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MUSIQUE DE FILMS


LALO SCHIFRIN, DU JAZZ À LA MUSIQUE DE FILMS

Si tout le monde ou presque connaît le thème de Mission Impossible (une composition souvent revue et arrangée par de nombreux musiciens et DJ), bien peu de personnes sont capables d’y associer le nom du compositeur argentin. Du film fantastique comme Amityville au film d’action comme Opération Dragon ou l’Inspecteur Harry, Boris Claudio Schifrin, dit Lalo, est un créateur prolifique dans le domaine de la bande-son. Bien qu’il s’en défende, la musique de jazz a été souvent sa source d’inspiration (il est l’auteur de la suite Gillespiana (1961) écrite à l’intention du trompettiste Dizzy Gillespie).


DU JAZZ SOUS LE MANTEAU


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Lalo Schifrin a écrit de nombreuses mélodies populaires. Certaines d’entre elles ont même été capables d’éclipser la notoriété des films qu’elles étaient sensées illustrer. La musique du film The Fox réalisé par Mark Rydell en 1968 en est un bon exemple en devenant le porte-drapeau musical et publicitaire des collants Dim.

Né en 1932, Lalo Schifrin grandit dans une famille baignant exclusivement dans le classique. Dans son enfance, Lalo emboîte le pas de son père, alors premier violon et chef de l’Orchestre philharmonique du Teatro Colón. Il étudie la musique auprès de Enrique Barenboïm (père du pianiste Daniel Barenboïm).

A la radio, il découvre la musique jazz, celle des grands seigneurs : Duke Ellington, Count Basie et Louis Armstrong. Mais sous la poigne de fer du dictateur Perón, il est difficile de se procurer leurs disques. Ceux-ci circulent de façon incognito, sous le manteau. Plus tard, lorsqu’il découvre le be-bop de Dizzy Gillespie et de Charlie Parker, Schifrin sait que sa carrière artistique se situera dans le jazz.


LA VOIE TRACÉE COMMENCE EN FRANCE

En 1954, Lalo Schifrin part habiter en France pour suivre des études au Conservatoire de Paris. Le jour, il étudie la musique classique avec Olivier Messiaen, tandis que la nuit, il se produit dans les caves de Saint-Germain-des-Prés en jouant les gammes de son cœur. L’année suivant son installation à Paris, il est remarqué par Eddie Barclay qui l’engage aussitôt. Alors que ses premiers enregistrements chez Vogue mêlent ses origines latines à celles du bop, Lalo Schifrin va également assouvir une autre passion qui l’habitait déjà à Buenos Aires, celle du cinéma. Il profite de son séjour à Paris pour découvrir de nombreux films français et italiens.

Quand il retourne en Argentine en 1956, Lalo Schifrin dirige un combo et interprète ses premières compositions. Lors d’une tournée en Argentine, Dizzy Gillespie remarque le ton inventif du pianiste. Emerveillé par son énergie et ses idées créatrices, il décide de l’embaucher comme pianiste dans son quintet. Schifrin s’impose rapidement comme compositeur et arrangeur. La suite Gillespiana écrite à l’intention de son bienfaiteur en est la parfaite illustration. Lalo Schifrin : “Je me souviens que j’étais très intimidé par ses deux pianistes, assis l’un à côté de l’autre dans le bus qui nous emmenait de ville en ville, et aussi silencieux que des sphinx : Bud Powell et Thelonious Monk.

La liaison avec le cinéma se produit lorsqu’il s’installe à New York et quand il rencontre le musicien arrangeur et producteur Quincy Jones. En travaillant pour le label Verve, alors propriété de la Métro Goldwin Mayer, Schifrin rencontre les témoins de sa future carrière : l’organiste Jimmy Smith, la chanteuse Sarah Vaughan, le saxophoniste Stan Getz et le chef d’orchestre Count Basie.

En 1963, Hollywood lance deux nouvelles séries : Mannix, racontant les aventures d’un détective privé, et Mission Impossible, relatant des histoires d’espionnage aux multiples rebondissements. Le succès musical (et commercial) de ces deux séries donne l’occasion à Lalo de composer de nombreuses musiques de films pour la Warner : Luke la main froide, de Stuart Rosenberg, avec Paul Newman, Bullitt, de Peter Yates, avec Steve McQueen, Le Renard, de Mark Rydell et Un shérif à New York, de Don Siegel, avec Clint Eastwood (Schifrin aura l’occasion de retrouver l’acteur à plusieurs reprises pour l’écriture des musiques de l’Inspecteur Harry).

