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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LE MAGAZINE 'SALUT LES COPAINS', LA FIN D'UNE HISTOIRE

En 1965, les maisons de disques qui viennent de passer plusieurs années à consommer de la vedette jetable passent à autre chose. La vague Yéyé est en perte de vitesse face à une hégémonie musicale anglo-saxonne sans limites. Les Beatles, les Rolling Stones, les Animals, les Who et bien d’autres sont depuis rentrés dans la course au podium. Pour survivre, il faut alors déployer de nouvelles idées et trouver du sang neuf ! Seuls les meilleurs vont survivre... Cette page fait suite à « Salut les copains », l'émission de radio et son histoire


LE NOUVEAU « SALUT LES COPAINS »

Pour atteindre cet objectif, les maisons de disques français vont chercher à concilier l’esprit d’un rock toujours plus éclaté à celui d’une touche spécifiquement héxagonale. Les figures de proue de ce milieu des années 60 ont pour nom Nino Ferrer, Jacques Dutronc, Michel Delpech, Christophe ou Michel Polnareff... et si à cette époque le rock a la côte, le rhythm’n’blues aussi, jusqu’à parfois revendiquer la couleur d'être un Noir même quand la peau est blanche. James Brown, The Temptations, Otis Redding, Stevie Wonder sont adaptables, alors pourquoi s’en priver !


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L’année 1967 marque un nouveau tournant, celui de la mode Hippy. La tentation est trop grande pour que les idoles françaises de « SLC » refusent cela. Dès lors les looks s’adaptent : cheveux longs, fringues, slogans… En Angleterre, les Beatles portent la moustache tandis qu’en France notre cher Johnny porte la barbe et troque son blouson pour une chemise à fleur. La non-violence, l’amour libre sont les mots de ralliement et la drogue aussi, malheureusement. Des thèmes qui seront bien sûr exploités dans les chansons françaises dans un esprit de partage et de paix, bien entendu !

L’année 1967 conforte aussi la présence des radios pirates installées à bord de bateaux dans la mer du Nord. Sur les ondes, les DJ’s laissent éclater leur ton insolent tout en diffusant des concerts live piratés et à la qualité sonore très médiocre. En France, la station RTL lance son émission « Minimax » avec à la clé un maximum de musique, alors que le magazine « SLC » se diversifie davantage en introduisant le roman-photo, en proposant des posters et en faisant appel à la plume de François Hardy pour animer une chronique littéraire.

En 1968, Daniel Filipacchi abandonne peu à peu le micro de l’émission « Salut les copains ». Son style ne fait plus recette et son émission suit le même chemin. Près de dix ans après sa création, l’émission « SLC » est déprogrammé. À la veille des évènements de mai 68, c’est la fin de l’aventure. Face à une concurrence toujours plus agressive, l’émission qui avait accompagné la révolution des années 60 était devenue en peu de temps, aux propres mots de ses auditeurs, ringarde. Quant au magazine, il est temps pour lui de s’adapter pour mieux rebondir car, sur ce terrain-là, la concurrence est également très âpre. « Rock & Folk » fait recette et s’ouvre bien mieux à la musique anglo-saxonne que « SLC ».


JOHNNY HALLYDAY : TOUTE LA MUSIQUE QUE J'AIME (1973)


LE MAGAZINE « SALUT LES COPAINS » DES ANNÉES 70

En août 1968, le magazine « Salut les copains » fait peau neuve. Le logo change et le « Salut les copains » devient officiellement « S.L.C ». Le magazine se politise quelque peu en évoquant d’abord les évènements de mai 68 et la difficulté pour les artistes de vivre de leur art. L’Amérique fait toujours rêver, malgré la guerre au Vietnam qui continue et qui est dénoncée par de nombreux artistes.

