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MUSIQUE DE FILMS


MICHEL POLNAREFF ET LA MUSIQUE DE FILMS

Entre un Vladimir Cosma, prolifique compositeur et habile mélodiste du cinéma des années 70/80 et un Michel Legrand aux envolées cousues de chromatismes et éternel défenseur d’un habillage orchestral jazzy, le chanteur et compositeur Michel Polnareff détone dans cet univers musical où effets sonores et dialogues cohabitent non sans une certaine complicité. Là où les histoires défilent à une cadence de 24 images par seconde, la star aux lunettes blanches traîne sa nonchalance, sourd aux contraintes de temps et de moyens imposés par la discipline. Et pourtant…


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Polnareff n’est pas le premier chanteur à s’être essayé à la musique de films. Parmi les ‘anciens’, excepté Gainsbourg… Brel, Brassens et Aznavour ont composé quelques musiques de génériques à défaut d’écrire des scores complets. Ne compose pas pour le cinéma qui veut ! Car la musique de films possède ses codes et ses ‘timings’.

La première des règles est d’apprendre à s’effacer, d’être aux services de l’image et non le contraire. Cette dure loi est encore plus ingrate quand on songe aux musiciens qui participent aux enregistrements et qui ne figurent jamais au générique ! Si ce n’est pas de l’abnégation, mais qu’est-ce donc ?

Evidemment, le compositeur qui écrit pour le cinéma, sans faire vœu de silence (ce qui serait un comble pour un musicien), doit apprendre à s’intégrer parmi la fine équipe… Le plus souvent c’est à la fin, quand le film est dans sa phase de montage, que l’on réclame sa présence. Les techniciens de plateau n’étant plus nécessaires et les acteurs non plus, c’est à ce moment là que le compositeur intervient. Un dialogue s’engage alors avec le metteur en scène et le monteur. Les histoires racontent que c’est souvent dans ces moments là que tout se corse, se tend ou se détend…


POLNAREFF À L’ESSAI

Célèbre pour sa carrière de chanteur et ses nombreux tubes, Michel Polnareff est également connu pour être un bon pianiste et compositeur. De là, à ce qu’un jour le 7e art s’intéresse à lui, il n’y a qu’un pas que j’ose ici franchir !

Sans faire de vague ou presque, en près d’un demi-siècle d’activité, l’artiste n’a collaboré qu’à six reprises avec des cinéastes. Une bien maigre production comparée à un Cosma où à un Legrand qui totalisent à eux deux plus de 300 musiques de films !

Sa première incursion dans le cinéma date de 1969, pour un film s’inscrivant dans l’air du temps, Erotissimo. Dans ce film signé Gérard Pirès et qui met en avant la libération féminine naissante, Michel Polnareff compose une chanson chantée par Annie Girardot et intitulée ‘La femme faux-cils‘. Aussitôt chantée, aussitôt oubliée, la chanson est avant-tout une invitation cinématographique pour l’interprète d’Ame Câline et du Bal Des Laze.

Après la sortie du film Erotissimo, Polnareff doit répliquer à toutes les critiques sur son apparence et son mode de vie. La chanson ‘Je suis un homme‘ voit le jour. Oui, rien de plus naturel en somme, que ce nouveau look que s’impose l’artiste, avec ses grosses lunettes de myopes à montures blanches et ses longs cheveux blonds frisés et décolorés. Polnareff est à un tournant de sa carrière. Il pénètre aux cœurs des années 70 par la grande porte, avec cette apparence singulière qui, désormais, ne le quittera plus.


LA MUSIQUE DE 'LA FOLIE DES GRANDEURS'

En 1971, Michel Polnareff est au sommet de sa gloire et de sa créativité, mais l’artiste n’est pas un musicien facile qui obéit aux ordres. Quand le metteur en scène Gérard Oury lui commande la partition de ‘La folie des grandeurs’, il va très rapidement se rendre compte de son intransigeance.

Le film s’inspire de Ruy Blas de Victor Hugo. La tête d’affiche est alléchante. Face au personnage de Don Salluste, interprété par un Louis de Funès fourbe et cupide, Yves Montand donne la réplique, venant remplacer un Bourvil trop tôt disparu.

Montand incarne le valet Blaze, le ‘bon Blaze‘ au service de l’ignoble Salluste. Le film est une totale réussite, au point que quelques jours avant sa sortie officielle, les médias commenteront avec fougue le fameux strip-tease décalé d’Alice Sapritch, si peu érotique, mais si comique, qu’il deviendra l’une des scènes cultes du film.

