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INSTRUMENT ET MUSICIEN


LE WATERPHONE, L'INSTRUMENT DU DIABLE - DESCRIPTION ET DÉMO

Il existe des instruments de musique qui ont pour particularité de produire des sons étranges, insaisissables, atonal, mais qui attirent l'attention. Le waterphone fait partie de ceux-là. Aussi singulier dans l'alliance de ses matériaux que dans sa forme, c'est dans la musique de film qu'il a d'abord prospéré...


© Fredamas (wikimedia) - Le waterphone peut se jouer assis ou debout comme ici par le musicien Thomas Bloch (19 septembre 2009).

UN INSTRUMENT DE MUSIQUE À USAGE MODÉRÉ

Un son s'élève, métallique et aigu, un brin strident, celui du waterphone. L'instrument est à ranger du côté des percussions produisant des effets sonores, comme les gongs et le tambour tibétain, dont il s'inspire en utilisant, tout comme lui, de l'eau.

Utilisé seul, son intérêt reste accessoire, mais il devient magique dès qu'il est entouré d'un support orchestral, et encore davantage quand sa "résonance diabolique" accompagne des images sur grand écran dans l'intention de provoquer chez le spectateur du malaise et de l'effroi.

Film policier, d'anticipation, d'horreur, et même documentaire, les compositeurs l'utilisent pour stimuler des sentiments d'angoisse et de peur. Néanmoins,son usage ne se limite pas seulement à la musique de film, car il a aussi sa place dans la musique contemporaine. Par contre, il est difficile de le glisser à l'intérieur d'harmonies consonantes sans qu'il se fasse remarquer. Exit alors la chanson et autres répertoires dans lesquels les mélodies doivent couler des jours heureux.

Dès lors, on comprend vite que le waterphone occupe, par principe et par usage, une place distinctive et extrêmement ponctuelle dans la musique, aussi puissante et remarquable qu'éphémère.


L'UTILISATION DU WATERPHONE DANS LE CINÉMA

L'instrument est né à San Francisco à la fin des années 60. Son créateur répond au nom prédestiné de Richard Waters. Celui-ci n'est pas réellement un musicien, mais un sculpteur dont la spécialité était de concevoir des œuvres cinétiques. Toutefois, durant ses études d'art, il a été en contact avec des instruments qui ont développé chez lui un goût pour les sons étranges et mystérieux, notamment son attraction pour le tambour à eau tibétain et sa résonance inouïe et le petit piano à pouce, le kalimba.

En 1970, le percussionniste Emil Richards, célèbre pour avoir accompagné le contrebassiste de jazz Charles Mingus et le crooner Frank Sinatra, s'intéresse aux créations de Waters et l'invite à Hollywood pour présenter l'instrument qu'il a baptisé le waterphone à ses amis compositeurs de musique de films.

Face au synthétiseur encore discret et en absence du sampling, toute sonorité inhabituelle était la bienvenue. De fait, le son du waterphone a attiré à lui les compositeurs de cinéma soucieux de développer de nouvelles approches sonores dans leur musique. Le premier d'entre eux est Lalo Schiffrin, qui l'utilise en 1971 dans deux films fort différents. Le premier sur les insectes, semblable à un documentaire (The Hellstrom Chronicle de Walon Green et Ed Spiegel) et le second dans un policier (L'inspecteur Harry de Don Siegel).

© Hangklang (wikimedia) - Un waterphone photographié d'en haut, de sorte que vous pouvez voir le port de remplissage de l'eau par le tube.

L'illustre compositeur, auteur des musiques Mission Impossible et Bullitt, sera sensible à la sonorité de l'instrument. À cause de son imprévisibilité sonore, Schifrin prendra conscience que le waterphone pouvait admirablement soutenir l'image dès qu'il s'agissait de surdoser par ses étranges effets sonores la tension dramatique d'une scène.

À partir des années 1980, son usage s'intensifie dans les productions cinématographies spécialisées dans les films d'épouvante et de science-fiction, mais son rôle à l'écran n'évolue guère. Son étrange sonorité continue de se marier idéalement aux images dès que l'intention du metteur en scène est de projeter un climat mystérieux afin de souligner l'angoisse et la peur sur le visage des personnages. De plus, l'instrument à friction possède cette tonalité suintante qui agit directement sur les sensations vécues par le spectateur, et si cela survient, alors le but du réalisateur est atteint.


