CHANSON


GINO VANNELLI, BIOGRAPHIE D'UN CHANTEUR À LA VOIX D'OR

Il possède le physique d'un séducteur, mais aussi celle d'avoir une voix en or que l'on remarque dès la première écoute. Dans les années 1970/1980, Gino Vannelli se prévaudra de plusieurs succès dont les plus représentatifs flirtent avec les harmonies jazz et une pop sophistiquée. L'énergique People Gotta Move, en 1974, le suave I Just Wanna Stop et le fusionnel Brother to Brother en 1978, tout comme le slow Living Inside Myself en 1981, Canto en 2003 (pour le versant "classique") ou encore These are the days en 2006, sont devenus les témoins d'une belle carrière entamée en 1973.


LA MUSIQUE, UNE HISTOIRE DE FAMILLE

Gino Vannelli, c'est d'abord une histoire de famille italienne vivant au Québec (Montréal) et dans laquelle déborde la musique, à commencer par le papa Joseph Russ Vannelli, l'initiateur, qui a chanté avec les orchestres de danse montréalais des trompettistes Maynard Ferguson et Bix Belair. Tout comme ses deux frères, Joe, l'aîné, et Ross, le plus jeune de la fratrie, Gino entrevoit le scénario d'une carrière musicale se mettre en place, avec l'assurance, mais aussi l'exigence des clans pour qui la pratique de la musique est essentielle.

© Ross Vannelli wikimedia

L’auteur de Where Am I Going et de Brother to Brother est mis au contact du jazz dès sa tendre enfance par son père avant de découvrir le classique à l'adolescence. « Dès mon tout jeune âge, mon père nous faisait écouter du jazz. Des big bands comme ceux de Woody Herman et de Stan Kenton, Sonny Rollins, Coltrane. Puis, à l’adolescence, j’ai découvert des compositeurs classiques : Ravel, Stravinski, De Falla. Mon frère Joe et moi voulions avoir un grand orchestre avec des cuivres et des cordes. C’est ainsi que le synthé est devenu une partie importante de notre son. » (source voir.ca - 02/2006).

Gino apprécie le rythme. Admiratif des batteurs Gene Krupa et Buddy Rich, il ambitionne d'occuper un tel poste dans un groupe. Encore adolescent, il se testera durant une année en jouant dans une formation pop de Montréal appelé les Cobras. Puis, il y a Joe, celui pour qui la dévotion envers les touches noires et blanches était acquise, un frère de quatre ans son ainé qui, en parfait compagnon de route, sera là, auprès d'un Gino encore prisonnier de l'apprentissage du piano et de la guitare.

Mais avant que la carrière ne démarre réellement, Gino et Joe intégreront le groupe Jacksonville 5 (en clin d'œil à la Motown). Joe occupait fidèlement le poste de claviériste tandis que Gino, seulement âgé de quatorze ans, démontrait déjà des capacités vocales insoupçonnées.

Gino ne compose pas encore, mais l'envie se fait sentir, d'autant qu'une musique, et non des moindres, est entrée dans sa vie : la musique classique. Pas celle de Bach ou de Mozart, mais celle dont les noms riment avec Debussy et Ravel et que l'on nomme musique impressionniste. L'école russe du 20e siècle et l'opéra italien (dont Gino rendra hommage à travers son album Canto en 2003) seront ses autres penchants.

Quand on désire être compositeur et que l'on possède des connaissances en écriture et harmonie (Gino a étudié la théorie musicale à l'Université McGill à Montréal), la musique classique - quelle que soit l'époque - à ceci de particulier qu'elle permet de vraiment se situer sur le plan artistique. Elle a le pouvoir d'élever l'âme du musicien. « Un jeudi après-midi à la Place des Arts, je me souviens avoir entendu l'Orchestre symphonique de Montréal jouer "Daphné et Chloé" de Maurice Ravel. Je suis parti en secouant la tête, en me marmonnant : "Qu'est-ce que c'était !" J'étais profondément ému, déconcerté par les sons que je venais d'entendre. », raconte le chanteur sur son site. Gino a parfaitement admis cela et il tentera sa propre expérience, notamment avec une suite en quatre mouvements, A Pauper in Paradise, en 1977, et la présence du Royal Philharmonic Orchestra de Londres.


GINO VANNELLI : "PEOPLE GOTTA MOVE" (1974)

DÉBUT DE CARRIÈRE ET PREMIER SUCCÈS

En 1969, Gino n'a pas encore 17 ans, quand il conclut un contrat avec RCA Records, sous le nom de Vann Elli. Un premier single sort : Gina Bold, une sorte de bout d'essai qui n'engage à rien. Tout reste à faire. Vannelli a de l'ambition, il persévère et il croit en sa bonne étoile, et ce, malgré les vaches maigres que Joe et lui vont traverser durant trois longues années.

