MUSIQUE DE FILMS


LA MUSIQUE D'ORANGE MÉCANIQUE, WALTER (WENDY) CARLOS ET KUBRICK

Comme bien souvent dans les films de Stanley Kubrick, le choix de la musique est révélateur d’un certain éclectisme. Pour Orange Mécanique, le réalisateur a fait appel comme à son habitude à des œuvres préexistantes - Beethoven, Rossini, Elgar  -, mais aussi à un jeune compositeur pionnier dans le domaine du synthétiseur, Walter Carlos...


SYNOPSIS

Adaptée d’un roman d’Anthony Burgess, Orange Mécanique est un film d’anticipation qui prend appuis sur la société contemporaine pour décrire un univers malsain et peu engageant. Le rapport à la violence est le fil conducteur du film. Son principal personnage, Alex DeLarge, est à la fois un être sadique qui pratique le viol et la torture, et un être qui se trouve bouleversé dès qu’il écoute du Beethoven.


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À la tête d’une petite bande qui sème la terreur (les « Droogies »), les méfaits d'Alex vont tourner court. Arrêté, il doit dès lors servir de cobaye en suivant un traitement psychologique particulièrement agressif destiné à juguler ses pulsions criminelles. Or, l’expérience médicale finit par le déshumaniser et, pire que tout, lui rend la musique de Beethoven insupportable. Devenu vulnérable, Alex, pour redevenir pleinement humain, devra retrouver sa violence intérieure…


LA MUSIQUE D’ORANGE MÉCANIQUE

La BO est un mélange de modernisme le plus absolu et de musiques héritées du passé. Rarement utilisée à contre-emploi, excepté la scène du vieil homme gisant à terre, roué de coups de pieds au rythme de la chanson « Singing in The Rain » inteprété par Gene Kelly, la musique du film est adroitement utilisée par Kubrick. Si elle fait la part belle à la musique classique, ce sont surtout les réécritures de quelques thèmes de Beethoven et Rossini par Walter Carlos qui singularisent la BO d’Orange Mécanique.

Dans ses films, le metteur en scène a toujours préféré utiliser de la musique classique plutôt que de faire appel aux services des compositeurs hollywoodiens. Kubrick cherche un moyen habile d'accommoder Beethoven, dont la présence est nécessaire en raison du culte que lui voue le jeune Alex. Le réalisateur, désemparé depuis le refus de Roger Waters des Pink Floyd de ne pouvoir utiliser quelques éléments sonores de l’album Atom Heart Mother, est contraint de rechercher une autre source, lorsqu’il reçoit une proposition émanant d’un jeune compositeur, Walter Carlos, qui avait eu vent du projet…

Pour Kubrick, le musicien semble être une alternative crédible, d‘autant que les maquettes reçues démontrent son réel talent à reproduire de la musique classique en utilisant uniquement des synthétiseurs. Ce fin spécialiste du détournement sonore n’en est pas à son coup d’essai puisque Walter Carlos a déjà produit deux albums, Switched-on Bach (1968) et The Well-Tempered Synthesizer (1969), où il interprète Bach, Monteverdi, Scarlatti et Haendel avec brio et de façon très personnelle.

Sans nul doute, Walter Carlos détient une ingéniosité sans égal quand il s’agit de faire rimer sons électroniques et musique classique. Le musicien anglais veut surtout démontrer, à une époque où le synthétiseur ne jouit pas du même aura qu’aujourd’hui, que ce genre d’instrument est en mesure de relever bien des défis.

En 1971, lorsqu’il s’attaque à la musique du film de Stanley Kubrick, le musicien vient de sortir Sonic Seasonings, un double album qui annonce la musique ambiante des années à venir. Pour Orange Mécanique, il conçoit un sulfureux mélange sonore où les couleurs électroniques ne passent pas inaperçues. En quelques semaines, la BO s'arrache et près d'un million d'exemplaires sont vendus ; un fait assez rare pour une BO où prédomine de la musique classique. (1)

Pour Orange Mécanique, Wendy Carlos utilise des instruments complexes et avant-gardistes, notamment les premiers vocoders dont il fait usage dans les adaptations de la 9e Symphonie de Beethoven, l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini et la March from a Clockwork Orange. Seul le titre Timesteps, composé par Walter Carlos, apporte une tonalité nettement électronique à la BO d’Orange Mécanique

1 - Walter Carlos sortira quelques mois après la parution officielle de la BO, une seconde version où l’on entendra les œuvres ignorés par Stanley Kubrick, notamment La Gazza Ladra de Rossini.