QUELQUES FILMS AYANT UTILISÉ LE WATERPHONE

  • The Hellstrom Chronicle (Des insectes et des hommes), de Walon Green et Ed Spiegel (1971)
  • L'inspecteur Harry, de Don Siegel (1971)
  • Amityville, la maison du diable, de Stuart Rosenberg (1979)
  • Star Trek, DE Robert Wisele film (1979)
  • Star Trek 2 : La colère de Khan? DE Nicolas Meyer (1982)
  • Poltergeist, de Tobe Hooper (1982)
  • Jurassic Park, de Steven Spielberg (1993)
  • Rush Hour, de Brett Ratner (1998)
  • The X-Files, de Rob S. Bowman (1998)
  • Matrix, de Lana et Lilly Wachowski (1999), ainsi que les autres films de la trilogie.
  • Dark Water, d'Hideo Nakara (2003)
  • Harry Potter et la coupe de feu, de Mike Newell (2005)
  • Le Hobbit : un voyage inattendu, de Peter Jackson (2012)

Il faut être juste, à la simple vue de cette liste de films célèbres, l'instrument ne s'est pas répandu par l'unique volonté de Richard Waters, car son usage aurait eu peu de chances de voir le jour, mais grâce à des circonstances favorables et à l'audace de compositeurs et de réalisateurs qui ont su saisir son timbre particulier en l'intégrant dans des BO. Cependant, Richard Waters, pour bien signaler que le créateur de l'instrument n'était autre que lui, avait exigé que les droits de fabrication de l'instrument lui reviennent. Jusqu'à son décès survenu en 2013, l'artiste signera d'ailleurs chaque modèle pour se préserver d'éventuelles imitations.


WATERPHONE DÉMO (Brooks Hubbert)
Une démo réalisé sur un waterphone basse.

FORME ET UTILISATION

En recherchant quelques explications sur son fonctionnement, on est d'abord saisi par la forme particulière du waterphone : sphérique, sur lequel est disposé en cercle des tiges en bronze de différentes tailles. En son centre, un tube creux dans lequel on fait couler de l'eau en quantité variable pour produire différentes hauteurs de résonances.

L'instrument est de petite taille et il est aisé de le saisir d'une main en le tenant par le haut du tube central. Différentes sonorités peuvent être produites. Si l'on souhaite jouer un son bref, il suffit de frapper une ou plusieurs tiges (ou le conteneur) avec une baguette. Pour un son continu, l'usage est d'employer un archet de violon ou de violoncelle (1) que le musicien frottera sur les tiges. L'autre option étant de retourner l'instrument et de saisir un maillet pour faire de même sur sa base métallique. Par ailleurs, un effet d'écho peut être obtenu en remuant avec délicatesse l'eau contenue dans le réservoir du tube central.

L'autre particularité significative du waterphone (et qui attesterait que l'instrument n'a jamais été prévu pour obtenir autre chose que des effets sonores), provient de l'organisation des tiges qui ne sont pas ordonnées comme un clavier de piano. Il est ainsi grandement compliqué d'interpréter une mélodie finement construite sans cesser de faire pivoter l'instrument de droite à gauche et inversement. Dans une pratique courante, l'instrument repose de toute évidence sur ses aspects imprévisibles à générer des sons discordants. Toutefois, pour s'y retrouver et développer un jeu différent, le waterphoniste Alexis Savelief a établi une notation et un diagramme visuel pour faciliter le repérage des tiges et connaître ainsi leur hauteur de résonances.

Depuis son invention et malgré la rareté de son usage, différents modèles sont apparus, tous différents par leur leur taille et leur mode de fabrication. À ce jour, il existerait trois modèles à main et deux modèles fixes d'après le site waterphone.com

1. L’utilisation d’un archet courbe "BACH.bogen" est utile, car sa forme particulière permet de faire vibrer plusieurs tiges du waterphone au même instant.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2023)

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