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JAZZ ET INLUENCES


CES CHANSONS QUI SONT DEVENUES DES STANDARDS DE JAZZ

Depuis ses origines, la chanson a toujours été la fidèle compagne du jazz. Populaire ou raffinée, posée ou parfois très rythmée, elle sert souvent de point de départ à l’imaginaire du musicien improvisateur, donnant lieu à de mémorables intermèdes musicaux. Ainsi naissent les « standards ». En leur cœur, toutes ces chansons ont souvent un même pouvoir magique : une singulière mélodie identifiable dès les premières notes.


L’IMPACT DES COMÉDIES MUSICALES

Si, par le passé, de nombreuses chansons sont devenues des standards de jazz, elles le doivent surtout aux comédies musicales qui fleurissait en nombre à Broadway dans les années 30/40. Il suffisait qu’une ou deux mélodies se remarquent par leur côté chantant, entraînant, amusant ou romantique, pour qu’en retour le public afflue.


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De son côté, le cinéma reprenait à bon compte tout ce riche répertoire et l'adaptait à sa convenance. Très souvent, les films ne mettaient en scène que des chansons déjà plébiscitées par le music-hall, ses artistes et son public. Prenant le moins de risques possible, il arrivait cependant que des musiciens de jazz soient invités à l'action du film. Un fil invisible naissait alors entre chansons et jazz. Tout le monde ou presque était gagnant. Pour les auteurs, c'était surtout un bon moyen de toucher plus de monde et d'avoir des contacts dans des milieux divers, autre que le music-hall.

Au fil des années et des progrès techniques, le cinéma se sentant pousser des ailes, celui-ci finit par sortir du cadre exigu des décors de plateau. De travellings en espaces féeriques, il parviendra à produire des comédies musicales très abouties, imposant des numéros de danse inouïs et des chansons spécialement revues et adaptées. Bien plus tard, la création cinématographique sera totale et s’éloignera à tout jamais du pur spectacle de music-hall (Hair, Grease, etc.).


CHANSONS ET MUSIQUE JAZZ

Toutes les chansons ont une histoire. Certaines ont même eu de drôles de parcours quand le jazz s'en est emparé. Reprises de main en main, elles ne trouveront jamais de repos ; jamais une écriture stable qui leur auraient permis de se ranger docilement dans un compartiment pour ne plus en ressortir. Car ce sont bien les fondamentaux qui disparaissent quand le jazz vient mettre son grain de sel, quand il abroge arbitrairement les droits d’utilisation et qu'il réinvente sa propre musique.

Étirée ou écourtée, modifiée dans les moindres recoins, la mélodie devient un faire-valoir, un stratagème servant de rampe de lancement à d’incessantes joutes improvisées ; les harmonies s’habillent de dissonances et donnent naissance à de nouvelles couleurs. Seules les paroles originales osent résister. C’est dans ces moments là que la chanson oublie ses origines et qu’elle renaît par la force des événements à une vie nouvelle. Hier encore, c'était une chanson « classique » avec son rythme, son style caractéristique ; mais à cause du jazz les racines disparaissent, seuls quelques souvenirs subsistent. Sa tragique ou héroïque destinée n’appartient déjà plus à ses auteurs. Elle est désormais libre et peut rebondir au gré des interprétations.


QUELQUES CHANSONS IMMORTELLES

A COMME ALL OF ME

À l’origine, les chansons immortalisées en standard de jazz contiennent le plus souvent des textes d’amour romantique ou sensiblement tragique. Si nous nous en tenions à l'ordre alphabétique, le premier de ces « standards » pourrait bien être All Of Me. Cette célèbre balade écrite par Simons et Marks qui dépeint un amour absolu, total, voire destructeur, est issue de la comédie musicale Careless Lady. La chanson vivra plusieurs rebondissements. D’abord en captant l’attention de Frank Sinatra, ensuite à travers l'interprétation de Billie Holiday qui saura transmettre son côté dramatique. Des années plus tard, la chanson retrouvera une nouvelle jeunesse grâce à la diva de la soul Diana Ross et un certain classicisme avec Clint Eastwood, qui s’en emparera à son tour pour servir la cause de son film sur Charlie Parker, Bird, en 1988.

