JAZZ ET INLUENCES


LES STANDARDS DU JAZZ ET LEUR HISTOIRE

Cette page est la suite de LES CHANSONS DEVENUES DES STANDARDS DE JAZZ


DE BODY AND SOUL À HELLO DOLLY

Standard entre tous les standards, Body And Soul. Cette chanson sera reprise par un nombre incalculable d’artistes, du plus célèbre ou plus anonyme. Ses paroles étaient à mots couverts les conséquences d'un amour fou, celui d’une femme soumise « corps et âme » à l’homme qui la délaissait. Triste romance ou le blues s’écrit en lettre capitale, Body And Soul s’inscrit au même titre que The Man I Love dans la chanson dramatique.


Ad Block

Un bloqueur publicitaire bloque le déroulement de cette page. Pour ne plus subir cette restriction, veuillez désactiver votre bloqueur publicitaire pour l'ensemble du site "www.cadenceinfo.com". Merci.

Procédure pour autoriser "cadenceinfo.com"


Mais attention, n’allez pas croire que les « standards » sont uniquement composés de chansons sombres ou tristes. Elles peuvent être tout à fait l’inverse : gaies, entraînantes et rythmées. I Got Rhythm, Tea For Two ou Hello Dolly appartiennent à cette catégorie.

I Got Rhythm est le type même de chanson qui, en raison de ses nombreuses syncopes, ne pouvait que séduire les musiciens de jazz. Personne ne peut nier l’intelligence musicale de sa mélodie rebondissante. I Got Rhythm inspire les improvisateurs comme jamais, mais aussi les chorégraphes et les metteurs en scène. Extraite de la comédie musicale Girl Crazy (1930), I Got Rhythm sera adapté au cinéma dans An American In Paris (Un Américain à Paris, de Vincente Minnelli – 1951) avec Gene Kelly. I Got Rhythm figure naturellement dans la biographie des frères Gershwin. C’est à l’occasion du dixième anniversaire de la fameuse Rhapsodie In Blue, en 1933, que George Gershwin composa une pièce pour piano et orchestre en six mouvements intitulée Variations on «  I Got Rhythm ». Tout un programme !

Dans un autre registre musicalement plus conventionnel, la chanson Hello Dolly !. Celle-ci n’est pas à sous-estimer, bien au contraire. Elle est devenue très rapidement l'un des titres phares de l'histoire de la comédie musicale. Issue d’un show créé en 1964 et qui demeure, encore à ce jour, comme l’un des plus prestigieux succès de l’histoire de Broadway, la chanson sera reprise par une foule de chanteurs, orchestres et formations de jazz. Louis Armstrong en enregistra une version qui le plaça, pour la seule fois de sa carrière, au sommet du hit-parade.

Outre la qualité de ses nombreuses chansons, le succès à la scène de Hello Dolly ! est surtout dû à la personnalité libre et provocante du personnage principal Dolly créé par Carol Channing. De nombreuses chanteuses se succédèrent, heureuses de s’accaparer le rôle : Ginger Rogers, Martha Raye, Betty Grable, Pearl Bailey, Dorothy Lamour…


LAURA, UNE HISTOIRE CONDUITE À L’ENVERS

À l’origine, la chanson éponyme Laura n’est qu’un thème instrumental utilisé dans la BO du film d’Otto Preminger (1945). Le compositeur David Raskin a écrit cette musique en pensant à l’étrange héroïne incarnée par Gene Tierney. À sa sortie, le film rencontre un succès immédiat, et le public se met à réclamer aussitôt la « chanson » qui, bien entendu, n’existe pas encore. Les éditeurs du morceau proposent alors à Raskin une série de textes. Il les refuse tous, car il sait exactement le parolier qu’il lui faut : Johnny Mercer. Ce dernier, qui possède plus d’une corde à son arc, se met au travail et le résultat ne se fait pas attendre. La chanson Laura vient de naître, et deviendra l’une des cinq ou six mélodies les plus enregistrées de l’histoire de la musique. Nat « King » Cole, Frank Sinatra, Julie London, entre autres, en donneront de brillantes interprétations.

Encore aujourd’hui, Laura reste un thème favori des jazzmen. Tous les grands ont donné leur version, à commencer par Erroll Garner, Woody Herman, Stan Kenton, Charlie Parker, Pete Rugolo, Barry Harris et Bill Evans.


YESTERDAY, UNE CHANSON "POP" DANS UN MONDE JAZZ

Composée par Paul McCartney, Yesterday est l’une des rares chansons « pop » que les musiciens de jazz n’hésitent pas à mettre à leur programme. La mélodie est simple et autorise bien des audaces. Toutefois, les reprises de Yesterday ne sont généralement pas trop éloignées de l’original. Ce qui est assez rare. Une forme de respect entoure cette chanson.

Son histoire est toute simple… Un matin Paul McCartney se réveille avec une mélodie en tête. Il l’intitule provisoirement Scrambled Egg (« œuf brouillé ») et se met illico à chercher où il l’a entendue. Il lui faut un certain temps pour se convaincre qu’il en est bien l’auteur. Il retravaille le morceau avec Lennon, dont l’apport se limitera à la construction du pont.

