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LE DISQUE VINYLE SERAIT-IL ÉTERNEL ?

Le disque noir a-t-il vraiment disparu ? Non ! Car la ‘culture clubbing’, née de la vague disco des années 70, va le relancer. Le rap puis ensuite la techno vont être là pour apporter au vinyle un nouvel essor… Cette page fait suite à LE RETOUR DU DISQUE VINYLE, OBJET DE COLLECTION.


DANCEFLOOR ET DJ

Le disque noir a-t-il vraiment disparu ? Non ! Car la ‘culture clubbing’, née de la vague disco des années 70, va le relancer. Le rap puis ensuite la techno vont être là pour apporter au vinyle un nouvel essor…


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Dans les années 90, le DJ va être le lien fédérateur de ce changement. Il ne va plus se contenter d’être un acteur passif, enchaînant mécaniquement des disques les uns après les autres, mais être bien plus que çà ! Il devient un spécialiste, un expert des ‘dancefloor’.

Il devient le responsable des nouveautés qui passent dans la sono. C'est lui qui choisit les vinyles dignes d'intérêt. Ce sont ceux-là qui feront danser la foule et pas d'autres ! Les disques sont livrés nus ou presque avec une simple pochette blanche, parfois sans le nom de l’artiste, et en très petites quantités. Il fera avec, car question choix, rien n'est plus pareil. A cette époque, les petits labels se multiplient, et les artistes s’autoproduisent avec un esprit farouchement indépendant et marginal.

C’est grâce aux platines DJ que la magie vinyle se réinvente. Elles permettent de jouer sur la vitesse de la musique et épousent les bases du mix moderne. Des échantillons sonores sont choisis par le DJ pour prolonger la musique et l’accorder aux plaisirs des danseurs. Le hip-hop naissant développe toute une batterie de jeux et d'effets, à commencer par le scratching et le ‘juggling’, technique qui impose l’utilisation de deux platines pour décupler le nombre d’échantillons et les audaces rythmiques qui y sont associés. Historiquement et techniquement, la jeunesse du hip-hop se trouve donc là, dans les sillons du vinyle.

Chaque DJ développe sa propre recherche, son style, en écoutant durant des heures de très nombreux disques pour ensuite sélectionner, extraire, mettre en boucle et mixer les échantillons sonores retenus. La culture du sample est née. Elle s’immortalise. La musique n’est plus un film qui se déroule, mais une succession d’images arrêtées, qui va d'avant en arrière et inversement. Le hip-hop est la caricature de ce principe, de cette vision, en collant et en rassemblant par petits bouts des rythmes et des mélodies de quelques secondes. Avec le hip-hop et le sample naissent aussi les premiers procès d’intention pour violation des droits d’auteurs, procès qui seront réduit le plus souvent à des simulacres face aux intérêts économiques suscités par l’essor de cette nouvelle musique.

Entre les doigts du DJ, le vinyle devient une arme de création sonore où se mêle une part d’improvisation et une part de réflexes acquit par l’expérience et l’observation. Les années 2000 consacrent la démocratisation du ‘djing’ avec des avancées technologiques considérables. Tout change. Les DJ n’ont plus besoin du vinyle pour mixer. L’informatique est là avec ses logiciels, et Internet offre des possibilités de téléchargement en masse. Le paradis, quoi ! Diront certains.


LE PARADOXE VINYLE

Le côté numérique offre des avantages flexibles : production, restitution, rapidité. Les DJ d’aujourd’hui n’utilisent que très rarement les vinyles. Les ordinateurs et les fichiers les ont remplacés avantageusement. L’heure est à la généralisation des logiciels de simulation qui permettent de faire comme avec du vinyle, mais avec les avantages du numérique. Boucles, effets, inversions, synchronisation automatisée, tout est possible avec une efficacité indéniable. Le DJ joue à « l’apprenti musicien » en créant des œuvres sonores dans un esprit live.

Serait-ce alors une mauvaise nouvelle pour l’évolution du vinyle ?

Pas vraiment, car la production musicale actuelle est loin de satisfaire tout le public, DJ compris. Le vinyle va obtenir sa revanche avec les sorties uniques, sans CD à la clé… L’objet est précieux et joue la séduction. Face à la toute puissance d’Internet et à ses dérives, le vinyle n’a pas le choix. La musique dématérialisé a provoqué chez les gens, comme chez les artistes, des attitudes incontrôlées très néfastes dans le rapport avec la création. Pour faire face, le vinyle doit faire preuve d’originalité. Il doit être en mesure de démontrer sa différence et proposer le petit plus indispensable.

Le premier contact que l’on a avec un disque vinyle est visuel. Avant d'écouter le contenu, c'est la pochette qui doit faire mouche. Support affectif, support glamour, elle doit attirer l’œil avec son format 30x30, idéal et passe-partout. La pochette, on la touche, on la regarde, on la lit et on la relit à l’occasion d’une nouvelle écoute. Dates, personnels, textes, photos, rien n’y manque ! Le vinyle remet la musique dans son vrai contexte, la vie. Il n'appartient pas au monde virtuel, mais celui bien réel des objets. Prendre soin d’un disque est un rituel, c'est respecter la 'chose' et à travers lui, la musique. Le disque vinyle, c’est l’anti-zapping ! Il ne dessert pas l’artiste, mais au contraire conditionne une façon plus naturelle d’écouter la musique.

