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MUSIQUE & SOCIÉTÉ.


LE DISCO, SES SOURCES MUSICALES ET SES MOEURS

Avec ses normes et ses projections, la musique disco n’est pas faite pour être entendue religieusement, car sa place se trouve là où scintille la nuit, principalement dans les night-clubs... Cette page est la suite de LA MUSIQUE DISCO, HISTOIRE, RÉVÉLATIONS ET CONTEXTE.



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MAIS D’OÙ VIENT LE DISCO ?

De toute évidence, ses racines sont à rechercher du côté des musiques afro-américaines. La soul music, le funk, le rhythm and blues, c’est-à-dire à travers des artistes comme James Brown, Otis Redding ou Aretha Franklin. Face à l’appétit féroce des Blancs qui cherchent une fois de plus à exploiter la créativité des Noirs, ces derniers chercheront à se protéger davantage pour que leurs idées ne soient pas toujours exploitées à leur dépend. Ce sera le cas avec Barry White qui apportera à la musique disco un style et une esthétique très marquée.

À la tête d’un grand orchestre avec ensemble à cordes (le Love Unlimited Orchestra), le compositeur signera un instrumental sophistiqué qui fera date en 1974 : « Love’s Theme », un instrumental qui porte déjà en lui toute l’empreinte de la musique disco. L’autre facette de l’imposant personnage sera sa voix sensuelle et profondément rocailleuse. Le public la découvrira à travers des titres comme : « Can’t Get Enough of Your Love, Babe » (1974) ou « Let The Music Play » (1975).


THE LOVE UNLIMITED ORCHESTRA : LOVE'S THEME
Une version chantée et assez méconnue de l'instrumental composé par Barry White

Les plus septiques d’entre nous reconnaîtront peut-être qu’entre la soul sophistiqué de Barry White (ou celle de Marvin Gaye) et certaines chansons estampillées « disco » la frontière est très mince : une orchestration voisine, des lignes mélodiques et rythmiques assez semblables… Seul peut-être le côté « fleur bleue » des titres disco pourraient vraiment apporter une explication.

Or, pour les spécialistes, le vrai départ du mouvement interviendra en réalité quand les disc-jockeys trouveront matière à exploiter le filon. L’idée centrale de ces rois de la nuit étant de soulever les foules, des titres naîtront de cette volonté, même les plus improbables. Rien n’y résistera, même pas la mode "kung fu" qui trouvera en Carl Douglas son « chanteur disco délégué » avec « Kung fu Fighting » (1974).


LES REINES DU DISCO ET LE SEXE

La première révélation féminine du disco sera la chanteuse Gloria Gaynor. Celle-ci devient rapidement la « Reine du disco » avec son album « Never Can Say Goodbye » (1975), un album qui fera date en proposant le format idéal pour tout animateur de discothèque : le premier 30 cm non-stop ! Avec elle s’impose le rythme si caractéristique de la batterie disco : le charleston ouvert/fermé et sa grosse caisse sur tous les temps. Ce rythme-là, très reconnaissable, viendra aimanter de nombreux titres comme un banal copier/coller.

Sa rivale, installée à Munich, et qui a pour nom Donna Summer, apporte quant à elle ce que n’a su ou voulu exploiter Gloria Gaynor : la sexualité. Il suffit d’écouter son « Love to Love You Baby » (1975) pour deviner qu'avec Donna Summer la féminité rime avec provocation assumée !


DONNA SUMMER : LOVE TO LOVE YOU BABY (version non maxi 45 tours)

Il est bien évident que la musique disco ne pouvait faire l’impasse sur la libération sexuelle des années 70, d’autant que le cinéma ouvrait déjà en grand ses portes aux films érotiques (et pornographiques). Le compositeur et producteur allemand Giorgio Moroder, qui est à l’initiative de ce « Love to Love You Baby », incorporera volontairement l’idée du sexe au premier plan.

