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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LA MUSIQUE CLASSIQUE, UN TERME ARTISTIQUE FOURRE-TOUT

Sous l'appellation « musique classique » se glisse souvent des œuvres qui courent sur huit cents ans d'histoire. Or, pour être au plus juste de ce qui est convenu par les musicologues, la « musique classique » s'étale sur une période relativement brève, de 1750 à 1820. Explications...


NE PAS CONFONDRE « MUSIQUE CLASSIQUE » ET PÉRIODE « CLASSIQUE »

Chez un disquaire ou sur une plateforme de vente en ligne, le rayon « musique classique » rassemble fréquemment un large éventail de compositeurs et de styles. Sur le fond, ranger Bach avec Chopin ou Chopin avec Debussy et Debussy avec Varèse ne choque que peu de personnes, alors que du point de vue de l'inspiration et du résultat, ces quatre compositeurs ont provoqué une petite révolution face à leurs contemporains. Avons-nous le droit de rassembler de la sorte plusieurs siècles d'histoire musicale dans un seul tiroir, alors que sa pratique revendique une perpétuelle révolution de son langage ?

© Ri_Ya pixabay.com

Les plus fervents amateurs de « musique classique » sont généralement sensibles à ne pas tout mélanger. Segmenter les différentes étapes de l'histoire de la musique à la va-vite par facilité – ou par ignorance – réclame quelques éclaircissements.

Globalement, suite au baroque (Albinoni, Bach, Haendel, Vivaldi...), la période « classique » fait référence à des compositeurs comme Haydn, Mozart, voire Beethoven, puisque ce dernier assure la transition avec le romantique (Chopin, Dvořák, Liszt, Schumann...) en adoptant ses débordements dictés par d'éclairantes envolées passionnées.

Du temps de Jean-Baptiste Lully, la notion de « musique classique » ne voulait pas dire grand-chose. Le terme s'est imposé avec le siècle des Lumières. Tout devient surtout plus limpide quand on recherche l'origine du mot, emprunté du latin « classicus », et qui qualifie le « citoyen de la première classe », ce qui est « exemplaire, de première importance » et qui peut musicalement servir de modèle, de perfection de l’ancien temps au musicien contemporain, en lui apportant harmonie et équilibre. Par ailleurs, et toujours en se référant au sens du mot latin « classicus », les œuvres dites « classiques » possèdent surtout une postérité qui évite tout discrédit sur le long terme. Elles restent intemporelles et ne sont nullement tenues d'être redécouvertes de temps à autre. Certaines chansons des Beatles pourraient être aujourd'hui qualifiées de « classique » au même titre que la Cinquième de Beethoven.


« GRANDE MUSIQUE » ET « MUSIQUE POPULAIRE »

Le symptôme des valeurs et des comparaisons s'est renforcé en grande partie suite à un amalgame apparu avec la vulgarisation de la musique au 19e siècle et son industrialisation naissante, encouragée lors du 20e siècle par la radio, puis le disque. La distinction criante entre une musique faite pour satisfaire le peuple et une autre, plus cérébrale ou savante, s'est rapidement imposée, jusqu'à être justifiée. L'essor d'une commercialisation démultipliée a fait le reste pour rendre le clivage possible : presse spécialisée, design des pochettes, production ciblée, promotion médiatique, jusqu'aux réseaux sociaux.

Partant de là, on peut estimer qu'avec son capital culturel chargé de référence, la « grande musique » est entrée directement en concurrence avec les « mélodies populaires ». L'idée d'un langage artistique plus accessible qu'un autre s'est installée et s'est vu renforcée avec tout le parasitage qui l'accompagne, et ce, jusqu'à devenir une « normalité » pour les gens ; un fourre-tout injustifié au grand dam des premiers impliqués : les compositeurs. De fait, cette assimilation comparée entre « musique classique » et « musique populaire » est devenue artistiquement perverse, car elle relève de paramètres subjectifs pour prouver sa raison d'être.

En Occident, elle se résume fréquemment côté « classique » à travers ses concertos, sonates, symphonies, ses messes ou ses opéras et côté « populaire » essentiellement à travers ses chansons, opposant de surcroît à des formes particulières d'écritures, d'autres beaucoup plus libres, comme le jazz. Convenez également qu'englober les chants grégoriens, le baroque, le romantisme jusqu'à la musique sérielle du 20e siècle à travers le seul terme de « musique classique » peut avoir quelque chose de choquant pour peu que l'on ait un peu de respect envers l'histoire de la musique !

En conclusion, il serait certainement plus juste, sans se limiter dans le temps et par le style, d'évoquer la « musique classique » comme une ressource écrite s'opposant à une autre non écrite et d'où sont nées les chansons folkloriques et les mélodies improvisées avec toutes ses déclinaisons. Mais cette « idée » est peut-être trop simpliste pour satisfaire une majorité de personnes, surtout chez ceux qui courent après les étiquettes !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2023)

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