De All Of Me à All The Things You Are, il n’y a qu’un pas à franchir, un tout petit pas qui honore une autre grande chanson d’amour romantique. Tout comme All Of Me, cette mélodie est extraite d’une comédie musicale, Broadway Rhythm (1944). Si des chanteurs d’opéra l’ont reprise, le cinéma l’a dûment exploité dans quelques films. Ce sera le cas de Woody Allen. Grand amateur de jazz et fin connaisseur du répertoire des chansons des années 40, il traduira l’ambiance sensuelle de ce standard dans New York Stories en 1989.

Autre belle chanson dont la charpente mélodique permet tous les échappatoires romanesques, The Shadow Of Your Smile. Le titre, tellement évocateur et beau (L'ombre de ton sourire), est rehaussé par la superbe musique de Johnny Mandel. Reprise par pratiquement tous les crooners, de Frank Sinatra à Tony Bennet en passant par Sammy Savis Jr, The Shadow Of Your Smiles a séduit également les pianistes de jazz. Erroll Garner, Bill Evans et Ahmad Jamal ont servi, chacun avec leur tempérament, l’une des plus belles mélodies qui soit.

Dans le style "romance", bien d'autres standards existent. A des degrés divers, nous pourrions citer : Some Day My Prince Will Come, une délicieuse mélodie que l’on entend dans le film Blanche-Neige et les sept nains, reprise notamment en jazz par le pianiste Bill Evans ; September Song, une réflexion nostalgique sur l’automne de la vie signée Anderson/Kurt Weill ; Moon River de Mercer/Mancini, valse à la mélodie plaintive et obsédante ; When I Fall In Love, d’Eward Heyman et Victor Young, une déclaration d’amour que le pianiste Nat « King » Cole ne manquait jamais de chanter ; ou plus récemment All In Love Is Fair, une belle ballade signée Stevie Wonder.


MOONLIGHT SERENADE, UN PAS DE DANSE

Plus proche des pas de danse, nous avons la chanson Moonlight Serenade. La célèbre mélodie composée par Glenn Miller sur des paroles de Mitchell Parish - reprise il y a quelques années par le chanteur Dave sous le titre Dansez Maintenant - , évoque la salle de bal au parquet verni et à l’éclairage tamisé. Là, des musiciens en smoking blanc font danser des jeunes femmes en robes longues blotties dans les bras de quelques G.I. en uniformes. C’est cette image qu’évoque d’emblée l’impérissable « sérénade au clair de lune ».

En réalité, pour Glenn Miller, la première partie de la chanson était seulement un exercice de style qu’il avait mis au point quand il se produisait au sein de l’orchestre de Ray Noble. Ensuite, à la demande du public, les quelques mesures devinrent un morceau et, le 4 avril 1939, Miller enregistra pour la première fois Moonlight Serenade. La chanson allait être son thème fétiche, un thème tout aussi indétrônable et populaire que son fameux In The Mood.


LES CHANSONS « VOYAGE »

Paris a souvent inspiré les auteurs de chansons. Le répertoire de la chanson française n’est pas en reste. Les chansons La Parisienne, Ça c’est Paris, chantés par Mistinguett, Sous les toits de Paris par Albert Préjean, Ménilmontant par Charles Trenet, Sous le ciel de Paris par Yves Montand, À Paris par Francis Lemarque, Paris au mois d’août par Charles Aznavour, etc. ne sont que quelques exemples. La liste serait très longue pour les citer toutes, d'autant plus que la capitale française a inspiré également quelques auteurs américains. Vernon Duke, le célèbre auteur russo-américain, verra Paris au printemps avec April In Paris. Quand la capitale se réveille de sa torpeur hivernale et que ses arbres fleurissent, Paris devient une carte postale sentimentale pour touriste amoureux en goguette. La chanteuse Doris Day illuminera la mélodie comme jamais, tandis que le grand orchestre de Count Basie la popularisera chez les amateurs de jazz.

