer, Benjamin Biolay… Ce come-back du disque vinyle est une aubaine pour les disquaires indépendants, une chance qu’ils savent toujours mettre à profit quand les majors et les petits labels s’y intéressent.


LA RECONVERSION DU DISQUAIRE INDÉPENDANT

Le disquaire indépendant possède le profil idéal quand un passionné de musique est à la recherche de la bonne affaire, de l’enregistrement rare. Malheureusement, la majorité des disquaires indépendants a été dans l’incapacité de se battre face au profit de la grande distribution. Aujourd’hui, ils sont un peu plus d’une centaine en France. Un nombre bien dérisoire comparé aux 3 000 qui étaient présents au début des années 80. Cette agonie inexorable explique l’engouement suscité par les foires aux disques, véritable marché à ciel ouvert où se croisent chineurs, collectionneurs et amateurs de musique.

Aujourd’hui, les disquaires indépendants se sont diversifiés. Pour vivre (ou survivre) de leur passion, ils ont dû devenir de véritables spécialistes. La plupart des magasins portent la signature d’une époque, d’un courant musical. A l’étalage, ce ne sont pas seulement des disques que le client peut acheter, mais également des livres, des bibelots, des posters, des fringues… Tout un tas de produits dérivés en parfait accord avec l’enseigne de la petite surface.

Là comme ailleurs, l’Internet a provoqué des changements. De nombreux disquaires indépendants ont misé sur l’éclosion du commerce en ligne. Vous recherchez de l’electro, du rock psychédélique, du metal, mais peut-être aussi du baroque ou une musique de films introuvable, Internet répond présent grâce à son hyper-spécialisation. Mais attention, sur la Toile, les disquaires ne sont pas de banals commerçants. Dans leurs boutiques, les Internautes ont la possibilité d’échanger leur point de vue, de poser des questions. Parfois, ce sont même de véritables cercles d’amateurs qui se développent.


STREAMING ET TÉLÉCHARGEMENT LÉGAL

Aujourd’hui, si les ventes de CD se sont à peu près stabilisées, c’est grâce à l’essor du téléchargement légal. Pour les ayants droit et tous les autres bénéficiaires, la vente en ligne tente de rétablir une équité, même si l’acquisition d’un fichier n’a pas la même saveur qu’un CD ou qu’un disque vinyle pour son possesseur. En France, grâce au téléchargement payant, les ventes d’albums ont doublé, tandis que celles des titres à l’unité ont progressé de moitié. Les économistes prévoient une part égale des ventes entre support numérique et support physique d’ici 5 ans. Les professionnels fondent ainsi beaucoup d’espoir sur le téléchargement payant et le streaming.

Le concept du streaming légal est simple. Il permet d’écouter pour quelques euros de la musique autant de fois qu’on le désire sans la télécharger (ou sous-conditions, suivant les plate-formes). A notre époque où les outils nomades fleurissent un peu partout sur la planète, le streaming est un bon moyen pour vulgariser la musique à grande échelle et à moindre coût. Finie (ou presque) la distribution de porte à porte. Les majors semblent aujourd’hui avoir compris cette évidence-là !

Le plus difficile dans cette approche économique est de convertir l’idée du tout gratuit en idée du tout payant pour accéder à un service sur Internet. La musique est, de toute évidence, directement concernée par ce problème-là. Rappelons que c’est à cause d’elle que les premiers problèmes de piraterie à grande échelle ont vu le jour. Actuellement, l’entreprise suédoise Spotify semble remporter tous les suffrages en conservant une longueur d’avance sur ses concurrents. Avec plus de 10 millions de chansons téléchargeables, l’exigence est de mise et le choix gigantesque. Le catalogue est en Peer to Peer et il faut télécharger un petit logiciel sur son ordinateur, comme autrefois. Pour le moment, Spotify est accessible dans huit pays, dont la France (à noter que le téléchargement n’est pas sous la fameuse ‘licence globale’, même si cela y ressemble).

Grâce à cette ‘formule’, personne n’est perdant. Le consommateur trouve un nombre considérable d’œuvres à un prix très bas et les artistes profitent d’une image valorisante à grande échelle qui ne peut que les satisfaire. Quant aux maisons de disques, elles non plus n’ont pas été oubliées, puisqu’elles perçoivent une rémunération en fonction du nombre des écoutes. Reste que le ténor des sites de téléchargement impose ses exigences, des conditions difficiles qui étranglent les petits labels indépendants. Pour ces derniers, ce sera soit suivre le train en marche, soit mourir à brève échéance !

Spotify a ouvert une brèche, mais ce n’est qu’un début. De sérieux concurrents n’ont pas attendu l’essor de Spotify pour réagir. Ils sont déjà là, jouant des coudes pour obtenir une part de marché plus importante. Ils s’appellent Apple i’Tunes, Qobuzz, Fnac, Amazon, Starzic, Emusic, pour le téléchargement, et Music Me, Deezer, pour le streaming (et le téléchargement). La voracité commerciale faisant rarement preuve de retenue, il faut s’attendre à ce que d’autres plates-formes de téléchargement proposent d’autres approches, peut-être encore plus révolutionnaires… Avec Internet, il ne faut être surpris de rien !

Par Elian Jougla (06-2012)


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