Pour illustrer le film qui se déroule au 17e siècle dans une Espagne tourmentée, Oury, qui sort d’une collaboration avec le compositeur Georges Delerue, rencontre un Polnareff tout en ébullition, un véritable fou de musique en quête de nouvelles expériences sonores. Oury n’est pas rassuré. Face à la ‘sagesse musicale’ de Delerue, Polnareff lui apparaît comme une star faisant des caprices, d’autant plus que sa vision musicale est déroutante…

Le générique qu’il propose à Oury sonne à la façon d’une musique de western spaghetti aux allures triomphales. “Je suis en train d’agrandir ton écran, d’en faire du Cinémascope” lui dira Polnareff. Les décors désertiques d’une Espagne révolue font illusion… et ça marche ! En jouant sur le décalage, en apportant de la fantaisie et des trouvailles sonores, la bande originale conserve aujourd’hui encore, après plus de 40 ans, une certaine fraîcheur et une certaine audace.

Michel Polnareff s’est investi dans le projet et cela s’entend (14 thèmes seront écrits). Le compositeur connaît bien la musique et sa vision artistique est loin d’être étriquée. Il aime butiner, provoquer des télescopages sonores sans craindre l’humour ou le burlesque. D’ailleurs, la musique qu’il compose pour le film d’animation ‘D’Artagnan l’Intrépide‘ (1974), et adapté d’Alexandre Dumas, illustre parfaitement cela. Polnareff mélange sans retenue les genres, passant d’une musique de cour à un folklore russe, d’une musique pop aux sonorités symphoniques à une mélodie rock aux contours glamours, avec la même facilité, la même aisance déconcertante.

Entre-temps, Polnareff s’est attelé à la musique d’un film signé Nadine Trintignant, Ça n’arrive qu’aux autres (1971). Pour ce film dramatique sur la mort d’un enfant, le compositeur utilisera un tout autre registre, démontrant à l’occasion que son écriture flamboyante peut devenir plus discrète et posséder plus de retenue. La chanson éponyme du film donnera le ton dès le générique. En 1969, l‘auteur de ‘Love me, please love me‘ tentera même l’aventure théâtrale en écrivant pour Jean-Louis Barrault la musique de scène de son spectacle, Rabelais.


MICHEL POLNAREFF - LIPSTICK


LIPSTICK, L’AVENTURE AUX FRONTIÈRES DU DISCO

Suite à des problèmes de dette fiscale provoqués par son homme de confiance, Michel Polnareff quitte le territoire français et s’exile aux Etats-Unis, à Los Angeles…

Après la sortie de l’album ‘Fame à la mode‘ en 1975 et une tournée qui l’entraîne au Japon, l’artiste est de retour dans les studios californiens l’année suivante pour composer une nouvelle musique de film, Lipstick (Viol et châtiment). A sa sortie, les sonorités disco du générique rencontrent un vif succès aux Etats-Unis et Lipstick se classe numéro un.

Pour le compositeur, le rapport épisodique mais intense qui le lie au cinéma lui permet de s’affranchir du format de la chanson. Sa musique flirte avec les musiques expérimentales. Si sa longue pièce, Lipstick Montage, illustre parfaitement les recherches sonores menées alors par l’artiste, alternant les passages symphoniques et les sonorités commerciales avec guitares électriques et claviers électroniques, The Rapist demeure néanmoins la pièce la plus aventureuse, avec ses sonorités décousues à base de synthétiseurs.


LA VENGEANCE DU SERPENT À PLUMES, LA DERNIÈRE MUSIQUE DE FILM

1984. Peu après avoir succombé aux gros sons FM, entre un ‘Bulles’ triomphant et un ‘Incognito’ moins réjouissant, Polnareff signe sa dernière musique de films : La vengeance du serpent à plumes. Cette comédie, qui  a pour vedette Coluche, lui permet de collaborer une seconde fois avec Gérard Oury…

Oury, habitué aux comédies, propose un sujet sur fond de terrorisme, basé en partie sur des faits authentiques : la réunion au Mexique de la Conférence Nord-Sud pour la Coopération et le Développement, qui eut lieu à Cancún en 1981. De la BO, on retiendra surtout la chanson générique de fin ‘La belle veut sa revanche‘ qui sera également intégrée dans l’album Incognito.

Les musiques de films signées Michel Polnareff sont certainement des curiosités pour ceux qui ne connaissent de l’artiste que sa carrière de chanteur. Même, si celui-ci n’est pas un pur compositeur de cinéma, je vous conseille de découvrir cette facette peu connue de son œuvre. Un album compilation sortie en 2011 et intitulé ‘Le cinéma de Polnareff‘ vous permettra d’entendre les pièces musicales les plus représentatives, dont certaines inédites ou rares (musique de scène de Rabelais).

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2012)


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