Sa pochette est capable de transformer le salon en exposition permanente. Déjà dans les années 60, des artistes comme Andy Warhol, un des grands maîtres du pop-art, avait signé la fameuse banane du Velvet Undergound avant d'immortaliser plus tard un jean moulant (album Sticky Fingers des Rolling Stones). D'autres designer l'avaient précédé dans cette voie, et d'autres suivront.

Les années 70 vont être la grande période de l'explosion artistique des pochettes. Les créations les plus folles voient alors le jour, du dessin à la peinture contemporaine en passant par des photos stylisées immortalisant les stars. Malheureusement, l’époque héroïque de la pochette sera de courte durée. Les décennies suivantes réduiront le champ d’expérimentation des photographes et des graphistes. La faute de cette décadence artistique provient en grande partie du CD et de son petit format. Ses textes parfois/souvent illisibles auront raison des designer les plus téméraires !

Alors que le compact-disc, objet de grande consommation, montre ses limites dans le domaine de l’illustration, les pochettes des disques vinyles rencontrent un vif succès en s’exposant dans les magasins, les restaurants et les musées comme des œuvres d’art. Des livres leur sont consacrés. Des modes surgissent, comme celle lancée par le photographe Bob Egan qui consiste à retrouver les endroits où les clichés des pochettes mythiques ont été pris. L'objet de consommation peut également revêtir bien d'autres aspects en se recyclant et en devenant un objet design élégant sous la forme de briquet, montre ou pendule.


LA PRISE DE RISQUE

Dans le contexte économique de la crise actuelle, quand le marché du disque est à la dérive, des produits ‘vintages’ comme le vinyle peuvent devenir un atout supplémentaire pour l’industrie musicale. Bien que ne rivalisant pas avec le CD, le vinyle continu de prospérer grâce notamment à des artistes de renoms qui acceptent de sortir des versions spécialement édités pour ce format. Une telle attitude peut surprendre, mais peut trouver sa vérité dans l’image que renvoie l’artiste. En effet, puisque le musicien ou le chanteur pour gagner sa vie à besoin d’un public, et que ce public contribue au prolongement de sa carrière en achetant ses disques, il semble normal qu’en retour il fasse preuve d’une attention toute particulière envers lui.

Pour le moment, ces initiatives demeurent marginales, mais avec un peu de volonté, elles pourraient se multiplier et entraîner dans leur sillon d’autres acteurs de l’industrie du disque. Actuellement, les majors se contentent des rééditions, mais pour combien de temps encore ? A force de puiser dans les fonds de catalogues, ceux-ci vont devenir « transparent ». Rééditer la collection complète des Beatles ou sortir des versions inédites des Rolling Stones ne répondra pas éternellement à la soif de découverte de la jeune génération. Il faut du « sang neuf », celui d’une jeune génération d’artistes prête à oser l’aventure du vinyle, prête à faire l’impasse des supports numériques. Pourquoi pas ? On dit souvent que la valeur d'un artiste se mesure dans son rapport avec la prise de risque et dans sa façon d'oser.


LE DISQUE VINYLE SUR LE MARCHÉ

Le prix du vinyle est souvent plus cher que le compact-disc, mais il se justifie en offrant quelques avantages, comme par exemple, un code de téléchargement pour permettre à l’auditeur d’accéder au contenu du disque numériquement ; ce qui est pratique pour l’écouter par exemple sur son ordinateur. D’autres vinyles jouent la carte de la séduction en proposant un ‘45 tours bonus’ contenant des enregistrements inédits. Apparus à la fin des années 70, le disque en couleurs ou orné de picture-disc peut également justifier amplement le supplément de prix. Grâce à ce marketing, le vinyle affirme ainsi sa différence tout en cohabitant avec les nouvelles façons de consommer la musique.

Face à un marché du disque en constante évolution, il serait peut-être plus judicieux de penser que le vinyle restera et que le CD disparaîtra. L’esthétique des pochettes, les livrets décorés, le prix et parfois sa rareté, conviennent bien aux objets éternels. Le sursaut du vinyle est bien une réponse humaine face à la dématérialisation dominante, car il crée un lien social, un partage d’idéaux. Le disque vinyle, c’est une mémoire inscrite dans le temps. Pourra t-on dire la même chose de nos CD dans 20 ans ? J’en doute. Mais d’ici là, de nouveaux formats auront certainement vu le jour. Seront-ils toujours absorbeurs d'intemporalité ou auront-ils quelques côtés interactifs, en créant des dialogues virtuels avec les artistes  ? Difficile d’affirmer sans preuve. Alors soyons patients et attendons !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2013)
Source info : Fabienne Petrus – Une histoire du vinyle

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