À PROPOS DE WALTER CARLOS

Walter Carlos est attiré dès son plus jeune âge autant par la musique que par tout ce qui touche à l'électronique. En 1953, il conçoit son premier ordinateur alors qu’il n’a que 14 ans. Trois ans plus tard, il crée son premier studio de musique électronique dans lequel il manipule des sons enregistrés sur bandes, ce qui le conduit à composer ses premières musiques électroniques. De 1958 à 1962, Carlos étudie la musique et la physique à l’université Brown, puis intervient à l'université Columbia où il travaille jusqu'en 1965 au « Columbia Princeton Electronic Music Center ».

Walter Carlos contribue ensuite au développement du synthétiseur modulaire en collaborant notamment avec Robert Moog. Carlos est véritablement un précurseur dans le domaine de la musique électronique, au même titre que Pierre Henry en France, mais à la différence que son premier album Switched-On Bach (1968) révèle pour la première fois des sons de synthétiseurs « acceptables ».

Ses adaptations d’œuvres classiques sont perçues autrement que comme des bruits par le grand public et le synthétiseur trouve enfin la place qu’il mérite, même auprès de ses pairs, dont l’étonnant pianiste Glenn Gould qui dira à propos de Switched-On Bach : « La réalisation du quatrième concerto de Brandebourg par Carlos est, pour le dire sans détour, la plus belle performance de tous les Brandebourgeois que j'ai jamais entendue. »

En 1972, peu après la sortie d’Orange Mécanique, Walter Carlos subit une opération pour changer de sexe. Devenue femme, elle signe désormais ses musiques du nom de Wendy Carlos.

Walter Carlos

Huit ans après Orange Mécanique, Wendy Carlos travaillera sur un autre film de Stanley Kubrick, Shining, mais le capricieux et maniaque réalisateur mécontent du résultat jettera la quasi-intégralité de son travail, préférant utiliser une fois de plus des thèmes de musique classique préexistantes composés par György Ligeti et Krzysztof Penderecki.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2019)


WALTER CARLOS : A CLOCKWORD ORANGE (total soundtrack)

ORANGE MÉCANIQUE
Musiques : Ludwig van Beethoven, Gioachino Rossini, Henry Purcell et Walter Carlos
parution française album :1972
Label 'Columbia Records'

LES THÈMES DE LA BANDE ORIGINALE DU FILM 'ORANGE MÉCANIQUE'

  • 01. Music from A Clockwork Orange (Walter Carlos)
  • 02. The Thieving Magpie (Ouverture de l'opéra La Pie voleuse - La gazza ladra - de Rossini)
  • 03. Theme from A Clockwork Orange (Ludwig van Beethoven) - arrang. Walter Carlos
  • 04. 9e Symphony, Second Movement (Beethoven)
  • 05. March from A Clockwork Orange (ext. du quatrième mouvement de la 9e symphonie - Beethoven) - arrang. Walter Carlos et Rachel Elkind
  • 06. William Tell Overture (Rossini) - arrang. Walter Carlos
  • 07. Pomp and Circumstance March No. 1 (Edward Elgar)
  • 08. Pomp and Circumstance March No. 4 (extrait - Edward Elgar)
  • 09. Timesteps (Walter Carlos)
  • 10. Overture to the Sun (Terry Tucker)
  • 11. I Want to Marry a Lighthouse Keeper (Erika Eigen)
  • 12. William Tell Overture (extrait - Rossini)
  • 13. Suicide Scherzo (ext second mouvement de la 9e symphonie - Beethoven) - arrang. Walter Carlos
  • 14. Neuvième symphonie, Quatrième Mouvement (extrait - Beethoven)
  • 15. Singin' in the Rain (Gene Kelly)
  • 16. Music for the Funeral of Queen Mary (Henry Purcell)

À CONSULTER

STANLEY KUBRICK ET LA MUSIQUE CLASSIQUE


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