Chanson instinctive, Yesterday est une merveille de simplicité acoustique : une voix, celle de Paul, et une guitare acoustique rehaussée d’un quatuor à cordes. Un coup de maître, qui fera de cette chanson la plus reprise du répertoire des Beatles.


L’AMERICAN-SONG ET LEURS AUTEURS

On ne peut évoquer les « standards » sans citer les auteurs les plus célèbres : Jerome Kern, auteur de A Fine Romance, Ol' Man River et All The Things You Are, Cole Porter et ses nombreuses mélodies langoureuses : Night And Day, Easy To Love, I Concentrate On You et Kiss Me, ou encore le talentueux mélodiste Richard Rodgers, qui a composé en compagnie des auteurs Lorenz Hart et Oscar Hammerstein un nombre important de « standards ». Les chansons My Romance, Where or When, My Funny Valentine, The Lady Is a Tramp, Falling in Love with Love, Oklahoma !, If I Loved You, My Favorite Things, pour ne citer qu’elles, ont été le cœur battant de nombreux aventuriers : Charlie Parker, John Coltrane, Miles Davis

Bien sûr, les orfèvres en la matière, ceux qui ont apporté à l’american-song ses lettres de noblesse resteront les frères Gershwin, Ira et George. Ensemble, ils formeront un duo étonnant. Ils gagneront l’estime du public pour avoir écrit de nombreuses comédies musicales populaires dans les années 30. Un bon nombre de chansons deviendront, en raison de leur lyrisme, mais aussi de leur rythmes syncopés, des standards de jazz incontournables : A Foggy Day, But Not For Me, Embraceable You, Fascinatin’ Rhythm, I Got Rhythm, The Man I Love, Oh, Lady Be Good !, et d'autres provenant de l’opéra Porgy And Bess : Summertime, It Ain't Necessarily So, My Man’s Gone Now.

Les chansons de Porgy and Bess auront notamment une portée considérable dans le monde du jazz en se voyant adaptées par ses plus grands interprètes : Louis Armstrong et Ella Fitzgerald avec l’orchestre de Russell Garcia en 1957, l’année suivante par Miles Davis et l’orchestre de Gil Evans. Toute l’histoire du jazz moderne est balayée par ces chansons intemporelles. Chacun y va de sa plume ou de son inspiration soudaine pour produire « sa version » : Keith Jarrett, Herbie Hancock, Joe Pass, Chet Baker, Eddy Louiss et l’orchestre d’Ivan Julien, Paolo Fresu, etc. Bien que suscitant un moindre intérêt chez les jazzmen, seul le répertoire des Beatles a été capable de se hisser à ce niveau de reconnaissance intergénérationnelle.


LA FRENCH TOUCH DANS LA CHANSON JAZZ

Parmi les auteurs et compositeurs français qui ont su - ou pu - apporter au jazz et à la chanson française un rayonnement international, citons surtout Michel Legrand dont la carrière jazz à été émaillé de musiques de films et de chansons à succès – les deux étant souvent liés. Mentionnons les incontournables L’été 42 (The Summer Knows), Les moulins de mon cœur (The Windmills Of Your Mind), ou le langoureux Watch What Happens qui, sous les doigts d’un Count Basie ou mieux encore d’un Quincy Jones, est capable de vous transmettre autant d’émotions que de frissons.

N’oublions pas Charles Trenet dont certaines chansons ont eu un pied, sinon les deux dans le jazz. La mer (Beyond The Sea) bien entendu, qui comptabilise à ce jour plus de 200 versions, mais également Douce France (écrite par Trenet et composée par Léo Chauliac en 1943) qui va si bien à la french touch d’un Ray Ventura et d’un Jacques Hélian. Mais la chanson française, celle qui récolte vraiment tous les lauriers, ne peut être que Les Feuilles Mortes (Automn Leaves)…

Infatigable, inusable, interminable, les superlatifs abondent quand on évoque la chanson écrite par Prévert et Kosma. Une fois encore, c’est le cinéma qui nous permet de la découvrir. Dans le film Les portes de la nuit, réalisé par Marcel Carné en 1946, le jeune Yves Montand chantonne quelques vers dans un café le cœur bien serré. Rien à l’écoute ne laisse supposer que cette chanson triste, sombre, allait devenir auprès des jazzmen français et américain un modèle de référence, un morceau d’apprentissage dans les écoles de jazz.

Cependant, il ne faut pas imaginer que n'importe quelle chanson pourrait, comme Les feuilles mortes, devenir un jour un standard de jazz, certainement pas ! Car, généralement en improvisation, ce n’est pas tant la mélodie qui l'emporte, mais les suites d’accords qui l’accompagnent. Dans leur logique, ils doivent permettre au jazzman de s’épanouir librement. Pour lui c'est essentiel. Bien évidemment, si les harmonies conviennent aux improvisateurs et si, de plus, elles servent une très jolie mélodie, alors la chanson aura toutes les chances de devenir célèbre et d'appartenir au cercle si exclusif et convoité du standard.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2014)


RETOUR SOMMAIRE
    YouTube