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MUSIQUE & SOCIÉTÉ.


LA CHANSON FRANÇAISE, ÉVOLUTION ET CONSTAT À TRAVERS LES MÉDIAS

Depuis qu’Internet est devenu la plaque tournante et incontournable des projets et des ambitions artistiques, les chansons vivent d’étonnantes histoires d’amour avec le public. Son, image, carrière, tout a changé. De profonds bouleversements sont apparus sans retour possible. La chanson elle-elle toujours en harmonie avec nos émotions et nos valeurs ? Nous est-il encore permis de rêver ?


IL FUT UN TEMPS OÙ LA CHANSON…

Il fut un temps où les cabarets faisaient la loi. Chanter quand des gens mangeaient et parlaient, Brassens chez 'Patachou', Béart à 'La Colombe', Brel ou Barbara à 'L’Échelle de Jacob' ont, comme d'autres, traversé cette curieuse époque où tout semblait permis. Dans un tel contexte l’artiste devait apprendre à imposer le silence en captant l’attention, à communiquer avec l’ambiance du lieu, toujours différente d’un soir à l’autre. Un véritable sacerdoce conduisant à l’apprentissage du métier en entrant par la petite porte.


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L’interprète devait trouver le ton, quitte à improviser à la dernière minute. Rien ne pouvait fondamentalement lui éviter de recevoir la désapprobation de la clientèle… jusqu’à l’expulsion de la scène. Ce genre de challenge qui pouvait conduire à se faire remarquer par des gens du spectacle - avec un peu/beaucoup de chance - a depuis disparu en laissant la place à des formes de « mises en scène » plus médiatisées et sophistiquées.


LA CHANSON MÉDIATISÉE

Déjà, dans les années 60, l’arrivée de la télévision dans les foyers avec ses émissions de variétés proposera une première forme d’écrémage médiatique en permettant aux téléspectateurs de voter, en indiquant à l’occasion ce qui était correct et ce qui ne l'était pas, ce qu’il était bon d’écouter et ce qui était trop subversif pour passer à l’antenne. L’ORTF, alors sous la tutelle du gouvernement en place, contrôlait tout (ou presque tout). La plupart des « chanteurs engagés » connaîtront plus de bas que de haut durant cette période, et l’arrivée de mai 68, malgré quelques positions orgueilleuses de circonstances, ne changera pratiquement rien.

Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, tout est si différent, si méconnaissable, à commencer par la multiplication des radios spécialisés qui ont vu le jour dès les années 80 et qui ont libéré les voix trop longtemps étouffées. À la télévision, les tentations de franchir la ligne interdite étaient également trop grandes pour ne pas vouloir dépoussiérer. Le clip, arrivé à point nommé et propulsé en France grâce au Top 50, commençait à imposer une nouvelle forme de dictature sur le petit écran.

Puis, technologie aidant, ce sera le passage de l’analogique au numérique avec l’arrivée du Web et ses réseaux de diffusion ; une révolution majeure qui a depuis changé le comportement du consommateur lambda, dans sa façon d’écouter et d’apprécier, et dont on ne mesure pas encore toute la portée sociale comme économique.

Face à de telles secousses qui ont eu le temps de voir naître entre autres la musique punk, le hip hop et le rap, la chanson française devait préserver sa singularité héritée de ses glorieux aïeux. Si à première vue l’essentiel a été sauvé, la « chanson moderne » n’a pu éviter que la musique prenne l’ascendant sur les paroles allant jusqu’à menacer son précieux équilibre. Fort heureusement, face au martèlement rythmique si dominateur, il a toujours existé la mélodie ; cette profession de foi que tout créateur est prêt à défendre quand quelques notes à l’allure bien innocente parviennent à s’immiscer de façon obsédante dans nos têtes.


LA PÉRENNITÉ D’UNE CHANSON EN CRISE

Il faut reconnaître que du temps de Brel ou de Piaf, la vie d'une chanson pouvait durer longtemps, des mois, des années. Certaines mélodies devenaient des rengaines que les gens fredonnaient sans savoir toujours à qui elles appartenaient vraiment. Peu importe ! La mélodie comptait autant que le texte et elle se bonifiait avec le temps. C’est ainsi que sont nées la plupart des « chansons populaires », en étant à la fois intergénérationnelle et multiculturelle.

Aujourd’hui, il en va autrement. Les premiers jours de gloire d’une chanson sont souvent vécus à coup de clics sur Internet ; une bien maigre consolation loin de l’effervescence de la scène, de la vérité vraie. Pour leurs créateurs, c’est surtout une source d’interrogations et de craintes, car rien n’est aussi volatile qu’un internaute qui consomme sans rien devoir, qui ne paye rien ou presque rien. En ce sens, la Toile reflète parfaitement le public d’aujourd’hui : assez sage pour tout recevoir en cadeau partagé, mais suffisamment distant (voire méprisant) quand il doit investir à son tour pour que l’artiste puisse poursuivre sa carrière.

Dire cela, c’est bien sûr évoquer Internet et la crise du disque. Malgré les pistes déployées pour contrer le malaise survenu dans les années 2000, chaque nouvelle production discographique est perçue comme un pari risqué, un défi au temps. Du compositeur à l’auteur en passant par l’interprète et le producteur, tout ce petit monde a dû s’habituer à ce que la créativité rime avec 'économie de marché' ; un « cocktail » explosif, souvent incontrôlable, complexe également, et qui nécessite la plupart du temps de nombreuses remises en questions.