Évidemment, la première des inspirations des auteurs américains sera d’évoquer d'abord leur pays et leur ville. Une des plus anciennes à avoir appartenu au répertoire du jazz est bien Saint Louis Blues. Cette composition a depuis été reprise par des légions de chanteurs et de jazzmen : les pianistes James P. Johnson et Nat « King » Cole, la chanteuse de blues Bessie Smith, sans oublier la version historique de 1944 par Louis Armstrong. Glenn Miller en élaborera quant à lui une version martiale, la Saint Louis Blues March, qui figure dans sa biographie The Glenn Miller Story.

Se doit d’être également citée, la chanson On Broadway, à laquelle Phil Spector apporta sa touche en lui ajoutant une partie de guitare mémorable. Construite sur une succession de transposition, la chanson fut d’abord un succès des Chiffons en 1963, avant d’être reprise en français par Frank Alamo l’année suivante.

L’excellent guitariste et chanteur George Benson en donnera en 1978, dans son album Week-end in L.A., une longue interprétation dans un style soul/funk. Sa version, aussi brillante que chaleureuse, finira par trouver une place bien légitime dans le film de Bob Fosse, All That Jazz (Que le spectacle commence – 1979) ; un film tout à la gloire de Broadway.


QUAND LA LUNE DEVIENT BLEUE

La Lune, bien plus que le soleil, semble vouloir donner un coup de pouce aux sentiments des amoureux quand elle devient bleue. La célèbre balade Blue Moon écrite par le tandem Hart/Rodgers sera souvent au répertoire des grands orchestres de jazz ; son swing naturel s’y prête bien et donne aux couples l’envie de s’enlacer. À l’origine, cette vieille chanson sera entendue pour la première fois par un délirant Harpo Marx jouant de la harpe dans le film Un jour au cirque en 1939. Puis ce sera au tour de Mel Torme, un crooner aujourd’hui oublié mais qui, bien avant Frank Sinatra, savait également faire chavirer le cœur des jeunes filles. A la fin des années 70, le cinéma rentrera en action et fera redécouvrir la chanson à travers le film New York New York (Martin Scorcese -1977).


BYE BYE BABY, CHANSON LANGOUREUSE

Il arrive parfois que l’interprète marque plus les esprits que la qualité de la chanson elle-même. Marilyn Monroe chantant Bye Bye Baby en 1953 est un exemple saisissant de ce que peut faire le charme et la sensualité quand ceux-ci atteignent des sommets. Un ravage qui submerge tout le reste, au point que la chanson sirupeuse écrite par Julie Styne et Leo Robin rentrera dans l’histoire par la grande porte. Le phénomène d’identification sera total. Il suffit d’entendre Bye Bye Baby chanté ou joué par n’importe quel artiste pour penser aussitôt à Marilyn ! À y songer, qui a su engranger autant de chansons immortelles en n’ayant finalement enregistré qu’une trentaine de titres ? Personne, sauf Marilyn.


DE BODY AND SOUL À HELLO DOLLY

Standard entre tous les standards, Body And Soul. Cette chanson sera reprise par un nombre incalculable d’artistes, du plus célèbre ou plus anonyme. Ses paroles étaient à mots couverts les conséquences d'un amour fou, celui d’une femme soumise « corps et âme » à l’homme qui la délaissait. Triste romance ou le blues s’écrit en lettre capitale, Body And Soul s’inscrit au même titre que The Man I Love dans la chanson dramatique.

Mais attention, n’allez pas croire que les « standards » sont uniquement composés de chansons sombres ou tristes. Elles peuvent être tout à fait l’inverse : gaies, entraînantes et rythmées. I Got Rhythm, Tea For Two ou Hello Dolly appartiennent à cette catégorie.

I Got Rhythm est le type même de chanson qui, en raison de ses nombreuses syncopes, ne pouvait que séduire les musiciens de jazz. Personne ne peut nier l’intelligence musicale de sa mélodie rebondissante. I Got Rhythm inspire les improvisateurs comme jamais, mais aussi les chorégraphes et les metteurs en scène. Extraite de la comédie musicale Girl Crazy (1930), I Got Rhythm sera adapté au cinéma dans An American In Paris (Un Américain à Paris, de Vincente Minnelli – 1951) avec Gene Kelly. I Got Rhythm figure naturellement dans la biographie des frères Gershwin. C’est à l’occasion du dixième anniversaire de la fameuse Rhapsodie In Blue, en 1933, que George Gershwin composa une pièce pour piano et orchestre en six mouvements intitulée Variations on «  I Got Rhythm ». Tout un programme !

