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MUSIQUE DE FILMS


ADAMO COMÉDIEN ET RÉALISATEUR, DU FILM 'LES ARNAUD' À 'L'ILE AU COQUELICOT'

Ses succès provenant des années 1960, tels que Tombe la neige, Les filles du bord de mer, Inch'Allah ou encore La nuit l'ont rendu populaire. Parallèlement à ce parcours sans faute de goût, le chanteur italo-belge Salvatore Adamo aura eu, comme d'autres artistes de sa génération, l'occasion de quitter la scène pour découvrir les plateaux de cinéma. Si un film avec Bourvil figure dans sa filmographie, L'île au coquelicot, l'unique film qu'il a réalisé, demeure certainement une énigme pour ses fans.


DES CHANTEURS YÉ-YÉS À L'ASSAUT DU CINÉMA

Apparu durant la période yé-yé, Salvatore Adamo pouvait être considéré comme un jeune chanteur à contre-courant des modes en interprétant des chansons au style musical hérité de ses aïeux. Fort heureusement pour lui, sa personnalité et ses talents d'auteur-compositeur le sauveront des apparences. Il n'avait certainement pas la « rock'n'roll attitude », même si le chanteur se défendait d'apprécier la musique d'Eddie Cochran. Qu'importe ! Johnny Halliday, Eddy Mitchell et Dick Rivers s'en étaient chargés à sa place.

© allocine.fr - L'affiche du film à la gloire des yé-yés, "Cherchez l'idole".

D'une gentillesse et d'une réserve indissociable de sa personne, envers et contre tout, il avait accompli l'exploit de réunir toutes les générations en chantant des textes dans lesquels la poésie et le rêve s'invitaient ; des vers qui expliquent certainement le succès colossal qu'il rencontra au milieu des années 1960 en ayant été, paraît-il, l'égal des Beatles en France durant l'année 1966. Mais je m'égare, et revenons à ce qui nous intéresse ici : le cinéma.

Quand le succès vous sourit, il est toujours tentant de diversifier sa carrière, d'autant que quand le succès vous sourit, les propositions affluent en général. Le septième art est fréquemment une porte d'entrée quand on vient de la chanson. Durant la période yé-yé, qui court approximativement jusqu'aux années 1965/1966, Salvatore Adamo ne sera pas l'unique chanteur à vouloir découvrir l'expérience des plateaux de cinéma. Johnny, sera l'un des premiers avec un film tourné en Camargue, Pour moi la vie va commencer, en 1963. Son pote, Eddy, fera de même. De mon propre avis, c'est certainement lui qui a su exploiter au mieux une carrière dans le cinéma dès qu'il y consacrera du temps, au début des années 1980.

Pour les autres, comme Serge Gainsbourg, en tenue de Romain dans des péplums, c'est moins sûr. Idem, lorsqu'il choisira de passer derrière la caméra pour des films engagés à défaut d'être engageant. Quant à Antoine, Claude François, France Gall, Françoise Hardy, Dick Rivers ou Sheila, leurs rencontres avec le cinéma, même tardives, seront tels des coups de vent. Éphémère, il va sans dire ! Généralement, c'est suite à une soudaine proposition ou simplement par pure amitié que ces artistes acceptaient d'apparaître à l'écran furtivement. Vis-à-vis de leur carrière, ils n'avaient rien à perdre, car tous, sans exception, n'ont jamais placé le cinéma au-dessus de leur véritable métier, celui d'être des vedettes de la chanson.

Parmi les films à la gloire des yé-yés, Cherchez l'idole de Michel Boisrond, réalisé en 1964, est le genre de « nanar » réunissant une pléiade de chanteurs et de groupes interprétant leur propre rôle à l'écran ; une distribution inouïe sans aucune mesure avec la qualité passable du film. Parmi les participants, il y avait notamment Frank Alamo, Charles Aznavour, Jean-Jacques Debout, Franck Fernandel, Johnny Hallyday, Nancy Holloway, Les Médiators, Eddy Mitchell et les chaussettes noires, Dany Saval, Les Surfs, Eddie et Sylvie Vartan... Bref, un film branché pour ados.

L'outsider, si je peux m'exprimer ainsi, ne sera autre que Salvatore Adamo, puisque c'est le rare artiste de cette époque à avoir été comédien puis réalisateur au tournant des années 1970. En 1967, il sera un étudiant en droit dans le film de Léo Joannon, Les Arnaud, avec Bourvil et Christine Delaroche, avant de se diriger derrière la caméra pour son premier et unique long-métrage L'île au coquelicot, trois ans plus tard.


SALVATORE ADAMO : "NOUS" (extrait de la BO du film "L'île au coquelicot")


DU FILM "LES ARNAUD" À "L'ÎLE AU COQUELICOT"

© unifrance.org - L'affiche du film "L'île au coquelicot".

