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PAUL McCARTNEY, WINGS ET SON HISTOIRE

De 1971 à 1981, le groupe Wings, constitué autour d’un noyau dur comprenant l’ex-Beatles Paul McCartney, sa femme Linda McCartney et le guitariste Denny Laine produiront de nombreux tubes dont plusieurs classés numéro 1 dans les charts américains et anglais. Si les chansons sont principalement l’œuvre de Paul McCartney, Denny Laine sera également à l'origine de quelques belles compositions. L’album 'Band of the Run', enregistré en 1973, témoigne à juste titre de l’effervescence créative de ce groupe rock. Voici son histoire.

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LA SÉPARATION DES BEATLES

Quand Paul McCartney fait la connaissance de John Lennon à l’adolescence, aucun des deux ne suppose que leur rencontre donnerait lieu à l’une des plus belles aventures musicales de la Rock Music. Aujourd’hui, plus de cinquante ans plus tard, on mesure toute l’importance de l’œuvre commune qui en découlera. Rien n‘était écrit mais tout devait arriver comme dans un livre écrit, en donnant naissance à quelques-unes des plus belles chansons de la seconde moitié du 20e siècle.


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Les Beatles avaient eu le bon goût de transmettre une autre vision de la musique rock tant au point de vu des structures que de l’agencement des harmonies. Même si les crédits étaient signés Lennon/McCartney sur les pochettes, les tâches étaient partagées entre John et Paul. Ce dernier avait pris très tôt un ascendant mélodique dans ses chansons : I’ll Follow the Sun, Yesterday, You Won't See me, Fool on the Hill, Penny Lane, Hey Jude, Let It Be… Admirateur de Little Richard, on lui doit aussi quelques bons rocks : She’s a Woman, Paperback Writer, l'm Down, Back in the USSR, Lady Madonna ou encore Get Back.

© Eric Koch / Anefo - The Beatles, avec au premier plan et de gauche à droite : Paul McCartney, George Harrison John Lennon, et à l'arrière-plan Jimmie Nicol en remplacement de Ringo Starr (1964)

Le 12 mars 1969, quelques semaines avant la parution de l’avant-dernier album des Beatles,Abbey Road, Paul se marie avec Linda Eastman, une groupie notoire de la Rock Music et photographe à l'occasion. Linda, qui constatait que l’ambiance des grands jours avait disparu chez les Beatles, prenait peu à peu un fort ascendant sur la carrière artistique de son mari.

C’est aussi à cette période qu’une histoire assez rocambolesque allait apparaître : aux États-Unis, des détectives amateurs apportaient les preuves de la mort de Paul survenue en 1966 lors d'un accident d'automobile. Selon eux, son frère l'aurait remplacé. Les fans des Beatles s'affolèrent, mais Paul s’en amusa et démentit les faits de cette "campagne publicitaire" pour laquelle il n’était pas totalement étranger et qui lui rendait, en somme, quelques services pour voguer librement de son côté.

1970. Paul annonce officiellement la séparation du quatuor quelques jours seulement avant la sortie de son premier album solo éponyme. Ce geste indélicat sera l'une des causes de la dissolution définitive des Beatles, après la sortie au mois de mai de l’album Let It Be. Ses violentes attaques envers le producteur Phil Spector et l'homme d'affaires des Beatles, Allen Klein, lui vaudront le mépris des trois autres musiciens, ce qui ne l'empêchera nullement d’amorcer sa carrière, peut-être médiocre au début, mais plus heureuse par la suite.


L’AVENTURE DU GROUPE WINGS

Paul McCartney réalise son second 30 cm, Ram, en mai 1971 avec l'aide de sa femme Linda (claviers, chœurs), David Spinozza, Hugh McCracken (guitares) et Denny Seiwell (batterie), précédant de seulement trois mois la création du groupe Wings. Cette première mouture comprend alors un ancien membre des Moody Blues, Denny Laine (guitare, chant), qui vivait alors un passage à vide, Denny Seiwell (batterie) et Linda ; Paul assurant la voix principale et la guitare basse comme du temps des Beatles.

Wild Life, le premier album de Wings sort un mois après celui de John Lennon Imagine, le 15 novembre 1971, et sa première apparition publique a lieu à Nottingham le 9 février 1972. Dix jours plus tard, Paul publie une chanson fortement « engagée » - toutefois naïve -, en faveur de la cause irlandaise, Give Ireland Back to the Irish, une chanson qui sera interdite d'antenne par la « courageuse » BBC.