Dans un autre registre musicalement plus conventionnel, la chanson Hello Dolly !. Celle-ci n’est pas à sous-estimer, bien au contraire. Elle est devenue très rapidement l'un des titres phares de l'histoire de la comédie musicale. Issue d’un show créé en 1964 et qui demeure, encore à ce jour, comme l’un des plus prestigieux succès de l’histoire de Broadway, la chanson sera reprise par une foule de chanteurs, orchestres et formations de jazz. Louis Armstrong en enregistra une version qui le plaça, pour la seule fois de sa carrière, au sommet du hit-parade.

Outre la qualité de ses nombreuses chansons, le succès à la scène de Hello Dolly ! est surtout dû à la personnalité libre et provocante du personnage principal Dolly créé par Carol Channing. De nombreuses chanteuses se succédèrent, heureuses de s’accaparer le rôle : Ginger Rogers, Martha Raye, Betty Grable, Pearl Bailey, Dorothy Lamour…


LAURA, UNE HISTOIRE CONDUITE A L’ENVERS

À l’origine, la chanson éponyme Laura n’est qu’un thème instrumental utilisé dans la BO du film d’Otto Preminger (1945). Le compositeur David Raskin a écrit cette musique en pensant à l’étrange héroïne incarnée par Gene Tierney. À sa sortie, le film rencontre un succès immédiat, et le public se met à réclamer aussitôt la « chanson » qui, bien entendu, n’existe pas encore. Les éditeurs du morceau proposent alors à Raskin une série de textes. Il les refuse tous, car il sait exactement le parolier qu’il lui faut : Johnny Mercer. Ce dernier, qui possède plus d’une corde à son arc, se met au travail et le résultat ne se fait pas attendre. La chanson Laura vient de naître, et deviendra l’une des cinq ou six mélodies les plus enregistrées de l’histoire de la musique. Nat « King » Cole, Frank Sinatra, Julie London, entre autres, en donneront de brillantes interprétations.

Encore aujourd’hui, Laura reste un thème favori des jazzmen. Tous les grands ont donné leur version, à commencer par Erroll Garner, Woody Herman, Stan Kenton, Charlie Parker, Pete Rugolo, Barry Harris et Bill Evans.


YESTERDAY, UNE CHANSON "POP" DANS UN MONDE JAZZ

Composée par Paul McCartney, Yesterday est l’une des rares chansons « pop » que les musiciens de jazz n’hésitent pas à mettre à leur programme. La mélodie est simple et autorise bien des audaces. Toutefois, les reprises de Yesterday ne sont généralement pas trop éloignées de l’original. Ce qui est assez rare. Une forme de respect entoure cette chanson.

Son histoire est toute simple… Un matin Paul McCartney se réveille avec une mélodie en tête. Il l’intitule provisoirement Scrambled Egg (« œuf brouillé ») et se met illico à chercher où il l’a entendue. Il lui faut un certain temps pour se convaincre qu’il en est bien l’auteur. Il retravaille le morceau avec Lennon, dont l’apport se limitera à la construction du pont.

Chanson instinctive, Yesterday est une merveille de simplicité acoustique : une voix, celle de Paul, et une guitare acoustique rehaussée d’un quatuor à cordes. Un coup de maître, qui fera de cette chanson la plus reprise du répertoire des Beatles.