En 1972, il décide de faire le siège devant les portes d'A&M Records à Hollywood, attendant que Herb Alpert, copropriétaire de la société, se présente à lui et qu'il ait enfin son jour de chance ; l'audition ultime où tout se joue : le présent et l'avenir. Dans ces moments-là, tout tient dans l'intuition. Gino est le parfait inconnu et il a, face à lui, un homme de poids et de décision. Avec sa guitare, dans le bureau de Herb Alpert, il interprète alors quelques chansons qui vont figurer sur les premiers albums de sa carrière : Crazy Life, People Gotta Move, Mama Coco ou encore Powerful People.

La suite va entrer dans l'histoire d'une carrière artistique au long cours. Si le coup d'envoi est donné avec un premier album très moyen, Crazy Life, en 1973, la suite sera d'un tout autre tenant. Avec ses deux frères Joe et Ross, Gino est au commencement d'un cheminement musical où les hauts feront vite oublier les bas.

Gino et Joe prennent en charge la production et s'entourent de musiciens de session, comme le batteur Graham Lear sorti des rangs de Carlos Santana. Joe, en particulier, fait usage des synthétiseurs avec un second claviériste (Richard Baker). Cette domination des claviers change bien des choses, comme l'absence remarquée d'un bassiste remplacé par un synthé. L'usage en abondance des touches noires et blanches offre au groupe la possibilité d'élargir sa palette sonore sans devoir recourir à de véritables cordes ou à des cuivres, à l'image du titre People Gotta Move. À l'écoute, il en résulte un son puissant, profond et vraiment personnel ; une identité sonore que de nombreux musiciens et ingénieurs du son remarqueront immédiatement. Alliés aux compositions de Gino et à sa voix étincelante, les albums Powerful People (1974), Storm at Sunup (1975)... jusqu'au culminant et fumant Brother to Brother (1978) construiront un programme musical teinté de rhythm & blues, de funk, de soul et de jazz où brille l'excellence.

© A&Records popmaster.pl (ext. pochette de l'album "Storm at Sunup" (1975)

La musique de Vannelli passionne les musiciens, qu'ils proviennent du jazz ou du rock. Cela tient essentiellement à la qualité de la production maintenue à chaque étape : compositions, arrangements, orchestrations, sons et pluralité des genres abordés. Les premières récompenses ne se font pas attendre (Grammy Awards), les succès également.

Le plus représentatif est certainement le slow I Just Wanna Stop issu de l'album Brother to Brother. Entouré d'un chœur féminin réconfortant, le chanteur nous persuade qu'il ne faut en aucun cas dire stop à l'amour ! La chanson accèdera à la 4e place du classement des singles Billboard en 1978 (cinq de ces six premiers albums feront partie des 100 meilleurs albums du Billboard).

Les salles de concert, que ce soit au Canada ou aux États-Unis, l'invitent et ne tarissent pas d'éloges sur la qualité de ses prestations. À 26 ans, Gino est enfin reconnu. L'album qui suivra, Nightwalker, en 1981, sera de la même veine que Brother to Brother et se verra attribuer un autre hit : Living Inside Myself, encore un slow façonné pop, mais à la sauce Vannelli. Pourtant, à partir de là, le doute s'installe. Non pas côté créativité, mais à cause des méandres liés aux batailles avec les maisons de disques qui sont plus ou moins prête à s'engager ou à poursuivre sans que naissent quelques aménagements. « Les chansons étant la somme et la substance de la controverse », comme le chanteur l'exprimera.


GINO VANNELLI : "I JUST WANNA STOP" (1978)

DÉSILLUSION ET RESPIRATION

De Black Cars (1984) à Inconsolable Man (1990), le style de Vannelli épouse en trois albums des voies se définissant par des tentatives commerciales hasardeuses ou même s'il faut bien procéder à des choix, le succès de quelques singles classés dans le Top 10 de différents pays (It Hurts to Be Love, Black Cars et Wild Horses) ne satisfera pleinement ni son auteur ni les fans de la première heure. Le chanteur demeure sceptique face à l'industrie musicale, malgré le public qui continue de répondre présent dans les pays qu'il visite.

Au début des années 90, après bien des désillusions, Gino Vannelli décide de prendre quelques distances. Il oublie les conflits et s'immerge au cœur des réflexions existentielles, là où les traditions religieuses procurent du sens à la vie. « La philosophie et les religions nous expliquent la façon dont l’être humain réagit à son environnement. On ne peut pas être un artiste sans avoir une grande compréhension du monde. » (source voir.ca - 02/2006).