Donna Summer campe le personnage et la magie prend. « Je pensais à Marylin Monroe » dira-t-elle. Résultat : peu de mots et une voix sirupeuse avec beaucoup d’effets pour exprimer le plaisir, le désir… durant 17 mn ! Le succès sera planétaire et lancera la carrière de la chanteuse. Citons « Could It Be Magic » (1976), « I Feel Love » (1977) et « Hot Stuff » (1979) comme autres grands succès de sa carrière.

Si Donna Summer devient la première diva du disco, la musique amorce avec elle un nouveau tournant, certainement plus charnel. D’autres chanteuses et non des moindres chercheront à la concurrencer sur ce terrain-là. Diana Ross est sans contexte l’une de ces autres héroïnes de la nuit.

La chanteuse échappée des Supremes montrera une autre sensualité en apportant une sorte de candeur et d’à-propos dans ses interprétations (« Love Hangover » - 1976). Toutefois, n’oublions pas que d’une façon bien plus directe, la chanteuse Nona Hendryx du groupe LaBelle chantant « Voulez-vous coucher avec moi ? » (« Lady Marmelade » - 1974), avait déjà démontré à travers cette courte proposition toute la place accordée à la sexualité. Tout est peut-être dans cet ascendant direct ; dans ce « désir » de l’époque qui répond à une attente du public, entre provocation, scandale et interdit, sans jamais oser le réclamer vraiment.


LE DISCO ET LA FIN DE L’HISTOIRE

En 1978, le disco est à son apogée. Des radios spécialisés naissent aux États-Unis comme ‘Disco 92’ à New York, une station qui diffuse des programmes 24h/24. La musique disco serait-elle un mal ou un bien aphrodisiaque ? Non, plutôt un objet de consommation !

Malheureusement les nombreuses productions venues d’Europe, des États-Unis comme d’Amérique du Sud ou d’Asie, et qui ont toutes la prétention de détenir le nouveau tube en puissance, feront plus de mal que de bien à la pérennité du mouvement. Des groupes, des artistes naissent, font un « coup médiatique » et disparaissent aussitôt avant même que le public ne retienne leur nom. Dès lors, une lassitude s’installe auprès des programmeurs, des décideurs, de la presse spécialisée, mais aussi du public.

La surabondance des produits de mauvaise qualité qui se découpe en tranches, sans trop d’imagination, face à quelques-uns qui sortent du lot, précipitera le déclin du disco. À Chicago, en 1979, un mouvement baptisé le « Disco Sucks » (Le disco, ça craint !) donnera même naissance à une rébellion anti-disco appelant à casser un maximum de disques disco dans un stade de football.

Au tournant des années 80, la musique disco se meurt lentement au moment même où les États-Unis partent en croisade contre l’homosexualité et en prônant le retour d’un certain puritanisme. Le disco devient un vilain mot qu’il faut écarter du vocabulaire.

Le déclin du mouvement envahit aussi l'Europe, et l'arrivée du SIDA au début des années 80 accentue sa mauvaise image. Les gays qui défendaient ce mouvement sont alors visés directement, tandis que le chômage et le marasme économique produisent d’autres effets néfastes sur le mental de la population. Les gens de la nuit désertent petit à petit les boîtes de nuit. Celles-ci se vident, des lieux courus ferment, et le plaisir de danser s’éloigne par la même occasion.

Après quelques années de mise à l’écart, le disco revient dans les années 90. Certains spécialistes pensent que rien n’arrêtera le disco. Il est vrai qu’à certains égards la musique disco est devenue comme un promontoire dans l’histoire des musiques actuelles en renaissant sous différentes formes. Aujourd’hui, même après le déferlement de la « French Touch » des années 2000, il n’est pas rare d’écouter en discothèque des musiques héritées du disco. En fait, dans sa façon de conduire la musique, de la pulser, le disco a certainement inventé une musique intemporelle et certainement gagnante à long terme ; une musique qui semble désormais être sortie des murs qui l'avaient enfermés.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2018)


À CONSULTER

LE DICO DU DISCO (livre)

LA MUSIQUE DISCO, ENTRE FIÈVRE, MODE ET RYTHME


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