Quand on parcourt le synopsis du film Les Arnaud, on comprend immédiatement que le personnage interprété par Adamo joue de malchance, mais que toutefois il doit rester honnête et droit, même après avoir assassiné une personne qui le faisait odieusement chanter. Il fallait bien cela pour donner de l'épaisseur à l'intrigue de ce film adapté de Crime et Châtiment de Dostoïevski, surtout quand le personnage central est quelque peu penaud. Cependant, tourner au côté de Bourvil, cet immense acteur, ne peut être vécu que comme une expérience enrichissante, ce que Salvatore avouera.

De sa carrière de comédien, c'est ce film qu'il faut retenir. Les autres projets cinématographiques, comme le rôle de Lucien Leuwen adapté du roman de Stendhal, et qui devait être filmé en Union soviétique sous la direction de Claude Autant-Lara, en 1966, est une tentative qui tournera court. Quant à L'ardoise, réalisé par Claude Bernard-Aubert, sortie en 1970, que dire ? Un synopsis où le pauvre Salvatore, baptisé « Science-Po », rumine une vengeance contre ceux qui l'ont envoyé en prison. Malgré la présence de ses deux codétenus interprétés par Michel Constantin et Jess Han, on a du mal à y croire. Tant pis ! En attendant, Salvatore signe fort heureusement la musique de la BO, après avoir reçu quelques bons pifs à l'écran.

Pour le film L'île au coquelicot, on change de format. Salvatore Adamo en avait peut-être marre de se faire rosser par de vigoureux gaillards. Il tente alors une expérience qui lui tient à cœur : écrire l'histoire d'un film et le réaliser. Comme la tendresse et l'amour sont les thèmes favoris de ses chansons, il y a toutes les chances pour que le scénario soit différent des productions auxquelles il a participé en assurant le premier rôle. Et c'est le cas, car le film raconte une relation sentimentale à rebondissement et dans laquelle la fiction rejoindra la réalité, puisque son amie à l'écran, Annette Dahl, ne sera autre que celle qui donnera naissance à sa fille Amélie.

Quand Adamo est sur le point de dire « moteur ! », nous sommes en 1969, et le chanteur vient d'obtenir un joli succès avec son cinquième album studio Petit Bonheur. « Petit bonheur deviendra grand / Pourvu que Dieu pourvu que Dieu / Me prête amour toujours » disent les paroles. En sera-t-il de même avec son film ?

Pas vraiment, puisque le film sera peu distribué, avec seulement quelques projections en province durant l'été 1971. Pour tout dire, il ne reste que la bande originale, une rareté qui parviendra à être éditée sous la forme d'un 33 tours et dans lequel la chanson Nous s'extirpera. Le magazine "Salut les copains" sera bien le seul à véritablement évoquer le film, en l'accompagnant de quelques photos pour satisfaire les fans du chanteur.


SALVATORE ADAMO : "MARIE LA MER" (extrait de la BO du film "L'île au coquelicot")

En visionnant les images du film, ni les décors, ni les looks des personnages ne sortent du cadre de l'époque. Nous sommes bien au tournant des années 1970 avec ces teintes tranchantes au scalpel. Sur le plan des idées, Salvatore Adamo incarne un personnage contemplatif de cette période post soixante-huitarde. Un mot revient souvent dans ses chansons, le mot « rêve », et dans L'île au coquelicot, Salvatore cherche à imposer un violoniste pensif, quelque peu lunaire. Le film se veut poète, mais les diverses scènes qui le traverse deviennent bizarres, étranges, quand on se place côté spectateur. Jugez plutôt :

Adamo joue du violon et s'assoit sur le rebord d'un immeuble, tout en haut de celui-ci ; Adamo tient un soleil couchant et l'offre à son amie (Annette Dahl) ; Adamo se retrouve devant un peloton d'exécution allemand, et le plus drôle pour la fin, quand Adamo s'endort en écoutant du Mary Poppins. Ils sont vraiment étranges les rêves de Salvatore ! Le revers, c'est qu'un film basé qui s'appuie sur des successions d'idées, même originales ou insolites, ne produit pas nécessairement un film acceptable. Fin de l'histoire. Reste quelques belle chansons.

Le cinéma et Adamo, est-ce véritablement fini ? Oui, excepté une brève apparition dans le film de Chantal Lauby, Laisse tes mains sur mes hanches, en 2003, et dont le titre est hérité de l'une de ses chansons phares. Au moment de la sortie du film, la partenaire féminine des Nuls ne cachera pas, que durant sa jeunesse, elle adorait cette chanson. Visiblement, elle ne fut pas la seule, puisque le gentil troubadour poète avait su séduire par ses paroles sensibles, de nombreuses jeunes et moins jeunes femmes. Même aujourd'hui encore !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 01/2023)

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