Au mois d'août de la même année, Paul et Linda sont arrêtés en Suède pour possession de stupéfiants, et une seconde fois en Nouvelle-Zélande le mois suivant pour le même motif. Après quelques spectaculaires déclarations du couple : « L'histoire des Beatles, pour moi, c'est un peu comme une nécrologie », un autre simple au texte équivoque sur l'usage des drogues et baptisé bizarrement Hi Hi Hi sera aussi interdit par une BBC toujours aussi inflexible ce qui, paradoxalement, contribuera à relancer la carrière du disque, jusqu’à se positionner à la troisième place du « hit parade » national.


WINGS : MY LOVE

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Le 5 mai 1973 sort Red Rose Speedway, un album de meilleure qualité que le précédent. Sur la pochette, Paul McCartney y figure en gros plan avec une rose entre les dents pour rassurer ses admirateurs. L’album connaît un certain succès en atteignant la première place dans les charts américains, pays plus sensible à l’embellissement sonore du groupe que leurs homologues anglais, qui jugent encore avec un mauvais œil la dissolution des Beatles.

Parallèlement à Red Rose Speedway, McCartney contribue à la bande-son du film Live & Let Die, une nouvelle mouture cinématographique de l’agent secret 007. Paul se contente d’écrit le thème générique du film. Le reste de la BO est confié au producteur et compositeur des ex-Beatles, George Martin. La musique de Live & Let Die est un énorme succès, surtout en France, où la puissante introduction signée de la main de Paul servira de générique à l’émission politique d’Antenne 2, " L’heure de vérité ".

© Jim Summaria - Paul McCartney et Linda McCartney - Wings (1975)

Peu de temps après la sortie de Red Rose Speedway, le guitariste Henry McCullough se prépare à quitter le groupe suivi aussitôt par le batteur Denny Seiwell, cela au moment même où débutent les longues séances d'enregistrement de l'album Band On the Run à Lagos au Nigeria, en août 1973. Band On the Run est alors enregistré en petit comité : Linda officie toujours aux claviers et aux chœurs, Denny Laine conserve le même poste, tandis que Paul assure toutes les autres parties : basse, batterie et synthétiseur.

Band On the Run est indéniablement la meilleure réussite de Wings. Sa sortie en janvier 1974 est aussitôt suivie par des rumeurs de reformation des Beatles, démenties par Paul qui demeure sceptique, mais prêt à ce que des enregistrements voient le jour.

Lors des tournées, le groupe vit dans un bus aménagé. Les Wings comprennent deux nouveaux venus en plus de Linda et Denny Laine : Jimmy McCulloch (guitare, percussions), un ex-Thunderclap Newman, et Joe English (batterie), les deux musiciens remplaçant respectivement Henry McCullough et Geoff Britton. Tout semble se faire en famille dans une bonne ambiance. Les dates sont rares, mais les prestations du groupe retiennent toujours l’attention. La promotion de Band On the Run porte ses fruits en se vendant à plus de six millions d'exemplaires en une année.

L'album suivant Venus & Mars, enregistré à La Nouvelle-Orléans en 1975, déçoit après le magistral Band on the Run pour avoir repris quelques-unes de ses « recettes » miracles. Malgré tout, il est l'exemple parfait de la seconde « maturité » de Paul McCartney, en démontrant sa capacité à faire de Wings une formation régulière et stable. Contrairement aux deux albums précédents, McCartney laisse le champ libre pour des compositions à ses compagnons de route, Denny Laine et Jimmy McCulloch, même si McCartney demeure bien sûr le leader incontesté, ne serait-ce qu’à cause de son passif artistique. Au final, malgré quelques critiques négatives, Venus and Mars parvient sans mal à se hisser à la meilleure place des deux côtés de l’Atlantique, France comprise.


WINGS : NINETEEN HUNDRED AND EIGHTY FIVE (Band on the Run)

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L’APRÈS ‘VENUS & MARS’

Avec son aspect fleur bleue, ses violons et sa mélodie dans le plus pur style McCartney, on ne peut s’étonner vraiment de voir figurer en juin 1976 et en première position, la chanson Silly Love Songs (album Wings at the Speed of Sound). Une fois de plus, on ne peut que saluer les capacités de cet artiste qui possède, comme nul autre, la faculté de saisir les notes pour les rendre belles et soyeuses !

L’album Wings at the Speed of Sound, atteint ses objectifs en se classant à la première place des charts américains, devenant même disque d’or en France et en Angleterre. Paul concède toujours plus de terrain aux autres membres du groupe, notamment les voix, ce qui lui sera reproché, mais Paul est trop occupé à écrire et à produire l'album de Peggy Lee, Let's love, et celui de Mike McGear, son frère, pour s’enquérir de tels reproches.

L’année 1976 est aussi marqué par une longue tournée qui donne lieu à l’album live de Wings, Wings Over America, un triple LP issu des enregistrements de la tournée ‘Wings Over the World Tour’ qui s'est déroulée entre mai et juin 1976. Fait unique, Wings Over America réunit à la fois des titres des Wings, de Paul en solo, mais aussi des Beatles (Lady Madonna, The Long and Winding Road…). Le carillon du succès résonne de nouveau avec 86 semaines dans les meilleures positions des charts Américain et Anglais.