Musicalement, un retour aux sources devient nécessaire. Les albums Yonder Tree (1995) et Slow Love (1997), résolument jazzy, sonnent comme une respiration devenue nécessaire, incitant Gino à un certain dépouillement teinté par une quête de l’essentiel : « J'avais enfin arrondi certaines de mes visions persistantes et obsessionnelles de l'idiome jazz-pop dans ces deux enregistrements. »

Après avoir produit l'album Hitek Hiku, pour le pianiste de jazz danois Niels Lan Doky (2001) et proposé un superbe live accompagné du Metropole Orchestra, The North Sea Jazz festival (2002), Gino Vannelli se rapproche du classique. Dans un style sinspiré par Schubert, il compose Parole Per Mio Padre (2003), une touchante chanson dédiée à son défunt père et dans laquelle le fils laisse parler son cœur (la chanson sera reprise par le pianiste de jazz danois, Nils Len Doky).

Ce tournant ne restera pas sans effet sur la suite de sa carrière, car la chance lui sourit. Suite à la diffusion télévisée de Parole Per Mio Padre, découvrant la chanson, le patron de BMG Records demande à Vannelli d'enregistrer un disque classique contemporain proche de ce qu'il avait écouté. Le chanteur réalise alors l’un de ses plus beaux albums, Canto (2003), qui mélange pop, classique, musique celtique et flamenco et autant de langues : anglais, italien, espagnol et français. Vannelli, le premier, considère cet album comme l'une de ses réalisations majeures de sa carrière.

En 2005, Gino sort These Are the Days sous le label Universal. C'est une compilation qui combine à la fois ses premiers réussites (I Just Wanna Stop, People Gotta Move, Living Inside Myself...) et des chansons récentes inspirées par le genre pop qui l'a conduit au succès. À cette époque, le chanteur s'entoure sur scène de quatre brillants musiciens (Alan Hinds, guitare - Randy Porter, piano - Sandy Wilson, contrebasse et Rheinhard Melz, batterie) capables de transcender aussi bien les compositions récentes que celles plus anciennes réarrangées (une habitude chez Vannelli).


GINO VANNELLI : "THESE ARE THE DAYS" (2005)

À LA CONQUÊTE DE NOUVEAUX ESPACES SONORES

En 2007, poussé par sa curiosité naturelle, il part à la conquête d'autres espaces sonores en vue de concevoir de nouvelles associations. La culture hollandaise en fait partie et aboutira à la rédaction d'un livre CD de poésie, A Good Thing (2009). Gino s'en explique : « Cela a commencé par ne rien faire d'autre que de regarder et d'écouter, ce qui s'est finalement terminé par l'envie de mettre mes pensées en poésie. Au moment où j'ai atteint une cinquantaine de poèmes, l'instinct de coucher de la musique sur les vers a conduit à "A Good Thing". De nouvelles méthodes conduisent à de nouvelles musiques. »

Fin 2009, le chanteur canadien réenregistre et modernise plusieurs de ses chansons populaires pour un CD intitulé The Best & Beyond. Pour cette "mise à jour" enregistrée avec des musiciens de Portland, on lui propose de rédiger quelques notes pour la pochette de l'album. Mais après réflexion, désireux de partager quelques infos plus personnelles avec ses fans, les écrits vont donner jour à un livre intitulé Stardust in the sand et dans lequel le chanteur expose un récit intime de sa carrière, de sa vie et de l'histoire de ses chansons. Gino ira jusqu'à proposer dans l'ultime chapitre intitulé "Godlings and Feet of Clay", un récit humoristique composé de rencontres fortuites avec des musiciens célèbres : Billy Joel, Marvin Gaye, Sting ou encore Stevie Wonder.

En 2014, une compilation CD/DVD de ses grands succès et intitulé Live in LA sort chez Sono Recording Group. La présentation, enregistrée en direct sur scène au "Saban Theatre" de Los Angeles le 8 novembre 2013, marque le retour de Vannelli dans la ville tentaculaire après plus de 15 ans d'absence. Par ailleurs, Live un LA annoncera également le retour de la collaboration sur scène entre les trois frères (dont Ross en tant que producteur, monteur et mixeur).


GINO VANNELLI : "BROTHER TO BROTHER" (en duo avec le pianiste Michiel Borstlap)
Le chanteur nous offre ici une superbe version de son succès Brother to Brother. Rendons également hommage au talent du pianiste qui a su trouver la bonne façon d’arranger et d’interpréter intelligemment ce succès du chanteur canadien.

Aujourd'hui, à 70 ans, l'artiste canadien est devenu actif dans l'enseignement la musique, à Troutdale, dans l'Oregon, là où il réside avec sa famille. Pour autant, il poursuit ses concerts piano-voix dans des théâtres, chante devant des orchestres symphoniques, des big bands ou avec son groupe face à une foule de fans enthousiastes. Gino reste et restera un passionné, fidèle à son art comme toujours, proclamant à qui veut bien l'entendre : « Les meilleures œuvres se trouvent dans le sillage de l'atteinte. »

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2022)


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