L’AMERICAN-SONG ET LEURS AUTEURS

On ne peut évoquer les « standards » sans citer les auteurs les plus célèbres : Jerome Kern, auteur de A Fine Romance, Ol' Man River et All The Things You Are, Cole Porter et ses nombreuses mélodies langoureuses : Night And Day, Easy To Love, I Concentrate On You et Kiss Me, ou encore le talentueux mélodiste Richard Rodgers, qui a composé en compagnie des auteurs Lorenz Hart et Oscar Hammerstein un nombre important de « standards ». Les chansons My Romance, Where or When, My Funny Valentine, The Lady Is a Tramp, Falling in Love with Love, Oklahoma !, If I Loved You, My Favorite Things, pour ne citer qu’elles, ont été le cœur battant de nombreux aventuriers : Charlie Parker, John Coltrane, Miles Davis

Bien sûr, les orfèvres en la matière, ceux qui ont apporté à l’american-song ses lettres de noblesse resteront les frères Gershwin, Ira et George. Ensemble, ils formeront un duo étonnant. Ils gagneront l’estime du public pour avoir écrit de nombreuses comédies musicales populaires dans les années 30. Un bon nombre de chansons deviendront, en raison de leur lyrisme, mais aussi de leur rythmes syncopés, des standards de jazz incontournables : A Foggy Day, But Not For Me, Embraceable You, Fascinatin’ Rhythm, I Got Rhythm, The Man I Love, Oh, Lady Be Good !, et d'autres provenant de l’opéra Porgy And Bess : Summertime, It Ain't Necessarily So, My Man’s Gone Now.

Les chansons de Porgy and Bess auront notamment une portée considérable dans le monde du jazz en se voyant adaptées par ses plus grands interprètes : Louis Armstrong et Ella Fitzgerald avec l’orchestre de Russell Garcia en 1957, l’année suivante par Miles Davis et l’orchestre de Gil Evans. Toute l’histoire du jazz moderne est balayée par ces chansons intemporelles. Chacun y va de sa plume ou de son inspiration soudaine pour produire « sa version » : Keith Jarrett, Herbie Hancock, Joe Pass, Chet Baker, Eddy Louiss et l’orchestre d’Ivan Julien, Paolo Fresu, etc. Bien que suscitant un moindre intérêt chez les jazzmen, seul le répertoire des Beatles a été capable de se hisser à ce niveau de reconnaissance intergénérationnelle.


LA FRENCH TOUCH DANS LA CHANSON JAZZ

Parmi les auteurs et compositeurs français qui ont su - ou pu - apporter au jazz et à la chanson française un rayonnement international, citons surtout Michel Legrand dont la carrière jazz à été émaillé de musiques de films et de chansons à succès – les deux étant souvent liés. Mentionnons les incontournables L’été 42 (The Summer Knows), Les moulins de mon cœur (The Windmills Of Your Mind), ou le langoureux Watch What Happens qui, sous les doigts d’un Count Basie ou mieux encore d’un Quincy Jones, est capable de vous transmettre autant d’émotions que de frissons.

N’oublions pas Charles Trenet dont certaines chansons ont eu un pied, sinon les deux dans le jazz. La mer (Beyond The Sea) bien entendu, qui comptabilise à ce jour plus de 200 versions, mais également Douce France (écrite par Trenet et composée par Léo Chauliac en 1943) qui va si bien à la french touch d’un Ray Ventura et d’un Jacques Hélian. Mais la chanson française, celle qui récolte vraiment tous les lauriers, ne peut être que Les Feuilles Mortes (Automn Leaves)…

Infatigable, inusable, interminable, les superlatifs abondent quand on évoque la chanson écrite par Prévert et Kosma. Une fois encore, c’est le cinéma qui nous permet de la découvrir. Dans le film Les portes de la nuit, réalisé par Marcel Carné en 1946, le jeune Yves Montand chantonne quelques vers dans un café le cœur bien serré. Rien à l’écoute ne laisse supposer que cette chanson triste, sombre, allait devenir auprès des jazzmen français et américain un modèle de référence, un morceau d’apprentissage dans les écoles de jazz.

Cependant, il ne faut pas imaginer que n'importe quelle chanson pourrait, comme Les feuilles mortes, devenir un jour un standard de jazz, certainement pas ! Car, généralement en improvisation, ce n’est pas tant la mélodie qui l'emporte, mais les suites d’accords qui l’accompagnent. Dans leur logique, ils doivent permettre au jazzman de s’épanouir librement. Pour lui c'est essentiel. Bien évidemment, si les harmonies conviennent aux improvisateurs et si, de plus, elles servent une très jolie mélodie, alors la chanson aura toutes les chances de devenir célèbre et d'appartenir au cercle si exclusif et convoité du standard.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2014)


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