WINGS : SILLY LOVE SONGS

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Après une année fort bien remplie, Wings récupère. La réalisation d’un nouvel album devra attendre un peu, d’autant que Linda attend un enfant et que le batteur Joe English, qui vient de se marier, convole sur un petit nuage au point de penser à quitter le groupe.

© 1976 MPL Communications - De gauche à droite : Joe English, Denny Laine, Linda McCartney, Jimmy McCulloch et Paul McCartney (Wings 1976)

C’est au mois de février 1977 que Wings se réunit pour concrétiser un autre album. Les conditions de l’enregistrement de London Town se réalisent dans des conditions particulières à bord d’un bateau, sans que le studio improvisé ne vienne perturber la collaboration toujours plus étroite entre Paul McCartney et Denny Laine.

Dix chansons sont mises en boîte. Peu après la sortie de London Town, le batteur Joe English quitte le navire remplacé par Steve Holley, tout comme le guitariste Jimmy McCulloch qui, rattrapé par son addiction aux drogues, le sera par Laurence Juber.

Quelques mois après l‘enregistrement en studio de Rockestra Theme et de So Glad to See You Here en octobre 78, qui voit la réunion d’un ensemble de rockstars : David Gilmour des Pink Floyd, Pete Townshend des Who ou encore Hank Marvin des Shadows et John Paul Jones de Led Zep, Wings sort ce qui constitue l'un de ses derniers grands tubes, Goodnight Tonight, en mars 1979.

Trois mois plus tard, un LP suit : Back to the Egg. Ce sera le dernier album studio enregistré par Wings. L’ambiance musicale est nettement plus rock que sur les précédents disques. McCartney s’est visiblement inspiré de la musique punk qui sévit alors depuis deux ans en Angleterre. Une tournée mondiale suit la sortie de l’album...


LA FIN DE L’HISTOIRE

En janvier 1980, alors que le groupe atterrit à Narita pour une tournée au Japon, les McCartney sont conduits à la douane de l'aéroport. En effet, lors de la fouille des bagages, la douane constate que Paul transporte de la marijuana. Le musicien est arrêté.

Au japon, le transport de drogue est lourdement sanctionné. Paul McCartney, malgré sa stature de star internationale, ne peut éviter la prison et les interrogatoires conduits par les autorités japonaises durant une dizaine de jours. Le reste du groupe et tout le staff se trouve alors plongés dans l'incertitude la plus totale. Lassés d'attendre, comme dépités, Denny Laine, Steve Holly et Laurence Juber finissent par quitter le sol japonais au bout de cinq jours en laissant la femme de Paul gérer la situation. L’autre conséquence de cette affaire sera d’interdire la diffusion de la musique des Wings sur le territoire japonais durant plusieurs mois.

Quand McCartney revient en Angleterre, l’entente cordiale dans le groupe a disparu. Paul retrouve le chemin des studios, mais seul cette fois-ci. Il réitère la même attitude qu’il avait eue au moment de la séparation des Beatles. Durant trois semaines, il va élaborer des arrangements en ayant recours aux technologies les plus récentes, donnant un aspect à la fois moderne et troublant à ses compositions, comme celles qui figuraient sur son premier album solo, McCartney. Un single en est issu, Coming Up mais, paradoxalement, alors que la face A porte le sceau d’un McCartney solitaire, la face B présente une performance de Wings du même titre enregistré lors d’une tournée de l'année précédente. C'est cette version qui permettra au groupe de connaître un dernier grand succès aux États-Unis.


WINGS : GOODNIGHT TONIGHT

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Le 8 décembre 1980, John Lennon est assassinée à New York. Paul tente de surmonter l’épreuve. Dans les premiers mois de 1981, il conjugue le mauvais sort en travaillant à un nouveau projet. Une sorte de baroud d’honneur qui doit aboutir à la réalisation d’un nouvel album avec les Wings, Cold Cuts, mais l'album ne verra jamais le jour, et lorsqu'il continue de travailler sur son futur Tug of War, McCartney ne convoquera Denny Laine seulement pour quelques séances.

Dissuadé par le producteur et ami George Martin de le voir ainsi se perdre dans une voie sans issue, Paul McCartney se résout à adopter une attitude plus sage en envisageant une éventuelle dissolution du groupe. La nouvelle de la séparation ne viendra cependant pas de lui mais de Denny Laine qui, en annonçant son départ du groupe le 27 avril 1981, précipitera la fin de l’aventure Wings. La mort de Linda McCartney en 1998 devait mettre fin à tout espoir d’une reformation du noyau dur de Wings.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2020)


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