Le succès rencontré par la musique de Mission Impossible devient pour Schifrin sa carte d’identité. Le compositeur n’hésitera pas à comparer l’écriture d’un générique à celui d’un télégramme : court, direct et sans ambages. Dans les années 70, la musique de la série Starsky et Hutch sera de la même veine.

Les musiques servant les scènes d’action seront pour lui son piédestal. La poursuite en voiture de Bullitt reste la plus célèbre, quand la tension dramatique s’allie au suspense. Montant crescendo, la musique de jazz sert de point d’appui quand la polyphonie rythmique virevolte de pupitre en pupitre. “J’utilise le langage du jazz mais pas ses développements. C’est là où mon intérêt pour la peinture m’a beaucoup aidé. Le tableau est d’abord défini par le cadre. La musique de film doit d’abord se soumettre à cette contrainte du cadre. C’est le premier paramètre dont il faut tenir compte, et le premier défi à relever.” précise Lalo Schifrin.


LALO SCHIFRIN - BULLITT - THE CAR CHASE


LALO SCHIFRIN, UN TOUCHE-À-TOUT DE LA MUSIQUE

Il ne faut cependant pas réduire les qualités du compositeur à cette seule qualité d’illustration sonore. Le musicien possède un œil aiguisé. La musique jazz n’est qu’un territoire qu’il traverse parfois à contre courant, comme quand il écrit la musique du film The Dissection and Reconstruction of Music from The Past (1966) ; une musique mêlant tout à la fois sonorités électro-acoustiques, instruments à percussion et orchestre symphonique.

Cependant une carrière artistique, aussi brillante soit-elle, n’est pas exempte de fautes de goût. Ses essais en jazz fusion ou son incursion dans la musique disco font partie de ces erreurs qu’il faut vite oublier. Le challenge, le défi sont les caractéristiques du compositeur. Qu’il soit audacieux ou sous le charme d’une musique à la mode, Lalo cherche toujours à séduire. Lors de ses concerts, si le public aime à entendre les grands succès d’hier, le musicien ose parfois franchir les frontières en proposant d’autres chemins de traverse. Ainsi est née en 1995 la suite Firebird, basée sur une rencontre imaginaire entre Charlie Parker et IIgor Stravinsky. “Je l’ai écrite d’après une séquence du biopic sur la vie de Charlie Parker, Bird, réalisé par Clint Eastwood. Celle où le saxophoniste passe devant la maison new-yorkaise du maître russe, compositeur de l’Oiseau de Feu, sans oser aller à sa rencontre. J’ai essayé d’imaginer ce qu’aurait pu donner une collaboration entre deux des plus grands musiciens du 20è siècle, une sorte de choc de titans.


POUR EN SAVOIR PLUS SUR LALO SCHIFRIN

Le livre “Lalo Schifrin” de Georges Michel relate les différents entretiens qui se sont déroulés à Los Angeles entre son auteur (musicien et musicographe) et Lalo Schifrin. L’artiste y évoque son apprentissage de la musique, sa fréquentation du milieu jazz, sans oublier la musique de films. Le compositeur raconte en particulier ses liens avec Hollywood et ses collaborations avec les grands metteurs en scène que sont Don Siegel, John Boorman, Georges Lucas, Clint Eastwood et Sam Peckinpah. Lalo Schifrin livre également des anecdotes passionnantes à propos des musiciens de jazz qu’il a côtoyés (Dizzy Gillespie, Count Basie, Quincy Jones…) et revient sur sa collaboration houleuse avec William Friedkin pour le film L’Exorciste.

Le livre est accompagné de la discographie complète de l’artiste suivi d’une iconographie nourrie par les archives personnelles de Schifrin. Des pages de partitions célèbres, une lettre de Norman Jewison évoquant sa collaboration avec le musicien pour Le Kid de Cincinnati, ainsi que la retranscription de la séance de travail d’Osterman Week-end, durant laquelle Sam Peckinpah et le compositeur dialoguent, complètent ce livre passionnant.

Lalo Schifrin considère Georges Michel comme le meilleur spécialiste actuel de son œuvre, tous genres confondus.

Titre : Lalo Schifrin, entretiens avec Georges Michel.
Format : 15,5 x 21,5 cm – 208 pages.
Parution : janvier 2006.
Editeur : Rouge Profond
Prix : environ 23 €

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2010)


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