Dans les années 70, si les années Yéyés ont disparu, l’humour garde le cap et de nouveaux artistes naissent. Les Charlots et Patrick Topaloff chantent des nanars en puissance sans avoir peur du ridicule. Dans le magazine « S.L.C », les interviews s’accordent pour avoir une tonalité tout en décalage… cela va de soi ! Pour autant, le mensuel abandonne peu à peu ce qui a fait son succès passé pour s’orienter vers un magazine plus féminin. Les chanteurs pour midinettes comme Dave, Alain Chamfort ou Patrick Juvet ont bonne presse. Cependant, les « anciens » ne sont pas oubliés et ont encore l’occasion de faire parler d’eux dans les colonnes du magazine.

(source img : www.andrebouchoir.fr)

La génération du baby boom laisse place dans les années 70 à des lecteurs plus avertis et mieux informés. La radio ouvre davantage ses ondes aux musiques anglo-saxonnes, tandis qu'à la télévision ce sont les « Numéro 1 » de Gilbert et Marie Carpentier, inspirés par les shows américains, qui constituent l’essentiel des émissions de variétés.

En réalité, le gros bouleversement va se passer une nouvelle fois dans la presse. Les garçons finissent par abandonner « S.L.C » pour « Rock & Folk » ou « Best » ; des magazines exclusivement branchés « musique », souvent critiques, et qui font rarement des concessions, même aux stars. Ils jouent la carte de la différence en préservant une information la plus complète possible sans trop se compromettre. Seules les filles restent accrochées à « S.L.C »… mais pour combien de temps encore ?


IL ÉTAIT UNE FOIS : RIEN QU'UN CIEL (1972)


LA FIN DE L’HISTOIRE DE « SALUT LES COPAINS »

L’arrivée des premiers magazines « people » en 1972 entre en concurrence avec l’esthétisme de « S.L.C ». Cette presse « people » ne fait pas dans la dentelle et use de tous les stratagèmes pour attirer toujours plus de lecteurs. Le consommateur de ce genre d’articles est plutôt du sexe féminin, parfois trop sensible ou égaré, pour faire la part des choses. Seulement voilà, ce type de magazine commence à faire de l’ombre à « S.L.C ». « Podium », dont le propriétaire n’est autre que Claude François, puis « Stéphanie » réussissent même à déstabiliser l'influence du magazine de Daniel Filipacchi auprès des artistes.

Au cours des années 70, les maisons de disques obtiennent un plus grand ascendant dans les choix qui sont proposés et mis en avant. Les accords avec la presse se transforment en désaccords, au point que les photographes attitrés, par désespoir, s’en vont. Tony Frank quitte « S.L.C » pour « Hit », tandis que Jean-Marie Perrier trouve dans le cinéma l’occasion de faire valoir son talent. Une page vient de se tourner. La promotion prend le dessus et impose sa dictature.

Daniel Filipacchi débauche l’un des patrons de « Hit », le magazine ennemi, tandis que « S.L.C » perd quelque part son âme en adoptant une mise en page beaucoup plus conventionnelle. Pour « S.L.C », c’est le début de la fin.

Musicalement, le disco n’est pas loin. Ce n’est peut-être pas un cadeau pour tous, ni pour Filipacchi qui se sent désormais comme obligé de suivre à contrecœur la politique éditoriale de la concurrence. L’homme d’affaire sait que « Ok âge tendre » (l'ex « Mademoiselle âge tendre »), que « Salut », le bimensuel qui succède à l‘élégant « S.L.C » n’ont aucun point en commun avec ce qu'il a produit au début des années 60.

Avec ses deux magazines fétiches que sont « Salut les copains » et « Mademoiselle âge tendre », Daniel Filipacchi avait été un avant-gardiste en étant le premier à inventer la presse pour ados. Sans concurrence et grâce à une petite équipe très motivée et soudée, l’homme d’affaire avait imposé son style dynamique et avait su comprendre toute l’impatience de la génération baby boom.

L’histoire de « Salut les copains » est à relier à une jeunesse qui a grandi et évolué. Aujourd’hui, il reste des souvenirs, des documents sonores tendres ou drôles que la génération actuelle découvre grâce à Internet, mais aussi grâce à des spectacles qui, sur l’initiative de quelques producteurs, permettent à des vedettes d’hier de remonter sur scène pour offrir aux spectateurs quelques moments de nostalgie, forts et beaux.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 04/2019)


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