Dans ce terrible « jeu cruel » où tout âge avancé résonne comme une mise à mort annoncée et où, en vérité, le talent ne sauve pas tout, seuls ceux qui ont anticipé, qui ont su rebondir à temps, conserveront un maigre espoir de continuer leur carrière sans trop devoir la dévaloriser.

De cette forme d’esclavage des temps modernes où chaque artiste finit par ne plus savoir s’il est « In » ou s’il est « Out », la chanson poursuit son aventure dans un circuit médiatique bien rodé, dans un milieu où la moindre des réalisations artistiques à pour exigence d’être propre, nette, sans bavure, quitte à manquer d’audace.


LA COM DU WEB, L’INTOXICATION APPROUVÉE

Alors que la télévision rassemble un vaste public en modernisant le télé-crochet des années 70 avec ‘The Voice’ ou ‘Nouvelle Star’, de son côté le marketing rend le produit vraisemblable en construisant un scénario, une histoire qui laisse croire à l’incroyable, à l’événement exceptionnel.

Ce marketing forcené, apparu dans les années 80 avec les « One Hit Wonder » (les artistes d’un seul tube), coïncidait avec l’arrivée de nouvelles radios. 'Radio Nostalgie' réveillait la corde sensible du souvenir, tandis que 'Fun Radio' s’occupait des ados et de leurs langages azimutés. 'Chérie FM', 'NRJ', ‘Skyrock’, 'Rire et chansons'… Toutes ces stations spécialisées avaient pour but de combler un vide, de répondre à une demande visant un certain public.

Puis, avec l’arrivée d’Internet, l’imprévisible est arrivé. La Toile a fourni aux internautes la possibilité d’une écoute individualisée. En quelques années, comme un raz-de-marée, des centaines de milliers de titres se sont retrouvés sur la Toile, construisant une immense discothèque accessible d’un simple clic. Le curseur est monté d’un cran en développant et confortant une culture musicale à la carte sans frontières.

Cette puissante inflation de l’individualisme provoquée en grande partie par l'utilisation du Web a aussi ses revers. Outre le fait d’avoir créer un séisme dans le milieu artistique, le Web a signé la fin d’une « chanson populaire » universelle et partagée, de celle qui a le pouvoir de rassembler jeunes et moins jeunes autour d’un même élan fraternel, le type même de chansons que l’on écoute désormais en jetant un œil dans le rétroviseur, à l’occasion par exemple d’une soudaine disparition (Hallyday, Maurane, Aznavour…)

Des artistes continuent pourtant d’y croire, à cette chanson populaire ! Certains la traduisent à travers des mélodies festives et faciles, tandis que d’autres, pour ne pas oublier les fondamentaux appris en classe, mettent à leur répertoire quelques grands classiques d’Aznavour, de Brassens, Brel, Ferrat ou de Piaf.

Idem avec les chansons dites « engagées », qui existent toujours et qui recherchent à travers leurs « vérités vraies », le bonheur d’un « passage » pour se faire entendre. Si hier les idées véhiculées par les artistes engagés se confrontaient de temps en temps à une censure féroce par certains médias, aujourd’hui ce sont les réseaux sociaux qui sont devenus les juges, impliquant notre « responsabilité anonyme » afin d’encenser ce qui est soi-disant « In » ou « Out ».

Les millions de vues sur YouTube sont là pour faire taire les voix hostiles qui pourraient s’élever. L’interdiction suite à un procès n’y ferait rien, car la rime qui fait fureur a déjà fait son bonhomme de chemin. Trop rapide, trop ouvert sur le monde, les moyens de diffusion actuels précèdent toute censure officielle.

Étant donné la rareté des condamnations, il est évident que le moindre cas soulève bien des interrogations : apologie de la violence, sexe, drogue ou meurtre, les sujets dits de société servent à alimenter des textes riches en rimes, à créer des slogans chantés à tue tête… Tant pis pour celui ou celle qui se sent blessé ou agressé à titre personnel ! Le danger ultime est encore ailleurs, quand la fiction rejoint la réalité, comme nous le rappelle, hélas trop souvent, l’actualité.

En ces temps difficiles, et bien que la « chanson fraternelle » n’occupe plus une place rêvée, certaines mélodies délivrent encore quelques messages secrets. Grâce à quelques aphorismes et un langage sans cesse renouvelé, le pouvoir de la rime et du mot continue de nous éclairer sur la vie de nos contemporains. La chanson actuelle n’a peut-être plus les moyens de poursuivre l’enchantement qu’elle produisait chez nos aïeux, mais parfois, dans un élan d'orgueil, elle joue la carte de la séduction à travers quelques beaux textes, enchanteurs ou provocateurs. Et si la saveur littéraire d’autrefois goûte à d'autres joies, la chanson française d'aujourd'hui se réserve le droit de revendiquer encore une place au soleil. Tout se dit finalement entre les lignes, simplement et dignement. Au fond, c’est peut-être ça l’essentiel !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2018)

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